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Semaine Digitale : l’interview d’Antoine Bidegain, Chargé de mission Cité Digitale

Hier nous vous parlions de la Semaine Digitale, manifestation bordelaise consacrée aux cultures numériques, qui démarre officiellement aujourd’hui et se conclura le 1er avril. Une centaine d’événements vous attend dans les quartiers de Bordeaux durant ces 10 jours.

Vous retrouverez la présentation de cette Semaine Digitale en vous dirigeant vers l’article L’ère numérique s’installe à Bordeaux pour la Semaine Digitale.

 

Semaine Digitale, l’interview

Antoine Bidegain, Chargé de mission Cité Digitale auprès du maire de Bordeaux Alain Juppé, et porteur du projet Semaine Digitale, a accepté de répondre à nos questions et ainsi d’éclairer notre lanterne sur le but d’une telle manifestation et sur ce qu’elle a à offrir aux néophytes comme aux experts de la culture numérique. Nous le remercions pour le temps qu’il nous a accordé.

MaXoE : La 1ère édition de la Semaine Digitale a eu lieu en 2011. Comment considérez-vous cette 2nd édition par rapport à la 1ère ?

Antoine Bidegain : La 1ère édition de la Semaine Digitale a été créée comme une version beta. Elle a révélé le dynamisme numérique qui existe à Bordeaux et nous a permis de mettre en lumière trois sources importantes d’innovation :

– L’action de la municipalité qui souhaite promouvoir le numérique pour tous, et qui a trouvé un écho bien réel : développer le numérique à l’école, en direction des séniors, le wifi en ville…, tout cela provoque l’intérêt du public. A Bordeaux il y a une véritable attente de propositions de la part de la population, qui les accueille bien.
– Il y a aussi un écosystème d’entreprises très varié, très imaginatif, diversifié en taille et en profil, mais qui partage l’envie de se faire une place dans l’eldorado numérique. Startups très avancées en matière de technologie, petites structures qui ont des choses à dire, cette semaine a montré que ces gens veulent aussi s’impliquer dans une manifestation municipale et qu’à Bordeaux il se passe des choses.
– La créativité des bordelais eux-mêmes. Bordeaux ne passait pas pour être la ville d’avant-garde par excellence, mais c’est en train de changer. Aménagements urbains, nouvelles populations, manières d’appréhender la ville… le citoyen consommateur propose de plus en plus, devient aussi créateur… Cela s’incarne très concrètement avec les dizaines de projets co-organisés avec les bordelais dans cette deuxième semaine digitale. Sans les bordelais, quartiers par quartiers, nous n’aurions pas pu le faire.

Cette manifestation a également révélée la très grande soif d’ouverture de tout ce milieu créatif bordelais (ville, entreprises, particuliers, associations) qui a envie de réaliser, de rencontrer, de partager et pas forcément pour se mesurer les uns aux autres, mais pour surtout apprendre les uns des autres. Et s’ouvrir loin s’il le faut. On le constate sur cette 2nd édition avec l’arrivée de Bristol qui interviendra sur cette Semaine Digitale.
Le résultat de tout cela est très varié. Entre les entreprises, les citoyens, les institutions publiques, cela va du petit happening comme « Rouge QRation : Happening artistique » dans un bar à vin (voir programme complet de la manifestation – ndlr), jusqu’à une grande nuit digitale au CAPC (Musée d’art contemporain) avec artistes numériques d’ici et d’ailleurs. On couvre une vaste étendue amateur et professionnelle, ensemble pendant 10 jours. Ce n’est pas un salon ni un congrès numérique, ce n’est pas une conférence professionnelle même s’il de nombreux professionnels sont présents, c’est un ensemble de tout. On marche et on découvre, on jouera dans la rue, on sera surpris.
Au fond pendant 10 jours, c’est pour une ville de taille moyenne l’occasion de faire le point sur son avancée dans cette révolution collective.

 
« Ce n’est pas un show, c’est un moment créatif »
 

M : Depuis combien de temps préparez-vous cette édition 2012 ?

AB : C’était une évidence de faire cette 2nd édition. Le maire nous a invités, dès la clôture de la 1ère, à travailler sur la 2nd. Cela ne se fait pas en 15 jours (111 manifestations sur 10 jours – ndlr), certains événements ont été initiés dès le printemps dernier, d’autres en septembre et certains se sont rajoutés à la dernière minute.

 
« Le citoyen consommateur propose de plus en plus, devient aussi créateur »
 

M : Certains avis arrêtés prétendent que l’internet éloigne les gens. On a le sentiment que cette manifestation part à l’encontre de cette façon de voir la nouveauté numérique. C’était un souhait de votre part de faire entrer cette ère dans les mœurs mais aussi que les gens puissent la partager de manière conviviale ?

AB : Il ne peut pas y avoir de progrès s’il n’y a pas la garantie que les bénéfices soient partagés par tous. C’est une attention très forte du maire dont on connait l’implication dans les détails des projets. Cela ne vaudrait pas un quart d’heure d’effort si c’était un bénéfice exclusif au service de gens triés sur le volet qui se seraient de toutes façons débrouillés spontanément.
L’institution publique s’empare de cela et propose à chacun d’être acteur. Exemple : le NFC (Near Field Communication, la communication en champ proche – ndlr) concerne aujourd’hui le paiement, après-demain le transport, la fidélité à une structure via le téléphone portable, la lecture de tags. Il y a des centaines de tags sur Bordeaux, tout cela s’accompagne si on ne veut pas que ça soit simplement une évolution qui s’adresse aux geeks urbains. On pense aux séniors, entre autres, et à tous avec l’accès wifi gratuit afin que chacun puisse y avoir accès. Mais cela ne se fait pas tout seul c’est pourquoi la mairie s’est alliée avec la Communauté Urbaine, avec Orange, le Crédit Mutuel/CIC, Samsung et avec Oberthur Technologies (leader des cartes de sécurité sur smartphone – ndlr). Ces 4 partenaires nous ont permis de créer un petit village place St Projet, où tout le monde pourra venir voir ce qu’on peut faire avec un téléphone NFC.
C’est la bataille de la pédagogie, on veut embarquer tout le monde dans le train.

 
« On est très contents de l’ambiance qui a été créée par les commerçants »
 
 

M : Vous définissez Bordeaux comme très engagée en matière d’innovation numérique. En quoi se démarque-t-elle de la masse ?

AB : Je pense que c’est bien de se comparer à soi-même avant de se comparer aux autres, réfléchir un peu à comment était Bordeaux en termes de climat innovant, il y a 15 ans par exemple. La transformation sociologique qu’a connue Bordeaux va aussi vite que l’arrivée des trams. Une sorte de Dolce Vita, tout en ayant envie de faire les choses et de ne pas s’alanguir. La révolution urbaine dans les aménagements de places, de rues, en créant un nouveau climat, nous place face à une population qui ne vit plus de la même manière. C’est notre atout n°1, les bordelais eux mêmes, qui n’ont plus les mêmes attentes et sont preneurs de tout ce qui est innovant, à bon escient.
Comparons-nous pour le numérique, à ce que nous étions il y 3 ou 4 ans. Oui nous allons vite et l’ambition de Bordeaux d’avancer vite n’est pas déraisonnable.

 
« La semaine vise tout le monde et chacun »
 

M : Les acteurs internationaux et les acteurs locaux sont présents sur l’événement. Y-a-t-il une volonté de vouloir mettre en avant la culture numérique bordelaise aux yeux de la France et peut être plus largement de l’international ?

AB : Il ne faut pas être immodeste, mais par contre il faut quand même être précis. La bonne échelle en 2012 n’est pas progressive, il faut d’emblée être global. C’est à cette échelle que tout se passe. Bordeaux, il y a 15 jours, a créé l’événement à Austin au Texas à travers le festival d’innovation numérique South by Southwest, en exposant le savoir faire de certaines de ses entreprises dont une a été en compétition pour une récompense. Nous avons été surpris de voir à quel point l’accueil a été favorable. Les gens nous aiment pour le vin, mais nous aiment encore plus quand ils constatent que nous ajoutons de nouvelles cordes à notre arc. Il y avait une grande bienveillance à notre égard, une démarche qui consiste à considérer la ville comme une plateforme innovante pour ses citoyens et ses entreprises. Je pense qu’Austin viendra l’année prochain (source : son petit doigt ! – ndlr) et, fort de cette 1ère expérience, nous allons y retourner pour faire notre promo, apprendre, et avoir des amis et des alliés supplémentaires. Il faut viser le global rapidement. C’est le message des texans.

 
« Cette semaine a montré que ces gens veulent aussi s’impliquer dans une manifestation municipale »
 
 


M : Saveurs digitales, bar à vin éphémère… Vous mêlez le numérique avec les valeurs du terroir bien de chez nous comme la cuisine et le vin. A-t-il été difficile de convaincre les commerçants et professionnels de jouer le jeu ?

AB : Il faut remercier le Studio Minibus et Alexandre Xiradakis d’avoir proposé ce projet mené conjointement avec la ville et la Ronde des commerçants. C’est le pilote de cette 1ère tentative qui, je pense, a beaucoup plu. Les blogueuses culinaires se sont piquées au jeu et ont proposé des recettes pour renouveler nos petits trésors locaux. De façons étonnantes, nous avons déjà eu plusieurs dizaines de commerçants qui ont vu cette proposition et ont vraiment joué le jeu. Cela va durer trois semaines et à son issue, comme pour la Semaine Digitale, la prochaine édition des Saveurs Numériques va nous surprendre par son extension. On est très contents de l’ambiance qui a été créée par les commerçants et cette petite agence innovante.

 
« Envie d’aller plus loin et d’innover. Tous les gens se reconnaissent dans ce concept »
 

M : Le programme est vraiment très dense et ne se marie pas forcément avec l’emploi du temps d’un salarié de base, vous ne craignez pas une participation limitée sur certains événements ?

AB : La semaine vise tout le monde et chacun, il est évident qu’un amoureux des jeux aura envie de venir jouer le samedi 31 a CityPixelAdventure (http://citypixel.org/ ) dans le quartier Saint Pierre, là ou un sénior préférera sans doute aller explorer ou transmettre l’histoire de son quartier, je dis cela sans rentrer dans les clichés. Chacun va picorer les événements qui lui plaisent le plus. D’une certaines façons il y a plusieurs semaines parallèles.
Mais si quelqu’un parvient à faire les 111 événements qu’il se fasse connaître, on publiera son portrait sur le blog !

 
« Il y a de nombreux projets qui n’auraient jamais vu le jour
sans cette semaine
»
 

M : Une fois la manifestation terminée, restera-t-il des traces de son passage à Bordeaux ?

AB : C’est un accélérateur et un catalyseur. Il y a de nombreux projets qui n’auraient jamais vu le jour sans cette semaine. On enrichit le capital humain de la ville en premier lieu, mais en même temps, comme elle nous a donné une date butoir, elle poursuit une lancée. Cdiscount organise une battle créative. Elle mélange ses propres données avec celles de la ville et fabrique à partir de là un appel à projet pendant 1 journée et demie. Pendant ce laps de temps des étudiants d’univers différents vont travailler avec un designer professionnel. Cela n’aurait pas pu être créé autrement. Cela peut déboucher sur un stage, un développement, une innovation, ce ne sont que des exemples. Presque tous les événements ont été pensés pour produire un résultat durable. Si un parcours est créé il restera, ne sera pas éphémère, si nous faisons rencontrer des gens de Bordeaux et Venise par exemple, c’est pour faire naitre un projet à terme.
De même, en résumé, que la semaine puise dans la richesse de la ville pour faire émerger tout ce que l’on pourra faire émerger pendant, on va tout de suite s’y replonger après pour faire germer tous ces fruits là. Ce n’est pas un show, c’est un moment créatif.

 
« La municipalité souhaite promouvoir le numérique pour tous, et elle a trouvé un écho bien réel »
 
 

M : Comme nous l’avons déjà évoqué, le programme est d’une richesse incroyable, avec beaucoup de moyens mobilisés, de personnes, de projets et l’événement est entièrement gratuit. Vu la conjoncture économique actuelle, n’a-t-il pas été difficile de mobiliser autant de ressources pour une manifestation gratuite ?

AB : Il ne faut pas sous-estimer la capacité d’engagement du citoyen comme les grandes entreprises qui, bien sûr, ont leur intérêt en terme de rentabilité mais ne rechignent pas à participer à des dynamiques plus larges au sein de la cité et il faut encore moins sous-estimer la motivation des gens quand ils ont le sentiment de passer d’un élan solitaire à un mouvement collectif qui est une rencontre dans le temps. Il y a là une reconnaissance mutuelle. « Ce que tu as préparé n’a rien a voir avec ce que je fais moi, mais le point important est de créer quelque chose » et de le créer pour les autres. C’est une insatisfaction très positive. 300 et 400 personnes ont, a un moment ou a un autre, été impliquées sur le mode du bénévolat, de la passion. Tous se disent « on peut faire mieux, plus ou autrement, on peut tirer ça vers le haut, le détourner un peu ». Cela donne des idées et engrange de nouvelles inspirations. Envie d’aller plus loin et d’innover. Tous les gens se reconnaissent dans ce concept. Et souvent ce sont des personnes qui n’ont pas forcément l’allure du geek cliché mais qui en ont une envie et un potentiel, pour peu que l’on regarde plus profondément. C’est un peu ça, l’esprit de la Semaine Digitale.

 
 
Semaine Digitale
Du 23 mars au 1er avril 2012 à Bordeaux
Manifestation gratuite
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