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Deadly Premonition Director’s Cut : moche et surprenant



 

Mon ami le charentais va être content. Il est un fan du jeu. Il avait bien trop peur que je passe à côté de sa substantifique moelle. Il faut dire que j’étais plutôt circonspect après le premier contact avec le soft. C’est effectivement le genre de jeu qu’il faut savoir creuser. 

L’histoire nous projette à Greenvale, bourgade du fin fond des US. C’est un coin paumé, en pleine nature, propice à la balade en forêt. On y trouve un poste de Police qui passe son temps à régler des problèmes insignifiants. Enfin, jusqu’à maintenant. Un meurtre terrible a eu lieu. Attention, je ne vous parle pas d’un simple meurtre classique, non, ici la scène de meurtre fait penser à quelque chose d’occulte voire de satanique. Envoyé sur place, je vous présente l’agent York du FBI. Il ne vient pas seul car il cultive une certaine schizophrénie, il parle souvent à un certain Zack qui semble avoir élu domicile dans sa tête. 

Ces premiers instants (et le reste du jeu d’ailleurs) nous plongent dans l’univers de Lynch. Les fans de Twin Peaks trouveront une ambiance similaire quand ce ne sont pas des références claires qui sont distillées par les développeurs : zones irréelles, agent présentant un certain nombre de toc, quelques personnages bien salés … Le plus fort dans tout cela, c’est qu’on se retrouve assez rapidement plongé dans cette ambiance. Mais attention, même si celle-ci est savoureuse, les premiers pas dans le jeu sont plus que douloureux.

 

Le côté obscur

Le titre propose un gameplay assez classique. En vue à la troisième personne, vous enquêtez en ville, en questionnant les uns et les autres et en cherchant des indices planqués à droite à gauche. Il y a aussi des phases de tir dans une sorte d’univers parallèle peuplé de zombies, là on retrouve les attitudes habituelles d’un TPS. 

Manette en main, c’est la galère. La maniabilité est rigide au possible. On se croirait revenu au temps de la PS1. Quand vous enquêtez ça va encore mais les phases de tir sont assez difficiles à digérer. Heureusement les ennemis sont peu véloces. Car oui l’intérêt du jeu réside plus dans les dialogues, dans la recherche d’indices que dans les combats qui sont surtout là pour planter l’ambiance. Ce qui est sûr c’est que cela gâche tout de même un peu le plaisir. 

 

 

Au delà de ces problèmes de maniabilité, il y a une forme de ringardise dans ce jeu. Prenez pour exemple les gémissements poussés par les morts-vivants qui croisent votre route. La première fois, loin de vous provoquer une frayeur toute légitime, ce son vous faire franchement rire. Là où vous allez pleurer, c’est au moment où vous prendrez votre première voiture. Le bruit du moteur est tellement pitoyable qu’on a l’impression qu’il a été fait à la bouche. Je vous parle pas de la torture de piloter ces engins qui ont la sensibilité et la nervosité du poulpe.

Graphiquement, cela fait peur, au sens premier du terme. Les textures sont celles de la génération précédente et les visages accusent aussi les années, que cela soit sur les détails ou sur les animations. Le boss de Quantic Dreams doit utiliser cela pour montrer à ses développeurs ce qu’il ne faut pas faire. Les décors extérieurs sont laids au possible aussi. Mais curieusement, en intérieur, le jeu s’en sort un peu mieux. C’est assez bizarre, comme si certains environnements avaient été retouchés et d’autres non. Si vous êtes capables de mettre votre sens graphique en veille, les environnements dégagent un quelque chose de mystérieux, qui contribue à l’ambiance générale. On pourrait passer sur tout cela s’il n’y avait pas certains artefacts visuels qui nous empêchent de lire le texte pendant les achats. 

Un gameplay classique, une maniabilité boiteuse et des graphismes en berne, on pourrait enterrer le jeu ici mais ce serait terriblement injuste. 

 

Et la lumière 

Le plus surprenant dans tout cela, c’est qu’on a du mal à lâcher la manette. Encore mieux, on se surprend à participer à des choses improbables. Il y a par exemple des courses à check-point dans la ville. Les voitures sont horriblement peu maniables mais on entre dans le jeu ! 

Et puis le Casting est absolument fantastique avec un point d’orgue autour de la personne du mystérieux M. Stewart. Le Shérif n’est pas en reste, caricatural à souhait. Notre ami du FBi, York, nous fait vraiment penser à l’agent Cooper de Twin Peaks. Je pourrais en citer des tonnes, Brian l’insomniaque, Quint Dunn le serveur, Sigourney l’errante, Diane l’artiste… Tous savoureux à souhait. 

La bande-son est aussi une sorte d’ovni. Les airs musicaux sont déplacés à souhait : musiques inquiétantes, choeurs enjoués ou guitares légères jouent souvent le contre-pied. Mais c’est franchement une réussite. On ne peut pas en dire autant des bruitages qui sont affreux, irrattrapables comme nous vous l’avons déjà dit.

Bon cela pourrait ne pas suffire à faire un bon jeu. Il faut en plus un scénario en béton. Et c’est bien le cas. L’intrigue se construit petit à petit et les meurtres s’enchainent rapidement. Vous ne pouvez pas ne pas aller jusqu’au bout, c’est sûr. L’histoire est alambiquée, chacun est suspect et notre enquêteur va devoir faire preuve d’une certaine finesse. Il va falloir interroger, fouiller, et récupérer des indices dans le monde réel et dans le monde des morts. 

Autre richesse du jeu : les quêtes annexes. Il y en a des dizaines et des dizaines. Alors ce ne sont pas des choses très compliquées mais elles permettent de mieux s’immerger dans la vie des gens. On peut récupérer des habits, des véhicules, des cartes de collection ou des améliorations diverses. Pour cela il faudra aller à la rencontre des habitants et leur proposer vos services : retrouver un objet perdu, déplacer des objets, évacuer un gêneur, … Il faudra les rencontrer aux bonnes heures, les attendre voire même capter un changement de météo.  Les plus gamers d’entre vous penseront évidemment à Zelda The Majora’s Mask. En tout cas, on prend beaucoup de plaisir à faire ces quêtes si tant est qu’on adhère à l’ambiance si particulière qui repose sur les personnages hauts en couleur créés par les développeurs.  

Avant de conclure, parlons de cette version Director’s Cut. Car oui il s’agit d’une nouvelle version par rapport à celle sortie sur Xbox 360. Il y a désormais une caméra libre, les QTE ont été revus à la baisse, les temps de chargement ont été réduits et puis il y a l’arrivée de la 3D et du PS Move. Bref des améliorations mineures mais qui valent le coup quand même. Il y a aussi quelques ajustements scénaristiques, cerise sur le gâteau.