Totem : Zazie dans le rétro

Sevrée d'amour, Zazie tourne les pages de son propre livre artistique et réalise "Totem", son sixième album studio, disponible depuis le 12 février. Un disque locomotive, fort en gueule et en ressentiments, saisi dans l'instant d'une vie. Sans fard ni tromperie. Comme une mise au point. A l'écoute, des débris de neige qui serrent le coeur sans le glacer. C'est de saison. |

IDTDV. Isabelle de Truchis de Varennes. Souriez-lui, elle devient Zazie. Ancienne bête à concours, dix années passées comme femme tronc au nom de Kenzo ou Yves Saint-Laurent. Brindille à pétrir les podiums. Diplômée mais vaccinée. Elle a rangé les frou-frou, les grimages fluo des eighties. Noblesse désoblige. La belle cultive le sévère dégoût des conventions. Madame joue désormais les artistes. Comme maman, professeur de chant pour petits écoliers. Tout passe, tout change dans les poings de Zazie. Femme futile électrisée en femme fatale. La musique tombe donc sous ses charmes. Son amour le plus fidèle. 1990-2007. Dix-sept années de vie commune. Une tête soufflée de moments vrais : les premiers griffons dans le studio du père Peter Gabriel, idole de toujours (hélas, aujourd’hui égarée). Des disques accouchés par période de trois ans. Comme un métronome. On ne se refait pas.
Des tournées record, en Europe, en Asie (Birmanie, Cambodge…). Live and Love. Amour toujours. Celui du public cette fois-ci. Souvenirs, souvenirs. Assez pour dresser une table. L’heure est au bilan. Comme un retour en arrière. Se souvenir du passé et en livrer un testament. Musical il s’entend. Totem, tel est son nom. Le pittoresque d’une langue, le mot en bouche. Une énigme au son typé. Le sens nous échappe. Pas les pièces qui s’en extirpent brutalement. Sombres et authentiques. Comment se contraindre à ignorer ? Ecouter au lieu d’en parler. Touche Play enfoncée.
Ames chagrines
Bien avant de s’appeler “Totem”, le bébé de Zazie devait s’intituler “Jet Lag”, témoignage d’une artiste en décalage avec son temps. En rodéo constant sur le dos du monde. Mais Zazie a rebroussé chemin. Accueillons donc Totem, le bien nommé. L’ouverture se passe en zone instable. “Des rails”. Tempo binaire rock à la hanche, Zazie déballe et déraille. “Une fille de seconde classe a pris ma place“, “mon coeur n’est pas de taille“, “la vie n’a ni queue ni tête“. Le constat est amer. “Des rails”, un premier single qui baigne dans l’efficacité (comme la pochette de l’album le matérialise d’ailleurs), conçu pour dynamiter les ondes. Les chagriner aussi.
“Totem” tire clairement vers la sinistrose. Celle d’une femme qui, passée la quarantaine (Isa-belle est née le 18 avril 1964 à Boulogne-Billancourt), avoue ses angoisses, constate ses échecs : rupture amoureuse, infidélité, difficulté d’aimer. “Ça”, morceau poignant, ne s’explique pas. Mais on le comprend. Aisément. “On oublie sans cesse“, “des vies qui se trainent“, Zazie porte sa croix. Un Totem autobiographique ? Sans aucun doute. Mais Zazie n’est pas seule et se soigne. Une thérapie de groupe, passée en compagnie de ses deux comparses Jean-Pierre Pilot et Philippe Paradis, qui composent la majeure partie des titres avec elle, comme dans le précédent album “Rodéo”.
Plutôt Nutini que Kravitz
Tantôt l’âme baladeuse, tantôt poignard vocal, Zazie mélange les styles mais reste fidèle, elle. Efficace. Encore. Un ange certes blessé, comme évoqué dans le troisième titre de Totem, aux “rêves qui tombent des nues“, mais à l’univers musical bien ancré. Une voix douce, posée, claire comme du crystal, transmet l’émotion. Des riffs de guitares qui se répondent, une batterie grasse, une basse crapoteuse bâtissent tout de go les fondations de la rythmique. Plume de paon jamais en panne, l’écriture de Zazie ne remplit pas la feuille inutilement. Des phrases découpées, parlées quelques fois, comme dans “Na”, comptine psychédélique que n’aurait pas reniée Philippe Katerine. Des mots qui font mouche. Du poids et du sens. Treize titres au total. Les morceaux d’une vie, (ac)couchés sur une partition. “Flower Power”, plein d’espoir quand même, “Totem” (titre éponyme qu’elle a écrit et composé seule), récit de l’être désiré, “J’étais là”, slam impuissant face au monde qui roule, Zazie sème à tout va. Quelques cailloux distillés que l’on suit sans jamais se perdre.
Zazie la maligne. L’opportuniste aussi puisqu’elle partage l’affiche avec Paolo Nutini, gueule lissée d’à peine 20 ans à la voix de suceur de Bourbon. Le résultat s’appelle “Duo”. Pas indispensable. A noter que la maison de disque avait à priori pensé à Lenny Kravitz (et oui…). Zazie lui a tourné le dos et a préféré ce jeune jeune songwriter écossais d’origine italienne, repéré dans l’émission Taratata.
“Totem” remplit aisément son rôle. En (bonne) papesse de la (très bonne) chanson française, Zazie sculpte un album complet, mais pas complaisant avec elle-même. Si “Je” est un autre pour Rimbaud, Zazie le reprend à son compte. Et l’assume. S’assume enfin. Moins électro mais beaucoup plus introspectif, ce sixième album concilie à merveille les doutes d’une femme et les certitudes d’une artiste. “Totem”, on l’aime…
Totem
1. Des Rails
2. Je Suis Un Homme
3. L’Ange Blessé
4. Jet Lag
5. Ca
6. Duo
7. Na
8. Flower Power
9. Totem
10. 07 Dec.
11. J’étais Là
12. Yin Yang
13. Vue Du Ciel
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Le 06.03.07 à 14:07
c’est un ablum que l’on découvre au fil des écoutes. On s’y attache moins vite qu’avec Rodéo, mais on s’y attache plus fort. le contraste entre les différents titres est surprenant pourtant on y trouve à chaque moment l’univers de Zazie.
Le 06.03.07 à 14:11
Tout à fait d’accord. c’est vrai que cet album est très bon. Pas loin d’être son meilleur. Zazie est une grande, et pas seulement par la taille
Le 01.09.08 à 03:18
perso’ j’adore cet album, en revanche je trouve que Totem est plutôt le morceau le plus cochonou de tous… :D, enfin je dis ça mais je dis rien
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