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Festival Cinéma Espagnol et Latino Américain : Critique du film ‘Compañeros’



L’histoire du film est vraie et glaçante. 1973, l’Uruguay bascule en pleine dictature. Trois opposants politiques sont secrètement emprisonnés par le nouveau pouvoir militaire. De 1973 à 1985 ils vont être torturés mentalement et physiquement. Jetés dans de petites cellules, on leur interdit de parler, de voir, de manger ou de dormir. Au fur et à mesure que leur corps et leur esprit sont poussés aux limites du supportable, les trois otages mènent une lutte existentielle pour échapper à une terrible réalité qui les condamne à la folie. L’un deux, José Mujica, deviendra plus tard président de l’Uruguay.

Il aura fallu au réalisateur quatre années de recherches et de documentation pour aboutir au scénario final. Le choix d’Alvaro Brechner était de parler de la lutte intérieure de ces prisonniers et de leurs expériences de survie pour ne pas sombrer dans la folie.

La mise en scène nous le démontre parfaitement à travers des séquences choc et anxiogènes. Cela commence dès l’ouverture du film par un tabassage gratuit des geôliers militaires sur les détenus, où la caméra réalise un mouvement circulaire comme pour mieux nous montrer cet acte exécuté de manière sommaire. Casser l’ennemi, lui voler sa liberté et sa dignité pour mieux le maîtriser. Puis rapidement l’histoire se concentre sur les trois prisonniers historiques José Mujica (Antonio De La Torre), Mauricio Rosencof (Chino Darin) et Eleuterio Fernandez Huidobro (Alfonso Tort), incarnés avec talent par trois comédiens qui se sont investis tant physiquement que mentalement pour le film.

On suit ces douze années de tortures, au plus près des prisonniers, rythmées par le manque de lumière et le bruit métallique des portes des cellules se fermant violemment. L’esprit de résistance va devenir vital pour les prisonniers. Alvaro Brechner nous prend à témoin des méthodes utilisées par la dictature uruguayenne : Comment un homme peut-il se relever après avoir subi plus d’une décennie de barbarie ? Grâce à son esprit libre, son imagination. A travers des séquences de jeux imaginaires et de visions ensoleillées, les trois héros nous montrent aussi un peu d’espoir. Malgré l’absence totale de liberté, ces prisonniers vont trouver le moyen de rêver pour survivre…