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Cinéma / DVD
Films en Vrac : La Forme de l’Eau (Guillermo del Toro) & Moi, Tonya (Craig Gillespie)
Conte fantastique et destin tragique

Sur nos écrans depuis ce mercredi, deux films lancés dans la course aux Oscars. Et surtout deux magnifiques portraits de femme.

La Forme de l’Eau, réalisé par Guillermo del Toro

5

Un laboratoire gouvernemental aux Etats-Unis, consacré à des recherches scientifiques tenues secrètes, en pleine Guerre Froide. Elisa y est femme de ménage. Une femme de ménage dont l’existence solitaire se résume à son voisin à qui elle prépare le dîner le soir avant de se rendre au travail où son amie et collègue Zelda lui garde la place dans la file du pointage. Et cet isolement est d’autant plus important qu’Elisa est muette.

Une nuit, une nouvelle expérience ultra-secrète arrive au sein du laboratoire. Elisa découvre qu’il s’agit d’un homme-amphibien capturé par l’armée et dont le sort laisse peu de doutes. Comme elle, il est isolé et ne peut s’exprimer verbalement. Ces deux êtres en marge trouvent alors peu à peu d’autres façons d’entrer en communication.

Après un détour (un peu trop long) du côté des blockbusters hollywoodiens, Guillermo del Toro renoue avec le conte fantastique. Et surtout avec son univers à l’esthétique si particulière, mêlant gothique et enchantement. Pas de doute possible, le générique de début – durant lequel la caméra se promène dans un appartement sous les eaux et où tout flotte lentement – immerge directement le spectateur dans l’ambiance à la fois sombre et merveilleuse créée par le réalisateur. Sombre par la cruauté de cette histoire qui n’a rien d’un conte de fées. Et merveilleuse par l’insolite romance qui en émerge et par le message qu’il porte.

Là où le cinéaste réussit son tour de force, c’est que le genre fantastique adopté pour La Forme de l’Eau n’est au fond qu’un prétexte à faire appel à tous les autres genres existants, que ce soit la comédie, le drame ou encore le thriller. Et surtout un prétexte pour aborder les thèmes de l’altérité et de la tolérance au travers de ses principaux protagonistes. A ce titre, Sally Hawkins livre un très touchant et très expressif portrait de femme où tout passe par le langage corporel et sensoriel. L’hommage au cinéma muet y est magnifique, tout comme l’hommage rendu à l’ensemble du 7e Art.

Preuve que la magie a opéré : les lumières de la salle se rallument et il est pourtant difficile de ne pas se sentir encore bercé par les couleurs aquatiques de cette histoire de monstres et par la musique d’Alexandre Desplat dont La Javanaise revisitée reste un moment sur les lèvres.

La Forme de l’Eau, réalisé par Guillermo del Toro. Avec Sally Hawkins, Michael Shannon, Richard Jenkins, Octavia Spencer, Doug Jones, … Sorti en salles le 21 février 2018.

 

Moi, Tonya, réalisé par Craig Gillespie

5

1994, quelques semaines avant les Jeux Olympiques d’hiver de Lillehammer. Nancy Kerrigan, patineuse américaine, est blessée au genou avec une barre de fer au moment des qualifications américaines. Très rapidement, les soupçons se portent sur l’entourage d’une autre patineuse américaine : Tonya Harding. Si son ex-mari est bien derrière l’agression, Tonya a toujours nié en être à l’origine. Mais peu importe. La folie médiatique est lancée et la jeune femme est livrée en pâture à la presse et à la populace.

Élevée par une mère tyrannique et un père absent qui a préféré s’enfuir plutôt que de protéger sa fille, puis battue par son premier mari qu’elle rencontre à l’adolescence, Tonya Harding misait tout sur le patinage afin de sortir de cet enfer. Sauf que le milieu du sport, que ce soit au travers des juges ou des médias, l’a tout autant maltraité. D’origine pauvre et n’entrant pas dans les canons esthétiques de la discipline, la jeune femme peine à se faire une place et à se faire accepter, alors qu’elle est sans doute la plus grande technicienne de son époque (la seule à passer un triple axel en compétition).

C’est cette vérité là et pas une autre que cherche à montrer Craig Gillespie avec son film. Un film monté à la manière d’un documentaire, alternant séquences scénarisées et interviews dans lesquelles les protagonistes brisent le quatrième mur en s’adressant directement au spectateur. Un parti-pris qui appuie encore plus sur l’hyper-médiatisation de l’affaire Kerrigan/Harding à l’époque, dans laquelle la belle a immédiatement été opposée à la bête.

Grâce à ce film, et surtout grâce à Margot Robbie dont la performance est impressionnante, il est possible de jeter un autre regard sur ce fait divers, et surtout sur cette jeune femme victime du milieu dont elle venait et du tribunal médiatique auquel elle a été livrée. Un tribunal l’ayant aimé durant une minute – celle qu’aura duré son triple axel – avant de la haïr et de la faire haïr de tous.

Moi, Tonya, réalisé par Craig Gillespie . Avec Margot Robbie, Allison Janney, Sebastian Stan, … Sorti en salles le 21 février 2018.