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BD et Révolution française



Les récits abordant de front les évènements tout à la fois tragiques et porteurs d’espoirs de la Révolution française ne sont pas légion au contraire de la période napoléonienne de l’Empire qui foisonne quant à elle de récits historiques ou de fictions. Pour aborder les années qui ont précédées l’intermède bonapartiste, en gros de 1789 à 1804, il faut se résoudre à puiser dans les albums qui abordent cette époque de manière détournée. Retour sur quelques récits phares qui se nourrissent de l’énergie déployée par la Révolution française ou qui mettent en scène la Reine maudite, Marie-Antoinette !

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ORVAL

Orval de Servais (Dupuis) couverture de l’intégrale

Les amateurs de bières trappistes connaissent sans aucun doute Orval, mais l’abbaye qui a donné son nom à ce breuvage, aussi délicieux soit-il, possède également une histoire riche et tragique que Jean-Claude Servais nous narre dans un diptyque dense, d’une rare beauté esthétique. Il faut souligner d’entrée que la tâche n’était pas des plus aisée, puisque l’histoire qui nous est révélée au travers de ces deux volets (l’un paru en novembre 2009 et le second en octobre 2010) embrasse près de dix siècles, de la création des premiers murs jusqu’à la reconstruction de l’abbaye à partir de 1926. Servais devait donc choisir un angle d’attaque qui permette non seulement de tisser une histoire romancée qui possède sa dramaturgie mais aussi de s’attacher à respecter les grandes trames de l’évolution dans le temps de l’abbaye tout en conjuguant cette trame avec certains principes religieux qui participent à la compréhension générale de l’histoire. La lecture d’Orval nous apprend ainsi beaucoup des préceptes de St-Benoît, elle nous explique aussi le souci de méditation et de recueillement, propre aux moines bénédictins. L’histoire proprement dite s’oriente autour de deux personnages centraux, le moine Gauthier et maître Froisset. Les deux hommes, que tout sépare, vont se croiser et se recroiser sur plus de trente ans. Ils vont permettre de comprendre les légendes attachées à l’abbaye ainsi que certains soubresauts de l’histoire de France.

Mais commençons tout d’abord par le début, les origines de l’abbaye et son étymologie. Servais nous présente deux moines qui crapahutent à travers les forêts à la recherche du lieu idéal pour élever les murs de leur édifice consacré à Dieu. Nous sommes en 1070. Ils s’arrêtent sur un choix qui s’impose à eux comme une véritable révélation : Cette vallée est merveilleuse, elle inspire le recueillement et la sérénité. Ce lieu est sacré. Il correspond parfaitement à ce que nous cherchons depuis des mois en parcourant la Lorraine. Ils sont alors accueillis et protégés par Arnould de Chiny qui permet à l’abbaye de se développer rapidement. Un jour de chasse au sanglier, la comtesse Mathilde de Toscane vient se rafraîchir dans la fontaine des moines. Elle y perd son anneau d’or. Malgré les tentatives de le retrouver, ses hommes doivent se résigner à repartir en raison de la nuit qui pointe. Se produit alors un véritable miracle lorsqu’une truite se rapproche de la surface avec dans sa bouche le fameux anneau. La comtesse donnera ainsi le nom de Vallée d’or à ces terres…

Orval 1

Orval de Servais (Dupuis) – couverture du tome 1

L’histoire se poursuit quelques siècles plus tard à l’approche de la révolution française. Servais présente deux hommes qui se battent en duel à l’épée. L’un d’eux, Gauthier se résignera au combat et quittera se monde dont la violence le répugne pour trouver refuge au cœur de la forêt. Là il fera corps avec la nature qui s’affiche pour lui comme un moyen de se recueillir et d’entrer en méditation. Il y rencontrera aussi Helena, une jeune femme accompagnée d’un loup. Ils s’aimeront mais Gauthier dans ses méditations se résigne à l’amour corporel pour rejoindre l’amour de Dieu. Il se dirigera vers l’ordre des bénédictins d’Orval.

L’histoire se concentre dès lors sur l’abbaye, son développement architectural et économique qui passe par la maitrise de la sidérurgie et de la métallurgie rendues possible grâce à la mise en exploitation d’un moulin hydraulique. En pleine prospérité se produit à Paris un incident majeur. Le roi Louis XVI a pris la fuite. Il sera arrêté à Varennes. Certains pensent qu’il devait trouver refuge à l’abbaye d’Orval avant de quitter la France. De là viendra la rancœur du peuple, qui ne pardonnera pas cet épisode. En décembre 1793, les moines prennent la fuite et se réfugient au Luxembourg. Seuls six moines et quelques frères convers restent pour « garder » l’abbaye. Quelques mois plus tard le peuple souverain décide de s’accaparer les richesses restantes, dont le bois et le minerais. Les intérieurs de l’abbaye seront pillés notamment par maître Froisset. A cette suite l’abbaye sera brûlée et presque entièrement détruite. Fin du premier tome de ce diptyque.

Le tome 2 s’ouvre quelques années plus tard. Nous sommes en 1800. Henri Froisset poursuit son travail de pillage. Il dérobe les pierres tombées lors de la mise à sac par le peuple de l’abbaye pour édifier ses nouvelles écuries. Entre en scène un nouveau personnage qui se dit être le fils bâtard de maitre Froisset. Rejeté par son père, ce brigand de bas étage, jurera devenir plus puissant que lui.

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Orval de Servais (Dupuis) couverture du tome 2 édition spéciale

La puissance, le bandit veut la gagner grâce à la découverte du trésor des moines d’Orval, car la légende dit que, lors de leur fuite au Luxembourg, les religieux ne purent prendre avec eux toutes leurs richesses…  – Les moines ont eu le temps de planquer leur or dans des souterrains secrets avant de s’enfuir pour Luxembourg et la mise à sac de l’abbaye par les révolutionnaires. Mais ce n’est pas tout ! La reine Marie-Antoinette avait emmené ses principaux bijoux dans sa fuite avec Louis XVI. Elle les avait confiés à son coiffeur Léonard Autié, parti en éclaireur avec le général Bouillé. On sait que le but de l’escorte royale était la citadelle de Montmédy. Louis XVI et Marie Antoinette devaient ensuite franchir la frontière pour Luxembourg en passant par l’abbaye d’Orval. Is n’ont pas été au-delà de Varennes-en-Argonne, mais le coiffeur Léonard a été vu à Montmédy, et le général Bouillé (…) est passé par Orval.  – Les moines ont aussi un refuge dans les murs de la citadelle. – Exactement ! Mais on n’a pas retrouvé les bijoux ! Aucune trace… seraient-ils cachés dans les dédales de la citadelle de Montmédy ? Je pense sérieusement qu’ils sont plutôt ici, à Orval…

Entre chasse au trésor et envie de puissance sous fond d’amour et de retrouvailles, ce second tome poursuit son effet de séduction. Le lecteur se trouve plongé au cœur d’une histoire dense, au suspense efficace fait de surprises et rebondissements, qui ne néglige pas pour autant une réflexion sur le temps et le rapport de l’homme à la nature.

Gaulthier restera le gardien et l’âme de l’abbaye jusqu’à sa mort. Ayant décidé de vivre en ermite – même si les « effets » de la révolution et de la haine portés au clergé et hommes d’église se sont estompés – il poursuit son travail de méditation et de réflexion : Ma relation à Dieu passe par la méditation et l’isolement. Je m’y livre tout entier. Un jour viendra où le calme reviendra sur ces terres, je ne devrai plus me cacher. Les gens pourront venir me demander conseil, et profiter de l’expérience spirituelle que j’aurai acquise tout au long de ces années de solitude.

Cette fresque consacrée à Orval s’inscrit comme un récit qui fera date. Le dessin de Servais possède une richesse du détail remarquable qui donne un réalisme presque troublant à l’histoire contée. Maîtrisant avec une justesse infime, le compromis entre récit historique et histoire romancée, entre le luxe de détail et les plages de « respiration » – offertes au travers du rapport qu’entretien Servais avec la nature, foisonnante et luxuriante, ainsi que la faune, notamment le loup qui ressurgit à de nombreux moments du récit et qui devient un personnage à part entière de ce diptyque (voir le regard qu’il porte lors de la destruction de l’abbaye par les révolutionnaires en fin du premier tome) – le dessinateur nous offre avec Orval une histoire qui se savoure de bout en bout. Que dire de plus sinon qu’Orval doit être considérée comme une œuvre à part entière, d’une force émotionnelle et d’une charge dramatique si réjouissante que l’on se laisse happer sans opposer aucune résistance…

Servais – Orval (T 1 & 2) – Dupuis – 2009 et 2010 – 14, 50 euros le tome.

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Cagliostro de Delalande/Prolongeau/Lapo (Delcourt)

En ce mois d’octobre 1783 la tension est palpable à la cour. Dans les jardins du château de Versailles un corps a été retrouvé sans vie. Il s’agit de celui d’Apolline Desaulnay une assistante de Rose Bertin, modiste de Marie-Antoinette. L’affaire pourrait s’avérer fâcheuse, car la jeune et belle demoiselle avait réussi à se rapprocher de la Reine et son corps porte les marques d’un assassinat sordide. Nous apprendrons que la jeune femme était aussi proche d’un homme d’église, le cardinal de Rohan, qui l’accueille volontiers dans son lit, comme tant d’autres femmes qui hélas n’y trouvent visiblement pas leur compte… Pour comprendre ce qui se joue il faut revenir quelques jours avant le drame. La Reine entretient une correspondance suivie avec sa famille autrichienne. Les courriers dont certains pourraient compromettre le royaume et le fragiliser quittent l’écrin de Versailles par le biais d’Apolline qui se voit confier une charge dont elle s’exécute avec rigueur. Lorsque le cardinal de Rohan apprend l’existence de ces lettres il tente de persuader Apolline de les lui remettre. Il faut dire que le cardinal de Rohan n’est pas en odeur de sainteté à la cour et il voit dans cette correspondance vers l’empire d’Autriche le moyen de revenir sur les devants de la scène. Mais Apolline ne cède pas à la pression du cardinal qui délèguera des hommes de mains pour retrouver la missive cachée dans sa maison sous une latte de plancher… Tout ne se passe pourtant pas comme prévu… Cagliostro de son côté présente ses tours de magie dans les salons mondains. L’homme controversé, amuseur public pour certains, escroc pour d’autres, s’est fait un nom grâce à sa maitrise de quelques numéros, dont celui qui consiste à hypnotiser une personne dans l’assistance pour lui poser ensuite les questions les plus intimes. Le cardinal de Rohan assiste à l’une des représentations de cet étrange personnage et, lorsqu’il se retrouve dans une impasse dans l’affaire de correspondance de la Reine, il pense l’utiliser dans un jeu subtil qui pourrait bénéficier aux deux hommes…

Cette série qui voit le jour autour du personnage de Cagliostro, de son vrai nom Joseph Balsamo, nous immisce dans l’antre de Versailles et des histoires de la cour de France. A partir de la maîtrise d’une époque, bien retranscrite ici, les deux scénaristes Arnaud Delalande et Hubert Prolongeau livrent un récit suffisamment dense pour laisser présager d’une suite à la hauteur de nos espérances. Les personnages creusés possèdent chacun de quoi alimenter le suspense et la tension naissante. Le dessin quant à lui soutien parfaitement le récit. Tout en restant de facture classique il arrive à prolonger les effets suggérés par le riche scénario qui nous est proposé. Peut-être un peu sobre sur certains aspects, mais efficace néanmoins. Nous n’en espérions pas moins !

Delalande/Prolongeau/Lapo – Cagliostro T1 – Delcourt – 2013 – 14,50 euros

 

A venir :

Marie-Antoinette

Marie-Antoinette de Benjamin Lacombe (Soleil/Métamorphose)

La collection Métamorphose dirigée par Barbara Canapa et Clotilde Vu nous propose dans quelques jours un récit tiré de la vie de Marie-Antoinette et réalisé par l’incontournable Benjamin Lacombe. Pour vous mettre l’eau à la bouche nous vous proposons la présentation éditeur qui laisse déjà sur notre faim ! La chronique MaXoE de ce titre sera à découvrir début décembre !

Elle est « grande, admirablement faite » avec « des bras superbes ». « C’était la femme de France qui marchait le mieux […] » Mme Vigée-Le Brun (Portraitiste de la reine)

Qui n’a jamais rêvé de s’immerger dans l’intimité de Marie-Antoinette, archiduchesse d’Autriche, dernière reine de France et de Navarre, femme célèbre et controversée devenue un véritable mythe ?

Sous la forme d’une belle édition à la fabrication soignée, Benjamin Lacombe a imaginé son journal intime, accompagné par le regard de Cécile Berly, historienne, spécialiste de Marie-Antoinette. Ce carnet d’une richesse graphique inouïe (peintures, aquarelles, crayonnés) mêlera certaines des lettres authentiques de Marie-Antoinette, à celles, fictives, du Comte Fersen avec lequel elle entretenait une relation privilégiée.