Ken Follett – écrivain gallois spécialisé dans les romans historiques et d’espionnages – publiait en 1989 Les Piliers de la Terre, un roman fleuve sur l’Angleterre du XIIe siècle et qui relate l’histoire de la construction d’une cathédrale, celle du prieuré de Kingsbridge, le tout sur fond de guerre civile entre deux prétendants à la couronne. En 2007 paraît Un Monde sans Fin qui fait suite aux événement des Piliers de la Terre, deux ... En savoir plus !
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La BD du jour : L’Aimant de Lucas Harari (Sarbacane)

Un jeune homme débarque à Vals dans le canton des Grisons en Suisse pour tenter de comprendre l’architecture des termes qui s’y élèvent, à la suite d’une thèse inachevée. Sur place il prend des notes, observe, dessine les parois du bâtiment, découvre que tout n’est pas aussi simple et limpide que les plans du concepteur ne le laissent penser. Que cache ce bâtiment atypique imbriqué dans la montagne et qui vit à travers elle ?

Paris pluvieux. Un homme accélère son pas pour venir s’abriter dans un zinc semblable à tant d’autres. Il se dirige vers le comptoir et commande un café. Le client reconnait aussitôt celui qui le sert, Pierre, un ancien élève qui travaillait, il n’y a pas si longtemps, sur une thèse d’architecture consacrée aux termes de Vals conçus par le célèbre architecte Peter Zumthor. Le jeune homme indique à son ancien professeur qu’il n’a pas totalement mis en sommeil, malgré des ennuis de santé, l’idée de retravailler sur les thermes de Vals, qui détiennent non seulement une histoire liée à un lieu, un environnement, mais aussi un mystère attaché à sa construction et à son interprétation. Pierre avoue à son ancien professeur que l’acte même d’écrire sur les thermes l’avait fait entrer dans une véritable transe, l’écriture devenant littéralement compulsive. Car, dit-il, « J’avais le sentiment profond d’avoir tout compris, d’avoir percé le mystère du bâtiment ». Cette phase de stimulation intense devait accoucher d’un autodafé dramatique. Le jeune homme, dans un acte de pure folie brûlant tout ce qu’il venait d’écrire, brisant le lien qui le rattachait aux thermes de Vals. Pourtant, alors que nous sommes quelques mois plus tard, l’idée de travailler sur ce projet fait son chemin. Pierre indique même qu’il prévoit de se rendre sur place pour s’immerger totalement dans les lieux, faire corps avec le bâti, pour s’en imprégner et en révéler les secrets enfouis. Début d’un cheminement fait de rencontres improbables, de la découverte de légendes locales et d’une troublante fille aux cheveux roux…

Lorsque Peter Zumthor est choisi pour travailler sur les thermes de Vals en Suisse (inaugurés en 1996) se pose à lui une question élémentaire qui révèle un choix tout à la fois esthétique et conscient de l’environnement du lieu : Montagne, Pierre, Eau : construire dans la pierre, construire en pierre, construire à l’intérieur de la montagne, construire au flanc de la montagne, être au cœur de la montagne. Comment traduire toutes les acceptions et toute la volupté de ces expressions en langage architectural ?  écrit-il pour qualifier une partie de la réflexion de départ posée à son cabinet d’architecture. La réponse passera par une étude fine du lieu. En utilisant la pierre comme matière de référence et en jouant sur les dimensions, les perspectives, la géométrie il fera du bâtiment un lieu qui fascine et qui stimule l’imaginaire. La preuve en est avec ce récit concocté par le jeune Lucas Harari qui, du haut de ses vingt-sept ans, livre un premier récit à la force d’attraction. Pour cela l’auteur fait du lieu un personnage à part entière envoûtant, mystérieux, mouvant, vivant, prêt à prendre dans ses griffes ceux qui décident de le mettre à nue. Lorsque le jeune Pierre débarque à Vals, il se fond dans les lieux, s’y perd, découvre des agencements qu’il ignorait, des passages secrets. Il fera aussi la rencontre de Philippe Valeret, un architecte à la renommée internationale, qui butte à comprendre le bâtiment et voit en Pierre, un jeune homme fragile, auquel il sera aisé de piller les résultats de recherches. Tout ne va pas se passer exactement comme cela, et le récit se teinte progressivement d’un fantastique propre à emporter le lecteur qui veut comprendre, autant que de se laisser émerveillé, ce qui se trame. Au fil des planches le mystère s’épaissit autour de facteurs qui ne semblent pas forcément reliés entre eux mais qui participent à faire de l’Aimant, un récit qui fascine, par les zones d’ombres, un cartésianisme qui tend à faire vaciller la raison…    

Lucas Harari – L’aimant – Sarbacane