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La BD du jour : La nuit mange le jour de Hubert et Paul Burckel chez Glénat

L’été n’est pas synonyme de pause dans mes lectures et dans les comptes-rendus que je peux vous en proposer. Les chaleurs du mois de juillet et d’août s’accompagneront donc de la présentation de quelques albums majeurs parus lors du premier semestre. Dans l’attente de la rentrée littéraire qui s’annonce déjà très prometteuse…

Une porte s’ouvre dans la nuit. Deux hommes la franchissent pour se glisser à l’intérieur d’un chaleureux appartement et, très vite, font l’amour. Un amour doux puis violent et jouissif. Le plaisir partagé s’affiche sur les visages et l’échange des numéros de portable sonne comme la promesse de lendemains. Thomas, le plus jeune, magasinier dans une bibliothèque, imberbe au look étudiant est très vite séduit par Fred, artiste photographe, plus expérimenté, barbu à la forte corpulence qui l’accueillera régulièrement chez lui. Au fil du temps Thomas se questionne sur une série de photos affichées aux murs qui donnent à voir un jeune homme à la beauté envoûtante qui a servi de modèle à Fred. Un ancien amant à la personnalité rayonnante qui parvenait à inonder de lumière les lieux où il passait. Thomas va tenter d’en savoir plus sur cet amour passé, découvrira l’étrangeté de cette relation physique et sombre et se risquera à la transposer dans son vécu avec Fred, autant pour pousser ses propres limites que pour se rapprocher de cet être chimérique à la trace tenace. Fred lui, durement touché par la fin de l’aventure avec Alex, avait juré de ne plus tomber dans des relations d’amour SM. La puissance retenue qu’il affiche pour ne pas revivre la relation passée va se trouver ébranlée par les désirs de Thomas. Dans ce jeu de séduction, d’amour, et de violence physique, le plus fort n’est peut-être pas celui à qui affiche le visage le plus angélique.

Ce récit n’est assurément pas à mettre entre toutes les mains. La description très crue des scènes d’amour et l’ambiance qui s’en dégage le réserve à un public averti. Pour autant l’écriture fine et subtile d’Hubert permet au récit de ne pas sombrer dans le seul érotisme. Le scénariste s’attache, avec un vrai talent narratif, à dépeindre les pensées les plus enfouies de ses personnages et parvient, dans l’enchaînement des scènes, à renforcer une tension qui ne faiblit pas tout au long des 232 pages. La relation entre Fred et Thomas, sur laquelle plane le fantôme d’Alex, se densifie de la progressive et insoupçonnée libération du tendre Thomas. Les personnages secondaires apportent des pistes de compréhension sur la relation de Fred et d’Alex, sans que le voile soit totalement levé. Entre réalité et mise en scène, passé et présent, subtilité des sentiments et violence physique, raison et déraison, maîtrise et perte de contrôle, La nuit mange le jour justifie son titre et le glissement vers le danger à peine esquissé qu’emprunte le jeune Thomas. Le dessin de Burckel en aplats de gris et de noirs surprend d’abord par l’équilibre qu’il parvient à entretenir avec le texte, et libère ensuite toute sa sève et son mystère dans les planches qui représentent les photos et dessins d’Alex sur lesquels Thomas s’attarde et semble se perdre. Un projet qui peut déranger mais qui possède un vrai pouvoir d’attraction par la capacité des deux auteurs à croire en leur sujet et de laisser flotter une part de suggestion dans les venelles d’une passion en construction.

Hubert / Paul Burckel – La nuit mange le jour – Glénat – 2017 – 22,50 euros