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La BD du jour : Les robots aussi croient à l’amour fou de Giard/Apostolidès (Les Impressions Nouvelles)



2085, la France n’est plus qu’un champ de ruine après qu’un commando terroriste ait décidé de faire sauter la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine. Dans ce chaos Camille, une jeune fille survivante, touchée par la mort de ses proches va tenter de reconstruire un pays pour ne pas le laisser à la merci des pilleurs de tous bords. Johnny Bing quant à lui, robot d’une ère nouvelle, vit sa vie en solitaire, artiste peintre, il attirera à lui des femmes posant nues pour lui avec qui il passera beaucoup de temps. Les deux trajectoires invraisemblables vont se croiser dans un monde qui n’a pas encore décidé la place à laisser aux Intelligences Artificielles…

Johnny Bing est un robot mutant créé par un laboratoire californien. Un robot doté de parole, d’une intelligence artificielle et, chose nouvelle, de la capacité à s’émouvoir, à s’attacher aux hommes ou aux femmes et même faire l’amour. Il se fera artiste peintre, affichera dans des galeries, aura pour clientes les plus riches veuves américaines et quelques jeune femmes avides de connaitre les capacités sexuelles d’une telle « machine ». A plusieurs milliers de kilomètres de là en France, un raid terroriste à causer la perte du pays plongé dans un chaos et une désolation sans nom après qu’ils aient fait sauter la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine. Dans ce monde sous assistance respiratoire, une jeune artiste du nom de Camille Séjourné va survivre au chaos, se réfugier un temps à Marseille avant de s’attacher à tenter de reconstruire le pays. Les deux destins qui ne semblent liés par aucun fil vont pourtant se percuter pour le meilleur de chacun d’eux…

À l’aune d’une société épuisée qui a perdu définitivement son rapport au temps, au point que les hommes cherchent éperdument le moyen d’allonger leurs journées pour enfin (ré)accomplir leurs désirs les plus fous aujourd’hui perdus, la réflexion de certains chercheurs et autres techniciens porte sur la possibilité que « d’autres » accomplissent des tâches à leur place. Le robot pourrait-il être cet autre, qui libérerait le temps aux hommes ? Le futur proche n’interdit pas vraiment de limite à cette pensée alors que des appareils accomplissent déjà, en ce début de vingt-et-unième siècle pas mal de sales besognes dont l’homme s’est progressivement détaché. Au-delà de quelques tâches domestiques ou sommaires, les robots pourraient-ils remplacer les hommes dans d’autres domaines ? L’intelligence artificielle, définie comme le processus qui doterait des systèmes informatiques de capacités intellectuelles comparables à celles des êtres humains, selon la définition proposée par la revue La Recherche dès 1979 serait-elle capable de développer des systèmes de pensée à partir d’éléments extérieurs qui viendraient nourrir leur réflexion ? Pas mal d’auteurs ont posé cette question dans leur œuvre avec les plus grandes craintes pour l’avenir, Asimov en tête, tandis que pour Stephen Hawking, le développement d’une intelligence artificielle complète pourrait mettre fin à la race humaine. À trop vouloir faire des machines à l’image de l’homme, celles-ci ne pourraient-elles pas tout simplement prendre notre place et participer à notre inéluctable fin ? 

Après l’intriguant Konoshiko Luc Giard et Jean-Marie Apostolidès reviennent aux affaires avec un nouveau récit lui-aussi placé sous le signe de l’expérimentation texte-image. Au départ de ce projet Jean-Marie Apostolidès, le scénariste, choisi des dessins composés par Luc Giard pour nourrir son scénario. Ensuite la magie entre en scène. Les images sont assemblées, et un fil conducteur voit le jour autour de Johnny Bing, le robot RW 2743 J. Les idées sont dégagées autour de ce moment qui nous rapproche d’un nouveau monde connu construit autour d’une technologie reine qui, à coups d’Intelligence Artificielle, remodèle notre rapport au monde, aux autres avec des perspectives pas forcément réjouissante. Le sujet n’est pas nouveau, la SF s’est déjà emparée du sujet à maintes reprises. Là où les auteurs se singularisent, c’est dans cette manière de modeler leur récit, à partir de deux héros que rien ne rapprochent et qui sont et seront de plus en plus liés. La trame se fait glaçante au fil des pages dans la découverte du sordide attaché à Johnny Bing, puis laisse entrevoir des lucarnes d’espoirs dans le chaos autour de cette reconstruction d’une France détruite. Un album savoureux qui joue avec les codes de la bande dessinée tout en invitant le lecteur à réfléchir sur le devenir de notre civilisation…

Luc Giard et Jean-Marie Apostolidès – Les robots aussi croient à l’amour fou – Les Impressions nouvelles