A l’occasion de la sortie du dernier Call Of Duty qui revient à ses premiers amours, à savoir la deuxième guerre mondiale, nous vous proposons de revenir sur ce moment de l’histoire et comme d’habitude nous allons le décliner selon les thématiques qui nous sont chères : la BD, le cinéma, les jeux vidéo, la musique et puis plein d’autres choses bien sûr.  Il fait suite au précédent Focus que nous vous avions proposé sur la Grande Guerre. Notre ... En savoir plus !
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La BD du jour : Urban IV : Enquête immobile de Brunschwig & Ricci (Futuropolis)

Zach va devoir se retrousser les manches s’il veut arrêter l’homme qui défit Montplaisir avec une facilité confondante. Il devra peut-être aussi comprendre l’univers qu’il a souhaité rejoindre en choisissant de quitter pour toujours sa famille. Dans l’antre de ce monde beautés et horreurs se côtoient étrangement redéfinissant de manière troublante la valeur de chaque chose…  

Montplaisir, lieu sublime de toutes les tentations et de tous les plaisirs, créé par Springy Fool, un homme fou, génie de son temps. Nombreux sont ceux qui s’y perdent pour quelques heures ou quelques jours, avec cette idée que le train-train de la vie mérite bien qu’on le bouscule un peu. Vivre plutôt qu’avoir vécu. Les habitudes mortifères d’un quotidien souvent terne se voient ainsi voltiger très loin pour permettre à tous les heureux pensionnaires de se diriger vers des sphères de délices splendidement enrubannés accordés selon les crédits que chacun a bien voulu déposer sur la carte de ses pêchés. Zach rêve lui aussi de venir un jour à Montplaisir. Pas forcément pour se laisser tenter par l’une ou l’autre des activités de jeu ou de tripot proposés aux plaisanciers de passage, mais pour intégrer la brigade Urban Interceptor.

Une unité qui assure la sécurité des lieux. Et le boulot n’est pas une partie de plaisir si l’on considère les dimensions stratosphériques du parc qui se développe sur plus de 300 000 hectares. A.L.I.C.E, le système automatisé qui contrôle un maximum de choses à Montplaisir, dégage pourtant du temps aux valeureux inspecteurs qui peuvent se consacrer à ce qui fait la sève de leur job, les meurtres, crimes crapuleux, enlèvements et autres viols. Détachée des délits sans intérêts, la brigade peut consacrer un entraînement de haute volée à ses hommes. Cela sera-t-il suffisant pour arrêter le super meurtrier du moment, Antiochus Ebrahimi, dont le nom à lui seul parvient à jeter l’effroi sur pas mal d’inspecteurs pourtant rodés au métier ? Non. Et Isham El Ghellab, le super flic chargé de l’arrêter dans un direct live retransmis sur écrans géants à travers le parc, abattu sommairement par la fine lame du crime, sans souviendra sûrement dans l’autre monde, mais pas ailleurs. Zach, le nouvel homme fort d’Urban Interceptor se voit dès lors propulsé sur les écrans de Montplaisir. En l’absence d’autres prétendants, sa force physique hors du commun représente l’ultime chance d’arrêter le redoutable Antiochus Ebrahimi. Lors de sa mission la route de Zach va rencontrer celle d’un petit garçon perdu, curieux de Montplaisir, de ses musiques entêtantes, de ses fumées laissant échapper des effluves prometteuses et de toutes les devantures et autres écrans géants qui tapissent le ciel et les larges avenues de lumières aux couleurs bariolées qui finissent de le porter dans un lointain imaginaire… Le jeune garçon recevra la balle qu’Ebrahimi destinait à Zach avant que la ville ne soit victime d’une attaque sans précédent, qui détruira tout ou presque. Sur les cendres de Montplaisir, Zach, Springy Fool et d’autres encore vont voir un pan de leur passé resurgir, comme si la ville, qui recolle ses morceaux avec une étonnante facilité, trouvait en écho le puzzle des souvenirs de quelques hommes à réassembler…

Série d’anticipation calquée sur les travers de notre monde d’où émergent surconsumérisme, reality-show, goût sordide pour le macabre, recherche permanente de l’easy-life et d’une manière plus globale de tout ce qui permet de mettre son cerveau en vacances, Urban met en scène une galerie de personnages bien campés dans un univers où le plaisir se voit porté une valeur plus que symbolique. Montplaisir, parc gigantesque, trente fois plus grand que Paris, n’est pas uniquement ce qu’il affiche sur les prospectus bien rédigés. Il possède aussi une face sombre dans laquelle se retrouvent quelques délaissés du système, ceux qui ont perdus le bénéfice de cartes bien chargées, des hommes et femmes ruinés dans les casinos de manière étrange et réduits en semi-esclavage. Dans ce monde Zach tente de mener la tâche qui lui est confiée avec professionnalisme. Bourru, un peu niais sur les bords, il découvrira l’amour au travers d’Ishrat, une fille formidable au passé trouble. Il découvrira aussi pas mal des aspects sombres de ce fameux parc. Le scénario construit par Luc Brunschwig étonne par sa densité. Une densité qui ne néglige pourtant pas la lisibilité de ce qui se joue devant nous. Grâce à d’astucieux jeux de flashbacks, le scénariste revient sur la genèse de Montplaisir, qui éclaire lui-même sur le destin de seconds rôles qui prennent soudainement de l’épaisseur. Avec un sens inné du découpage, un talent narratif et une exigence devenus rares, il élève constamment l’univers d’Urban à un niveau peu vu en BD. Dessiner Urban dans ce contexte demandait plus que de la technique, une compréhension fine de ce qui se joue, de chaque détail à sublimer. Roberto Ricci accomplit son sacerdoce avec une redoutable efficacité, avec cette capacité à se mettre au niveau de son scénariste, en se faisant tout à la fois dense graphiquement mais lisible dans le sens à donner au récit. Il offre ainsi une vision onirique, presque mystique d’un univers en perdition. Une série incontournable tant pour la SF que pour le neuvième art.  

Brunschwig / Ricci – Urban tome 4 : Enquête immobile – Futuropolis