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Livres / BD
De vapeur et d’acier : L’univers de Graffet visité par Mauméjan

Didier Graffet reste l’un des auteurs les plus discrets au regard de ce qu’il donne à voir dans ses œuvres. L’homme construit avec rigueur, passion, énergie et dévotion un univers steampunk dans lequel navigue des machines étranges. Par cette exploration des moyens de locomotion (navires volants ou flottants aux eaux, dirigeables ou zeppelins, cylindrées à une ou deux roues, trains ou sous-marins de poche…) l’artiste nous ouvre les portes de son Univers-monde et nous offre des vues urbaines de cités revisitées ou des scènes envahies par une nature florissante telle la Canopée. De ce monde d’images, Xavier Mauméjan construit des récits décalés qui extrapolent sur le contexte de telle ou telle peinture de l’artiste. Un ouvrage purement passionnant !

 Graffet  - De vapeur et d'acier

Graffet/Mauméjan - Steampunk - De vapeur et d'acier (2013)Des monstres de fer occupent l’espace devenu un vaste champ de propulsion et de diffusion de sons mécaniques s’entrechoquant par le biais d’une visserie et d’engrenages calibrés. Le ciel accueille en son sein d’étranges navires flottant, toutes rames dehors, portés par d’immenses ballons gonflés à l’hélium ou au dihydrogène, sur la mer des navires et paquebots géants défient les lois de la nature pour acheminer les personnes et les marchandises par dizaine de milliers de tonnes, sur terre enfin les machines destinés au transport des biens et des personnes développent d’ingénieux systèmes de propulsions pour arriver à leur destination… Didier Graffet construit patiemment, à coups de machines énigmatiques, de décors démesurés et dimensionnés à la hauteur de sa capacité à suggérer et à faire naître l’imaginaire, un univers propre qui détone autant qu’il fascine. Pas n’importe quel univers, un de ceux propres à bousculer nos repères, qui, malgré tout, se rattachent à tel ou tel détail familier de nous pour stimuler et nourrir nos imaginaires. La grande force de l’œuvre de Graffet réside dans cette dynamique induite par le trait, le contexte et ce qui se joue devant nous. Chaque scène semble en appeler d’autres. Chaque tableau possède son histoire. Son avant et son après qui densifie le tout sous notre regard d’observateur privilégié. C’est dans cette brèche ouverte, dans ces histoires tapies en chaque recoin du monde construit par Graffet que Xavier Mauméjan s’engouffre. Il donne à lire ses prores mots suggérés de sa lecture d’une scène. Des récits brefs composés dans cet entre-deux, ce monde parallèle qui s’exprime de façon précise et démesurée dans le travail de l’illustrateur. On y découvre/retrouve tout un lot de faits divers délurés, de mégalomanies galopantes, de personnages singuliers mais aussi cette présentation de l’univers-Monde de Graffet. Mauméjan propose une lecture, la sienne, de ce que lui renvoi chaque tableau, chaque composition graphique. Car Graffet s’impose bel et bien comme un compositeur visuel de l’univers Steampunk – au même titre qu’un Vadim Voitekhovitch – inspiré par des auteurs aussi renommés que Jules Verne ou Albert Robida à qui il rend de vibrants hommages dans son travail (Capitaine Nemo et le Nautilus entre autre). Son œuvre alterne calmes plats et rouages d’une mécanique inarrêtable. Les machines surdimensionnées occupent le ciel, les eaux, les sols plus ou moins stables, ça chuinte, ça fume, ça avance lentement avec cette idée de la direction linéaire tout à la fois rassurante et inquiétante. Les monstres ne sont pas absents de cet univers protéiforme qui se veut tout sauf lisse. Ils nous rappellent que malgré le gigantisme, ce monde souffre de ses horreurs, de ses fantômes et de cette peur qui nous parcourent tous jusque dans notre propre monde…

Graffet/Mauméjan – Steampunk, De vapeur et d’acier – Le Pré aux clercs – 2013 – 29 euros.

Pour en savoir plus sur l’univers de Didier Graffet, je vous invite à revoir l’interview qu’il nous avait accordée lors de son exposition à la Galerie Daniel Maghen :