Ken Follett – écrivain gallois spécialisé dans les romans historiques et d’espionnages – publiait en 1989 Les Piliers de la Terre, un roman fleuve sur l’Angleterre du XIIe siècle et qui relate l’histoire de la construction d’une cathédrale, celle du prieuré de Kingsbridge, le tout sur fond de guerre civile entre deux prétendants à la couronne. En 2007 paraît Un Monde sans Fin qui fait suite aux événement des Piliers de la Terre, deux ... En savoir plus !
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La BD du jour : Blue Note de Mariolles & Bourgouin

New York au début des années 30. La ville essaye tant bien que mal de refaire surface au milieu d’une crise sans précédent. Si les journées paraissent longues pour ceux qui tentent de préserver l’espoir de lendemains plus réjouissants, les nuits interdites dans les speakeasies tenus par une mafia qui détourne avec facilité les règles de la prohibition offrent un autre visage où les vérités semblent parfois difficiles à saisir…

 Funérailles (T2)

Funérailles (T2)Le krach boursier de 1929 plonge les Etats-Unis, et par ricochet le monde, dans une impasse sans précédent. L’économie de la nouvelle superpuissance mondiale vacille. Le pays entre dans une situation sans précédent et les années qui suivent jusqu’en 1932 voient s’amplifier le phénomène. Dans le même temps  le 18ème amendement de la constitution américaine, qui définit les termes de la prohibition, vit ses derniers instants. Même si la production, le transport et la vente de boissons alcoolisées étaient proscrits depuis la fin 1919, la consommation n’avait pas pour autant baissée. Dans les grandes métropoles, telles Chicago ou New York City, se mettait en place des speakeasies, lieux souterrains, dans lesquels l’alcool coulait à flots tandis que le tabac enveloppait de ses volutes l’espace devenu ombrageux et chaud. Ces lieux connus de tous voyaient se fondre les classes sociales qui partageait l’espace d’un instant les mêmes interdits. Les hommes descendaient des chopes de bières sans véritablement se fixer de limite, les femmes réchauffées par l’ambiance n’étaient pas en reste et se faisaient rincer en usant de décolletés et de robes affriolantes pour accompagner la gente masculine jusqu’aux premières heures du matin. Puis, la ville reprenait son visage gris et ceux qui vivaient la nuit se laissaient porter par un quotidien terne et sans passion. Car en surface la crise affichait ses effets pervers : chômage, faillites successives de grandes entreprises, suicides de rentiers ruinés… des images sombres pour un pays qui ne refera surface qu’avec son entrée dans le second conflit mondial. Les nuits new-yorkaises délivraient donc les âmes en peine. Dans ce contexte particulier se développa une musique venue quelques années auparavant de la Nouvelle-Orléans et qui trouva refuge dans le Bronx avant de s’étendre dans les moindres quartiers de la City, une musique qui impulsait la vie au point de contrebalancer les souffrances toujours plus vives du quotidien. Le jazz trouva ainsi dans les speakeasies des lieux propices à son développement et il proliféra sans discontinuité tout au long des années 30 et bien au-delà…

Jack Doyle a connu la gloire. Pas les doigts rivés sur une trompette qu’il enrobait de son souffle pour triturer les sons jusqu’à s’écorcher les lèvres mais sur un ring dans des face-à-face sans échappatoires où le plus fort l’emporte… si tant est que le combat se joue à la régulière. Mais voilà la donne change souvent en fonction des paris qui se jouent loin des cris de la foule venue encourager ses champions. Jack a quitté ce milieu qu’il exècre et vivote dans sa campagne où il combat dans des duels d’une rare violence, sans gants, sans rounds duquel le plus fort est censé émerger, mais là aussi ce qui est donné à voir reflète-t-il la vérité du combat ? Poussé par son ancien agent Jack reviendra à la City, bercé par la nostalgie des speakeasies et des musiciens de jazz qui délivrent leurs déceptions et leurs espoirs du lendemain dans des riffs interminables…

Mêler boxe et jazz, le pari était osé sur le papier. Si les deux pratiques possèdent suffisamment de différences elles gardent en elles cette recherche de la vérité. Jack hanté par le souvenir de combats arrangés espère enfin connaitre la vérité sur sa valeur et sa capacité à faire grincer les cordes dans lesquelles il enserre ses adversaires. Mais tout n’est pas si simple dans un milieu où les mafieux savent d’avance que la fin annoncée de la prohibition va changer la donne et modifier profondément le paysage des nuits new-yorkaises. Le scénario bien ficelé de Mariolles nous plonge dans une époque entre-deux, dans laquelle les certitudes vacillent face à un quotidien pas toujours tendre. Le dessin de Mikaël Bourgouin délivre sa force dans des planches atmosphériques d’une densité émotionnelle rare. Avec luxe de détails, sans s’enfermer dans une partition léchée, il explore les ruelles de la City dans ses moindres interstices en usant de plongées, de contre-plongées, en jouant sur les couleurs de ces nuits fiévreuses tapissées d’une météo capricieuse pour offrir une partition très suggestive. Un premier volet qui nous prend avant son dénouement assurément choc.

Mariolles & Bourgouin – Blue Note T1 – Dargaud – 2013 – 14, 99 euros