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La BD du jour : Le maître d’arme de Dorison & Parnotte



Le vieil homme rompt mais ne plie pas. Lui c’est Hans Stalhoffer, homme fort du roi François 1er dont il est conseiller en armement. Poussé vers la sortie par le comte Maleztraza, il gardera son honneur et cette idée forte du respect au combat. Des valeurs humaines et une science qui ne s’effacent pas à la première bise venue…

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Le maître d’arme de Dorison & Parnotte – Dargaud (2015)

Hans Stalhoffer, maître d’armes du roi François 1er, met en jeu sa charge comme le veut la tradition, lors d’un duel à mort. L’homme qui lui fait face est un noble d’origine italienne, le comte Maleztraza arrogant et sûr de sa force. Le combat tient ses promesses jusqu’au moment où Hans profite d’une feinte pour briser la lame de son adversaire. Dans cette situation spécifique du combat les représentants du roi rappellent la règle : Le fer étant brisé, il revient à messire Hans Stalhoffer, tenant de la charge de maître d’armes, d’accorder une nouvelle épée au prétendant, le comte Maleztraza ou de poursuivre contre l’épée défaillante. Le maitre d’armes du roi possède l’honneur des grands hommes et accorde au fougueux prétendant la possibilité de combattre à armes égales… Même si cela suppose de risquer de perdre la vie….
Depuis la fin du Moyen-Âge, au milieu du quinzième siècle, les évènements qui se succèdent laissent peu de temps à l’apaisement. La faute à des guerres intestines avec l’Italie et des escarmouches sur le territoire de la Bourgogne qui plombent le moral des hommes et les caisses de l’état, la faute aussi à des guerres de religions qui deviennent de plus en plus meurtrières dans le premier tiers du seizième siècle. Si l’on ajoute à cela que le royaume de France a raté en partie le coche de l’ouest et des conquêtes de territoires nouveaux, amorcées dès la fin du quinzième siècle, on comprendra que la sinistrose guette la moindre parcelle d’un territoire morcelé qui attend désespérément que les lumières de la renaissance viennent chasser l’ombre aliénante et offrir un tout autre visage du règne de François 1er.
C’est dans ce contexte que prend corps le récit initié par Xavier Dorison. Le scénariste a toujours aimé développer ses histoires sur un socle historique solide propice à la crédibilisation de l’action et des pensées de ses personnages. Ici le récit tourne autour d’un duel qui oppose le maitre d’armes du roi Hans Stalhoffer, rôdé au combat et le plus jeune comte Maleztraza qui entend lui succéder. Un affrontement qui se formalise d’abord autour d’un premier combat qui fera couler le sang des deux hommes, et ensuite par un duel mené à distance qui, dans une folle course poursuite mettra aux prises deux soldats aguerris capables de jouer avec les éléments pour se fondre dans leur environnement. Le scénario développe sur près de cent planches la vision de cette époque entre-deux où les promesses tardent à se concrétiser, il démontre surtout la capacité de son auteur à construire et densifier le background de ses personnages, par petites touches subtiles qui, à partir des réflexions de l’instant, apportent ce supplément d’âme. Pour mener à bien ce projet les auteurs se sont rapprochés d’un spécialiste des combats historiques, Lutz Horvath qui a permis de faire des combats mis en avant dans l’album de véritables œuvres d’art graphique, d’une beauté et d’une rugosité sans pareille. Une esthétique qui, sans valoriser ou glorifier la violence, sert avant tout à présenter la tâche d’un homme qui a dédié sa vie à ce qu’il savait le mieux faire : se battre. Mais se battre dans les règles de l’art avec fierté et honneur. Le combat d’Hans et du comte Maleztraza représente en ce sens deux époques et deux manières de vivre et d’appréhender la charge qui est la leur. Une époque qui voit se développer les prémisses de sanglantes guerres de religion qui vont, sur le vieux continent, déchirer les chrétiens entre eux.
Le dessin de Joël Parnotte se fond dans une époque qu’il dépeint avec toutes ses zones d’ombres, ses doutes et une violence intrinsèque qui pousse les gredins à sortir de leur terrier pour alléger les inconscients qui s’aventurent à la lisière des épaisses forêts. Joël Parnotte parvient ici à densifier le duel qui oppose deux hommes que tout oppose en usant toujours du bon effet et du bon cadrage qui accentue le volet dramatique d’une histoire que le lecteur dévore à chaque planche…

Dorison & Parnotte – Le maître d’arme – Dargaud – 2015 – 16,45 euros