Quai des Bulles sur MaXoE !
Focus Grèce Antique
Quai des Bulles approche et comme chaque année, un plaisir à peine dissimulé s’installe dans les chaumières de ceux qui se préparent à s’y rendre. Le festival est devenu mythique et beaucoup le préfèrent au FIBD d’Angoulême par son cadre propice à la rencontre, par la mer qui invite aux voyages lointains et par sa programmation souvent judicieuse qui mêle expositions, rencontres, concerts dessinés, projection de films, masterclass et bien d’autres choses encore. Le ... En savoir plus !
Le mois d’octobre débute et avec lui notre premier Focus Spécial depuis la rentrée de septembre, et non des moindres ! L’équipe de MaXoE se mobilise pour vous proposer un contenu qui sera consacré à la Grèce (Antique) que nous allons aborder comme dans tous nos Focus, par des biais très différents. Les thématiques habituelles que vous connaissez déjà bien sur MaXoE seront au coeur de ce Focus, nous allons ainsi vous parler de jeux vidéo évidemement avec notre ... En savoir plus !
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Livres / BD
Le coin des vieilles feuilles : Barney et la note bleue de Loustal et Paringaux (Casterman)

Parfois, en cherchant une BD dans nos étagères il nous arrive de mettre la main sur un récit que l’on avait un peu oublié mais qui nous avait procuré pas mal de plaisir à sa lecture. Parfois encore on retrouve par accident, chez un soldeur, sur un marché ou ailleurs, un récit rare ou méconnu d’un auteur que l’on apprécie et la curiosité nous pousse à l’acheter. Le coin des vieilles feuilles, votre nouveau rendez-vous du lundi mettra en avant ce type de récit. Avec pas mal de surprises à la clé !

C’est à la fin du mois de mai 1996 que Barney Wilen a rejoint ses copains musiciens vers des cieux lointains. Le saxophoniste avait illuminé de son phrasé unique et de la capacité à capter l’attention de ceux qui l’écoutaient, toute une génération d’amoureux de la musique depuis les années 50 et sur les quatre décennies qui devaient suivre. Peut-être parce qu’il avait cette trajectoire unique des plus grands, avec ses mystères et ses faces sombres, le personnage entra dans l’histoire. Si sa musique reste, au travers de ses albums, l’histoire du personnage, ses amours, ses déboires et tout ce qui façonna son image, reste moins connu de ceux qui se laissèrent baigner par les flots de ses solos envoutants. En 1997 je fondais la revue JazzoShère qui devait pendant plus de dix ans se faire l’écho de la mouvance issue du free jazz débridé qui avait pris naissance dans quelques capitales de la musique du diable aux Etats-Unis au début des années 1960. Barney Wilen était mort un an plus tôt en 1996, des suites d’une attaque cardiaque qui devait le clouer à l’aube de ses soixante ans. Regret de n’avoir pas pu approcher l’homme autrement que par sa musique.

Barney et la note bleue vient nous rappeler l’apport du musicien à son art. Dans cette BD composée en 1987 comme un disque enregistré en studio, en treize plages serrées, qui devaient donner lieu un an plus tard à la production par Barney lui-même d’un album en forme de bande son au récit séquencé, Loustal et Paringaux déclinent des moments de vie du musicien, réels, fantasmés et fictionnels, de sa « découverte » en Afrique par des musiciens européens de passage à sa disparition tragique quelques années plus tard (fiction). Les deux auteurs ont pris le parti de raconter l’histoire de Barney. L’album ne comporte donc pas de dialogues mais une succession de pavés narratifs qui séquencent et décomposent chaque scène. On y retrouve ses contacts avec les pointures du jazz américain, son amour impossible avec Pauline qui devait le suivre en filigrane jusqu’à sa mort, la possession qui anima le musicien sur son morceau favori, Besame Mucho, standard parmi les standards, son détachement face aux réalités d’un monde dans lequel il se reconnaissait finalement assez peu et ce jeu de fuites et de retours incessants.

Toutes les séquences proposées par les deux auteurs sculptent le personnage, lui procurent un supplément d’âme là où la musique fait son office. On oublie parfois le musicien derrière son instrument. Barney n’était pas de ceux qu’on oublie. Il aura traversé sa vie comme une comète, sans jamais ou si peu perdre de son éclat. Sa musique s’écoute et se réécoute sans jamais que la lassitude s’immisce. Avec une émotion intacte à chaque nouvelle lecture. Signe des géants. Je découvrais Barney et la note bleue dans l’édition de 1994, l’album bénéficie depuis d’une belle édition augmentée de La note bleue, bande son dont les morceaux peuvent accompagner la lecture de chaque chapitre. Un bel hommage pour les 20 ans de la mort du saxophoniste, une édition qui se conserve et à laquelle je reviens quand s’impose le besoin…

Loustal et Philippe Paringaux – Barney et la note bleue (+ 1 CD) – Casterman – 2016