Nous avons décidé sur MaXoE de vous proposer une série de dossiers sur DC Rebirth. Cet univers a débarqué en librairie et en kiosque, et il est parfois difficile pour les lecteurs de s’y retrouver. C’est une spécialité des comics de super-héros, Marvel arrive très bien aussi à brouiller les pistes pour le commun des mortels.  Un peu d’explications peut-être. L’idée avec Rebirth, c’est de donner un nouveau départ à toutes les séries de ... En savoir plus !
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MaXoE Festival 2017 : Les gagnants Catégorie BD !

Les votes du Grand Prix des lecteurs 2017 du MaXoE Festival sont clos depuis dimanche dernier et voici donc le dossier sur les gagnants de la Sélection Bande-dessinée et Comics.

Que retenir de cette 4ème édition du GPL ? Tout d’abord, vous l’avez remarqué, le MaXoE Festival a retrouvé son emplacement de fin juin, c’est-à-dire juste après le Festival de Cannes et l’E3 qui mobilisent et épuisent considérablement le bataillon de rédacteurs MaXoE. Ensuite soulignons le très beau buzz autour de la manifestation, relayée massivement par pas mal de monde dont les éditeurs et les auteurs, qui a vu surtout passer des milliers de lecteurs par jour. Au final, malgré un festival resserré à 10 jours, le nombre de votants est à peu près équivalent aux années précédentes, signe que la sauce commence à prendre. Vous pouvez voir tous les résultats pour la Sélection BD sur cette page.

Un très beau prix de la rédaction pour cette édition 2017

Shangri-là vient couronner un auteur à la vraie personnalité graphique, qui arrive à pleine maturité sur ce projet. Mathieu Bablet nous avait séduit dès la rentrée littéraire de 2016 et, puisqu’elle date, nous vous proposons de redécouvrir la chronique que nous proposions alors de ce projet :

 » Dans un futur proche la Terre est devenue inhabitable par la faute de l’homme. Refugiés dans une immense station qui flotte dans l’espace, dirigée par une société unique, qui asservi toujours plus l’homme en jouant sur ses faiblesses, les descendants des survivants vivent pour Tianzhu qui offre travail et produits de consommation à ses résidents. Gouverné d’une main de fer par un directoire particulièrement peu sensible au sort des hommes, cette multinationale se voit pourtant menacée par un groupe de chercheurs qui tente de créer la vie à partir de rien, pour ainsi, et tout simplement, remplacer Dieu. Les nouveaux hommes ainsi « créés » viendraient peupler Titan, satellite de Jupiter, qui a subi sur plus de 300 ans une terraformation qui l’a été rendue habitable. Scott travaille en direct pour le directoire de Tianzhu en allant explorer les micro-stations utilisées par les chercheurs pour mener à bien leurs expériences sur la matière et l’antimatière. S’il agit au nom de Tianzhu l’homme ne sait pourtant pas vraiment ce qui se cache derrière cette lutte impalpable qui oppose les scientifiques et ceux qui tentent de maintenir l’asservissement de l’homme dans une station spatiale devenue étouffante. Peu à peu les indices regroupés et les personnes rencontrées vont éclairer Scott sur ce qui se trame vraiment sur Tianzhu…
Mathieu Bablet avait attiré notre attention avec Adrastée (2013/2014) dont une intégrale vient d’être éditée par son éditeur Ankama en même temps que Shangri-là. Avec ce nouveau récit, qui, par les thèmes et l’univers créé possède une profondeur rare, il s’essaye à la SF avec une remarquable réussite. Son univers qui emprunte volontairement ou non à Carpenter et son Invasion Los Angeles pour le côté martelage publicitaire et conditionnement, à L’Armée des douze singes de Terry Gilliam (qui lorgne lui-même vers La Jetée de Chris Marker) pour le volet manipulation génétique, à THX 1138 pour l’inhabitabilité de la Terre et cette humanité soumise à une certaine forme de totalitarisme, comme écrit en son temps par Orwell dans 1984… et bien d’autre encore, se construit dans ce double regard d’une station gigantesque qui accueille les descendants du reste de l’humanité après que la Terre fut rendue impropre à la vie, et la Terre elle-même qui offre l’éclat bleuté de ses eaux comme un décorum inatteignable et rappelle au passage la beauté du monde d’avant, détruit par l’inconscience et l’égoïsme des hommes. Mathieu Bablet  se pose des questions. En tant qu’homme mais aussi en tant qu’auteur. Sur le devenir de l’humanité, trop occupée par des futilités, et qui en oublie, tant que tout va bien, de s’occuper de la santé de notre belle planète, qui n’a jamais été, écologiquement parlant, aussi dégradée et dégradable. Le message se délivre donc en renforçant et extrapolant sur nos travers actuels : envie de créer l’homme à partir de rien, conditionnement de l’homme rivé sur la mode des tablettes et autres smartphones qui l’écartent de ce penchant naturel et, peut-être oublié, à ne plus accepter l’inacceptable, et donc à manifester avec véhémence son rejet d’un système. Le racisme latent (ou pas), qui se lit au travers du rejet des animoïdes (chiens et chats dotés de paroles « confectionnés » par l’homme pour accomplir certaines tâches et servir de refouloir aux hommes) s’affiche lui-aussi comme l’un des thèmes centraux de ce récit, complété par toute une ribambelle de sujets connexes (pouvoir de la science, contrôle de l’information, recherche d’un lieu de vie sur une autre planète…). La densité du propos trouve son contrepoint dans un graphisme d’une redoutable précision qui détaille les moindres parcelles de la station spatiale. Mathieu Bablet s’affiche en ce sens en véritable stakhanoviste des lignes non rompues qui participent à la mise en place d’un huis clos qui agit ainsi peu à peu. A l’origine d’un mal être chez certains des habitants de la tentaculaire cité, ce huis clos joue parfaitement son rôle dans le ressenti du lecteur. Le temps qui ne s’arrête que lors des pauses effectuées hors de la station, lorsque les héros naviguent dans l’espace et qu’ils observent la planète Terre, comme une photographie géante placardée dans leur minuscule chambre pour nourrir l’espoir (justement) d’une vie plus harmonieuse et moins resserrée ailleurs, possède une autre valeur dans cet univers nourrit aux LED qui ne voit jamais la lumière du soleil. Dans ce cadre Mathieu Bablet pose son récit, sans se faire trop bavard, en dosant les rythmes et les effets de surprises, en offrant surtout une vision personnelle édifiante d’un futur somme toute plausible qui ne peut que renforcer le pessimisme ambiant d’une société qui se cherche comme jamais. Un récit majeur, de plus de 200 planches, qui fera incontestablement date. »
Mathieu Bablet – Shangri-là – Ankama – 2016 – 19,90 euros

Le vote des lecteurs

Toujours très acharné, le vote des lecteurs dévoile de très beaux titres cette année, avec une volonté de mettre en avant des projets forts, comme La Règne de Runberg et Boiscommun qui nous donne à réfléchir sur l’avenir écologique de la planète, ou encore la difficulté, mais la réussite, d’une initiative personnelle, celle d’Yvon Roy qui a lutté contre l’autisme de son fils en employant une méthode très personnelle. Voilà ce que nous disions en chapeau de ce beau projet : Récit poignant s’il en est qui délivre tout un tas d’ondes positives, Les petites victoires prouvent que la BD peut s’insérer dans des sujets pas forcément faciles d’approches. Yvon Roy parvient, en partant de son expérience personnelle, à donner pas mal d’espoir aux parents touchés par l’autisme d’un enfant. Essentiel. Les lecteurs de MaXoE que vous êtes ont bien compris l’importance de ce projet. Bravo à vous de l’avoir couronné !

Autre surprise cette année avec la mise en avant d’un projet qui a sonné pour nous et pour vous, à en croire les votes, comme une claque graphique et narrative, Duel de Farace, ou comment un auteur pas forcément sorti de l’école mais qui n’avait jamais travaillé sur un projet de cette ambition parvient à nous tenir en haleine avec son adaptation libre de Conrad. Voilà en ouverture de chronique ce que nous en disions : Duel impose un auteur bizarrement trop peu révélé aux yeux de tous. Avec Duel Renaud Farace impose une touche, un univers graphique singulier d’une maitrise remarquable. Pourtant il n’a que peu publié jusqu’alors. S’attaquer à cette adaptation de Conrad n’était pas forcément sur le papier le plus simple des défis. Il fallait savoir interpréter le texte pour ce qu’il dit mais aussi pour ce qu’il ne dit pas. Dans un tel contexte Renaud Farace réalise l’un des albums les plus remarquables de ce premier semestre.

La catégorie intégrale accouche elle aussi d’une surprise avec Tendre Violette. Pas que Servais et Dewamme ne méritent pas le titre mais, dans un contexte avec des projets phares (Anita Bomba, Exterminateur 17…) à redécouvrir, opter pour le premier projet du jeune Servais autour de son personnage attachant de Violette, mérite votre respect. Bravo mes amis !

Elle était mise en avant cette année, car elle renferme des projets trop peu mis en lumière par ailleurs. La catégorie Editions Alternatives / Indépendants, met en avant le travail éditorial des éditions Daniel Maghen et de deux auteurs remarquables en tout point, Rodolphe et Christophe Dubois. Leur TER a scotché la rédaction qui en avait fait un favori à juste titre. Voici ce que nous en disions en ouverture de notre chronique : Parfois des hommes sortent vivants de terre, pas qu’ils soient dans cette veine des hommes revenus à la vie, mais de ceux dont l’arrivée improbable intérroge. Lorsque Mandor est « découvert » par Pip dans une tombe qu’il pille, il a tout oublié ou presque. Qui est-il ? Pourquoi est-il surgit de nulle part et quel est son rôle sur cette TER qui possède des similitudes avec la nôtre ? et ce que nous en disions en fin : Le jeu des couleurs, les cadres, le soin apporté au détail des personnages permettent de placer TER parmi les albums phares de ce premier semestre rendant l’attente de la suite des aventures de Pip et Mandor presque insupportable !

A noter que les deux titres qui talonnent TER sont aussi deux des chouchous de la rédaction. La fille sans culotte met en avant une maison d’édition à l’identité forte qui aime prendre des risques. Voilà ce que nous disions de ce projet en sélection : Le texte fait souvent mouche porté par un dessin qui va à l’essentiel accentuant ce qui se voit suggéré, comme pour stimuler le lecteur sur chaque situation et contexte qu’il découvre au fil des pages. Un album à l’attraction étrange qui se doit d’être lu… Enfin Le marathon de New York à la petite semelle de Samson nous rappelait nos efforts presque solitaire sur 50 km marche, et nous avions dit grand bien de la vision tout à la fois documenté et souvent hilarante de Sébastien Samson dans son album sur le marathon mythique de la côte est : Un récit qui s’impose comme une référence du genre. Nous le disons en le pensant très fort !

En comics enfin, peu de surprises tant Croquemitaines a pris très tôt les commandes dans ce GPL 2017. Voici en une phrase ce que notre excellent collègue Tof disait de ce projet : En bref, un comics à la française qui ne demande qu’à se laisser lire ! Bravo !

Un festival qui s’achève, un autre qui va débuter dans quelques semaines avec les sorties de rentrée, et notre première sélection trimestrielle d’octobre 2017. D’ici là profitez des vacances pour emporter dans vos valises les titres primés, ils seront de très bons moments de détente et d’émotion !