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Quand la BD se veut friponne (4ème partie) : Philippe Bertrand et Azpiri nous plongent dans l’art…



Belle initiative des Editions La Musardine que de rééditer la série qui a fait le succès de Philippe Bertrand, d’autant plus que l’auteur nous a quittés récemment et que l’hommage est sincère. Azpiri quant à lui nous absorbe dans son récit machiavélique autour d’un succube sauvagement attiré par les plaisirs charnels… Plongez-vous dans ces deux récits pour faire monter la température ! Chronique à deux avec Mie qui vous parlera de Carpe Diem et Seb de Linda aime l’art !

 

« T’es intenable, petite ! Tu perturbes tout le monde ici ! On est en enfer pour y souffrir, pour y rôtir, pour y subir d’éternels supplices, pas pour y baiser sans arrêt !

Mouais… Ils sont pourtant légion à être ici pour l’avoir trop fait ! »

Il fait chaud en enfer. Très chaud. Et lorsque Sulfura pénètre dans la salle des tourments le mercure s’envole. C’est que la demoiselle est gourmande et ne craint guère les outrages. Toujours  la première pour chevaucher de valeureux membres dressés, elle en redemande sans cesse. Mais quoi de plus naturel lorsqu’on est un succube au chaudron tout bouillant, qui plus est, doté de courbes à faire léviter les tables ? Seulement, si certains aimeraient ardemment rejoindre Sulfura dans sa couche pour l’honorer comme il se doit, son appétit sexuel démesuré a néanmoins la fâcheuse tendance à ralentir le travail des démons au grand dam de Lucifer.  Car oui chers amis, si nous sommes en enfer c’est  « pour y souffrir, pour y rôtir, pour y subir d’éternels supplices, pas pour y baiser sans arrêt ! ». Alors, la belle devra-t-elle faire preuve d’abstinence afin de ne pas entraver le bon déroulement des tortures ?  Nullement ! Il serait dommage pour Lucifer de ne point profiter des charmes et des talents génésiques de cette remarquable créature. Bien au contraire, le patron de la Géhenne envoie notre diablesse sur terre afin que celle-ci puisse se vautrer dans les fanges de la luxure tout en pervertissant de pauvres pêcheurs afin d’alimenter les marmites méphistophéliques (il faut savoir joindre l’utile à l’agréable).

Avec un dessin foisonnant de détails, un humour constant, des situations cocasses (avec, notamment, une vision de l’inquisition assez particulière) et des personnages, somme toute, relativement attachants (chacun donnant le meilleur de lui-même pour la bonne cause), Carpe diem en enfer nous surprend par son mélange de légèreté et de sensualité. L’érotisme s’y inscrit toute en finesse sans jamais devenir obscène, tel n’est pas le propos d’un Azpiri plein de verbe. A l’instar de Sulfura, nous aussi on en redemande (encore !) !

Azpiri – Carpe Diem en enfer – Tabou éditions – 2012 – 15 euros

 

A une époque où le cinéma érotique drainait les foules et où la liberté de la femme devenait une marque plus affichée que jamais, Philippe Bertrand sortait de sa musette une série de récits dans une veine peu vue jusqu’alors, Linda aime l’art. Dans ces historiettes sans prétention son auteur présentait une Linda qui habitait le 25ème étage de son immeuble et n’en sortait jamais. Elle préférait s’abonner à des chaines privées et regarder tout au long de la journée son vidéoscope. Sorte de télé grand format qui diffuse des programmes parfois très orientés et retransmet des scènes filmées par des particuliers peu farouches, comme Agathe, la pharmacienne qui propose chaque après-midi un nouveau programme, entendons par là une nouvelle partie de jambes en l’air avec des partenaires parfois désabusés. Margot quant à elle vit avec un homme qui l’aime avec passion mais dont elle s’ennuie fermement. Elle préfère de loin offrir aux auditeurs de Canal Φ des images de ses ébats avec son amant et ses amis à qui elle offre son corps et les plaisirs qui vont avec. D’autres récits égayent la journée de Linda qui se place en observatrice d’un monde de débauches qui occupe ses journées les plus ternes.

Philippe Bertrand a sans conteste trouvé son public avec Linda aime l’art. Un public avide de récits érotico-chic, de décadence planifiée et de déraisons raisonnablement bien senties. En d’autres mots, Philippe Bertrand a construit un univers à lui dans lequel il se reconnaissait peut-être et au travers duquel il pouvait analyser la société qui se mouvait sans scrupules tout près de lui. Un négatif d’une époque, triomphante et malade, austère et jouissive…

Philippe Bertrand – Linda aime l’art – La Musardine – 2012 – 17, 90 euros