La Nuit au musée 2, l’art d’en rire

La cinquième édition de la nuit européenne des musées s’est tenue la semaine dernière. Avec ses files interminables de salonards du dimanche, ses interjections baba «Oh !», «Ah !», ses constatations pleines de bon sens, «Tiens, Vinci ne faisait pas que des parkings...». Tendance. Simplifiez-vous l’existence : La Nuit au musée II, c’est de la culture pas chiante, de la bouffonnerie élégante. Un songe sur pellicule qui instruit et nourrit. Plus qu’une marmite King Size de pop-corn. Régalez-vous. |

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Money maker. Larry Daley (Ben Stiller) n’est plus ce gardien de musée fiché au grand abrutisme. Son esprit fertile d’inventeur en tout genre l’a propulsé à la tête d’une grande entreprise de gadgets, à qui l’on doit notamment la lampe-torche luminescente. Dingue. Loin d’y trouver son bonheur (son compte, lui, se porte comme un charme), ce grand enfant va par le plus grand des hasards, retourner sur le lieu de sa rédemption. Le musée de New-York, là où quelques années auparavant, il avait su trouver emploi, préserver sa vie de père divorcé, et regagner la confiance de son jeune fils. Mais l’histoire, avec un petit H, et ses discours poussiéreux ne rameutent plus les foules. Emballées la figurine du roi des Huns, Attila. Mis en cave les Moaïs, ces statues monumentales en basalte de l’île de Pâques. Sold out ! Le numérique et la visite guidée par oreillette ont fait florès. Au placard les vieilleries ! La totalité des vestiges va être transférée au Smithsonian (plutôt sa réplique reconstruite en studio), un supermarché de l’art situé à Washington. Larry jaune, soupire. Et ce n’est que le début…
Premières minutes. La crainte s’installe. Pourquoi donner une suite à La Nuit au musée ? Prolonger l’euphorie ? Pardi ! Ben Stiller retourne au turbin pour notre plus grand plaisir. D’abord, il y a voyage. Une transhumance culturelle. Là où le premier volet, succès de l’année en 2007 (250 millions de dollars de recettes aux Etats-Unis, et plus de 2,2 millions d’entrées en France) insistait férocement sur l’histoire générique de l’Amérique et forcément, battue en brèche durant 1H30 (la conquête de l’Ouest, quelques têtes d’affiche électorale comme Theodore Roosevelt), La Nuit au musée 2 ambitionne d’instruire davantage. La culture se fait élitiste (Degat, Rembrandt…) mais jamais pompeuse. Le réalisateur Shawn Levy, grand ouvreur de la comédie (Treize à la douzaine, La Panthère Rose), s’en amuse, transposant ses héros dans le champ d’un tableau, donnant vie, et plus, un rôle à des oeuvres d’art, à l’ordinaire figé (Le Penseur de Rodin perdu dans ses pensées, pardon, sa pensée, jouera de ses muscles). Folie garantie.
D’abord, il y a voyage. Une transhumance culturelle. Degat, Rodin, Rembrandt… Le réalisateur Shawn Levy, grand ouvreur de la comédie, s’amuse d’une culture élitiste en ne la rendant jamais pompeuse.
Voyoucratie intemporelle
Une folie orchestrée de concert par une troupe aussi fournie que dingue. Ben Stiller n’est plus seul sur, et à l’affiche (contrairement à sa précédente nuit). Il doit cette fois déjouer le malin dessein du terrifiant Kah Mun Rah (Hank Azaria, habitué des doublages, notamment Les Simpson), revitalisé par l’ancestrale tablette aux pouvoirs magiques. Hilarant de bêtise avec son cheveux sur la langue (V.O. sinon rien !), et sa mégalomanie crétine. Surenchère ? Ce n’est pas une, mais trois figures de la voyoucratie intemporelle qui visent la palme du ridicule. Le Napoléon d’Alain Chabat, complexé et moqué par, pour sa taille, bourré de tics et qui saute, hurle, mord à tout vent. N’y voyez aucune ressemblance avec un président en exercice. Encore que… Al Capone (Jon Bernthal), au traitement noir et blanc à l’image (bien vu !), et Ivan le Terrible (Christopher Guest), qui aurait souhaité qu’on l’appelle le Coquet. Plongés dans un cadre moderne, les trois zigs perdent leurs repères, d’où les anachronismes tordants (Kah Mun Rah flottant dans un peignoir de Muhammad Ali, qui passe un savon à Dark Vador, évadé de Star Wars : «Soigne ta laryngite, et pas de chichi vestimentaire !»). Folie garantie, bis.
Dans le clan du bien, Robin Williams et Owen Wilson, alias Roosevelt et Jedidiah, agitent leur idiotie avec autant d’entrain. Néanmoins, plus en retrait, laissant le beau rôle au sexe dit faible. La perle se nomme Amelia Earhart (Amy Adams), aviatrice et première femme à traverser l’océan Atlantique. L’atout-coeur de Larry. Un rôle tout en charme et en percussion, qui se justifie. Parole d’actrice : «C’est le partenaire idéal pour Larry parce qu’elle le pousse à se souvenir de qui il est vraiment, à voir ce qui est important pour lui, et à ne jamais laisser s’échapper les opportunités qui s’offrent à lui.» Des tronches franches, un perpétuel renouvellement dans les situations qui, dosés avec des scènes d’action endiablées (poursuite en moto, fugue à bord d’un vieux coucou) entretiennent la magie d’un film, qui plus que sur son scénario, plombé, insiste sur le rythme. L’on aurait pourtant aimé ne pas être pris au piège du clicheton de la comédie bercé de sentimentalisme (la love story entre Lary et Amelia, pas franchement utile..). Pacotille, quand le virtuose d’une mise en scène aérienne, et l’efficacité du recours au digital (le buste géant d’Abraham Lincoln, (é)mouvant en pierre et en os) l’emportent. La morale ? Comme l’existence, la réussite d’un film passe par le vivant. Heureux qui comme Ben Stiller a fait un beau voyage…
Le Napoléon d’Alain Chabat : complexé et moqué par, pour sa taille, bourré de tics et qui saute, hurle, mord à tout vent. N’y voyez aucune ressemblance avec un président en exercice. Encore que…
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