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Multimédia / Société
Le numérique à l’école : une évolution logique et nécessaire

Nos deux pieds sont ancrés dans une ère résolument numérique.
Passé depuis bien longtemps le temps où il fallait attendre des années entre deux nouveautés de même nature, les évolutions technologiques se font toujours plus pressantes. Entre les téléphones portables de plus en plus perfectionnés, l’arrivée des tablettes numériques, les ordinateurs de toutes les tailles et pour tous les usages, les box internet, les consoles de jeux, les télévisions qui, elles aussi, entrent de plein fouet dans l’ère du numérique avec la 3D, sans parler de réalité augmentée et autres merveilles du même genre… le consommateur devenu utilisateur à part entière, ne sait plus où donner de la tête.

Nous le voyons dans notre vie de tous les jours, au bureau, à la maison, dans la rue, une grande partie du monde s’est transformée en terre digitale.
Il suffit de consacrer quelques minutes d’attention à ce qui nous entoure, dans le tram, métro, bus ou simplement dans la rue, pour constater que le tiers des personnes que nous croisons tapote son téléphone, passe un coup de fil, écoute de la musique sur son mp3, prend des photos avec un appareil miniature… Tout comme chaque foyer possède généralement internet, la télévision et un ordinateur.

Notre monde est en pleine révolution (et pas que financière !). Il s’agit aujourd’hui d’adapter notre société, la manière dont elle fonctionne, à cette ère numérique envahissante. Car la technologie devient tellement omniprésente, que ce soit à la maison ou au travail, qu’il convient de se poser plusieurs questions et l’une d’entre elles est non des moindres :
comment intégrer cette évolution dans le système éducatif.

C’est dans l’optique de faire la lumière sur cette question que, le 25 mai dernier, le magazine Cubeek organisait une conférence autour du thème « A l’école du numérique, penser l’école et la société qui viennent ».

 
« Le monde se digitalise et notre Ecole ne peut pas s’adapter passivement, elle doit faire sa révolution » Géraldine Rabier
 

Cubeek est un média papier bimestriel gratuit diffusé sur Bordeaux et sa Communauté Urbaine, qui met particulièrement en avant les évènements de cette dernière (d’où CUBeek).
C’est sous l’impulsion de ce journal et de sa rédactrice en chef Géraldine Rabier, qu’ont été rassemblés pendant quelques heures des invités prestigieux et d’expérience, des professeurs, des éducateurs, autour de cette question importante qui réclame la plus grande attention.

Parmi les intervenants rassemblés : Philippe Meirieu, Professeur en Sciences de l’éducation et chercheur ; Xavier Pommereau, Pédopsychiatre et Chef du Pôle de l’adolescent au CHU de Bordeaux ; Denis Kambouchner, Historien de la philosophie ; François Dubet, Professeur à l’Université Bordeaux Segalen et Directeur d’études à l’EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales) ; Julien Llanas, spécialiste des Sérious Games (les jeux intelligents ndlr) à l’Académie de Créteil et co-rédacteur de l’avis du Conseil national du Numérique ; Antoine Bidegain, Chargé de mission Cité Digitale pour la Mairie de Bordeaux.

 
« 95% des enseignants en France déclarent être favorables à la technologie » Antoine Bidegain
 

Afin de mieux comprendre les enjeux de cette évolution numérique à l’école et faire le point sur l’état actuel des choses en terme régional pour l’Aquitaine et plus généralement en France, Géraldine Rabier et Antoine Bidegain ont accepté de répondre à nos questions. Nous les remercions de nous avoir consacré du temps, ce qui nous permet de vous présenter un compte rendu personnalisé et précis de cette conférence.

 
Géraldine Rabier, Rédactrice en chef de Cubeek et chroniqueuse sur France 3 Aquitaine

Nous sommes en pleine ère numérique et l’on constate que de plus en plus d’écoles et/ou de formations spécialisées se mettent en place depuis ces dernières années. Cette conférence/débat apparaissait comme une évidence.
Les différents protagonistes, chacun réputé dans son domaine, font cependant partie, pour certains, de ce que l’on pourrait considérer comme “la vieille école”. Avez-vous eu des difficultés à les convaincre de se rassembler pour cet évènement ?

Certains des intervenants pourraient être considérés comme appartenant à la « vieille école ». Cependant quelques-uns d’entre eux ont récemment publié des livres* sur le numérique, des livres passionnants et qui ont eu un gros succès en librairie. Philippe Meirieu et Denis Kambouchner, le pédagogue et le républicain, se sont parfaitement retrouvés sur cette question du numérique. Chacun dans son domaine, ils ont le même discours sur les enjeux et la nécessité pour l’école de s’inscrire dans le numérique.
Sociologue de l’éducation, François Dubet a dit oui immédiatement. Il a récemment fait un voyage en Europe du nord et a constaté à quel point ces pays sont équipés et opérationnels dans l’e-éducation.

Xavier Pommereau a également écrit un livre**. Il est très intéressé par l’impact des nouvelles technologies sur les adolescents et a inclus dans sa clinique les réseaux sociaux, les avatars et les jeux vidéos. Il a constaté que le numérique aide à enrichir la relation entre l’adolescent et le praticien.

Julien Llanas est le seul en France à occuper un poste à l’IUFM*** de Créteil sur les jeux intelligents.

Antoine Bidegain a enseigné plusieurs années avant de former plus de 500 enseignants en Aquitaine aux nouvelles technologies. Il a enrichi le débat en parlant de l’implication et des problématiques des collectivités territoriales dans lesquelles il travaille depuis 8 ans. L’angle de son discours était de montrer que les collectivités territoriales se posent les mêmes questions que l’Education nationale : n’est-on pas en train d’accélérer le processus ? Ne fantasmons-nous pas sur les équipements ? Comment former les enseignants ? Sans formation, ils utilisent le matériel à disposition à 10% de ses possibilités. De plus, il existe, sur le territoire français, une iniquité totale en termes d’équipement : les politiques doivent s’emparer de cette question.

 

Quels ont été les points forts et les points faibles que vous retenez principalement de cette réunion ?

Nous avons eu un très bon retour des professeurs et des parents. Ils ont été nombreux à m’écrire après la conférence, pour me dire qu’elle était très intéressante. Je leur ai fait part de mon étonnement par rapport au peu de questions posées. Ils m’ont répondu qu’ils n’en avaient pas ressenti le besoin, car de très nombreux points ont été abordés, que les opinions étaient différentes et le débat animé et riche.

Denis Kambouchner s’est référé au positionnement du philosophe Michel Serres sur l’externalisation de la mémoire qui dit qu’aujourd’hui on a externalisé notre mémoire (par rapport à la capacité de stockage mémoire d’un disque dur par exemple – ndlr) et que cela modifie notre cognitif, que notre façon de penser devient différente. Certes il y a beaucoup de données accessibles par tous, Denis Kambouchner s’est référé à la professeur d’université Divina Frau-Meigs qui déclare que toutes les données sont disponibles et que les professeurs ne peuvent plus être dans le rôle de ceux qui délivrent le savoir. « Non! », a t-il affirmé. Toutes les informations et le type de données à disposition, ne sont pas forcément unifiés et d’autre part, pour l’acquisition du langage, « afin d’avoir de belles perspectives dans ce domaine », il faut autre chose que des données sur internet. Les professeurs ont un rôle fondamental à jouer – même s’il va évoluer.
On ne pourra jamais aller vers une école tout numérique, il faudra toujours de la « chair », a affirmé Xavier Pommereau. Il n’est pas question de remplacer les enseignants mais nous sommes dans un enseignement trop asymétrique et magistral, qui ne prend pas suffisamment en compte l’évolution de la société.

Un point très intéressant, relevé par Antoine Bidegain, a été de mettre en lumière le plaisir ressenti, on peut même oser le terme de « bonheur », que les professeurs qui se sont se lancés dans de nouvelles pratiques pédagogiques numériques ont ressenti lorsque la formation, l’accompagnement et le matériel étaient au rendez-vous. Il est à peu près incontestable, selon lui, que les projets basés sur un volontariat accompagné inculquent un regain de motivation, augmentent les capacités pédagogiques (qui s’en trouvent renforcées) et engendrent une créativité supplémentaire… Cela peut même être un vrai levier de bien-être et d’audace pédagogique.

Le 2nd rapport Fourgous**** a débordé très largement de son objet d’étude sur les outils numériques à l’école et pose, en préalable à une efficacité des dits outils, une réorientation de l’école sur les notions d’épanouissement de l’élève et d’attention à son rôle actif. Il invite également à la diminution de la part du magistral et l’augmentation de la co-construction et des dynamiques de projets.
On le voit, le numérique va jouer un rôle de révélateur sur les inaptitudes du système éducatif : l’accompagnement et la formation, l’organisation du temps, le ré-agencement des contenus, voire l’aménagement physique des établissements doivent être pensés avec courage ; il est grand temps de se poser les vraies questions… le numérique est peut-être l’occasion de le faire, car aujourd’hui le système éducatif n’est pas capable d’accueillir cette révolution numérique. Je crois pouvoir affirmer que tous les conférenciers ont partagé ce point de vue.

 

Les idées et les propositions qui ont été lancées auront-elles un écho dans le futur ? Antoine Bidegain nous répond un peu plus bas concernant la mairie. Mais qu’en est-il de la CUB (Communauté Urbaine de Bordeaux), de la Région et à une plus grande échelle de l’état… ?

Mon côté optimiste me laisse penser que les choses vont bouger et ne resteront pas lettre morte. Par exemple, la Directrice générale de l’éducation au Conseil général de la Gironde, Sylvie Loiseau, a pris des notes en permanence et elle est très intéressée par le dossier du numérique. En tant qu’ancienne Inspectrice d’Académie, elle porte un grand intérêt à ces questions. La CUB était là également. Maintenant… qu’est-ce qu’ils vont en faire, qu’est-ce qu’ils peuvent en faire, la question reste posée.

 

Votre conclusion sur cet évènement ?

Je crois que les choses vont bouger car c’est un sujet éminemment d’actualité et un dossier urgent : le monde se digitalise et notre Ecole ne peut pas s’adapter passivement, elle doit faire sa révolution, et je me répète, s’engager dans une réforme de fond (et pas le toilettage habituel qui s’exonère toujours de la question fondamentale du type d’école que l’on souhaite et donc du type de société que l’on souhaite).

L’une des conclusions intéressantes, en partie évoquée par Julien Llanas : nous n’avons pas et n’aurons pas les preuves scientifiques de l’efficacité absolue d’un e-enseignement -en tous cas pas dans les années à venir-, mais si l’on décide que les nouvelles technologies doivent faire partie de l’enseignement, il faut une décision politique forte. Le ministère doit l’affirmer et s’y tenir. Il faut arrêter le « On y va, on y va pas ». On ne forme pas suffisamment les enseignants, on n’équipe pas correctement les écoles, collèges ou lycées, bref il est impossible de rester dans cet « entre-deux ».

Julien Llanass a également évoqué la notion de plaisir, taboue dans l’Education nationale. Il est temps de revendiquer que les apprentissages ne doivent pas obligatoirement se faire dans l’ennui et la souffrance. Proposer des « serious games » est encore souvent mal vu quand on sait avec quel mépris les codes de la culture adolescente sont souvent considérés dans l’Education nationale ; des codes en partie similaires avec ceux des nouvelles technologies… Il est donc encore difficile de faire adopter ces jeux (par exemple le jeu sur iPad sur les équations du 1er degré pour les élèves de 4ème montré par Julien Llanas pendant la conférence) qui permettent pourtant de travailler autrement, dans le plaisir, et rappelons les résultats de l’enquête PISA : les résultats sont supérieurs à 20% quand les élèves prennent du plaisir !

Pour conclure, je reprendrai les propos d’Antoine Bidegain qui parle de « mise au défi de la société française, et par effet direct, de son système éducatif ». Il a rappelé qu’à l’approche de l’an 2013, on ne considère toujours pas la question de l’innovation numérique comme objet de connaissance, ne serait-ce que 2h de réflexion dans les programmes scolaires d’une année, quand nos concitoyens lui accordent 2h par jour de pratiques spontanées, sans méthode, sans hygiène critique, et sans préparation.
Il se demande si ce que nous avons fait jusqu’à présent ne pourrait pas se résumer en une phrase : « Dire du numérique à l’école qu’il s’agit d’une question fondamentale, et ne le traiter au fond que comme un accessoire au service de ce qui lui préexistait est donc, fatalement, le vouer à n’être au quotidien qu’une question elle-même… accessoire. »

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* Philippe Meirieu, Professeur en sciences de l’éducation et chercheur, a sorti en 2012 « Un pédagogue dans la Cité » aux éditions Desclée de Brower et « L’école, le numérique et la société qui vient » aux éditions Mille et une nuits, rédigé en collaboration avec Denis Kambouchner, Historien de la philosophie, également présent lors de cette conférence.

** Xavier Pommereau, Pédopsychiatre et chef du pôle de l’adolescent au CHU de Bordeaux a publié en 2011 « Nos ados, com en images » aux éditions Odile Jacob.

*** Les instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM) ont été créés sous le statut d’établissements publics à caractère administratif (EPA) en tant qu’établissements d’enseignement supérieur chargés de la formation des professeurs (écoles, collèges ou lycées) et des conseillers principaux d’éducation.

**** En 2009 Jean-Michel Fourgous a été mandaté par François Fillon afin de mener une réflexion sur les recommandations visant une meilleure intégration des outils numériques à l’École.

 

 
Antoine Bidegain, Chargé de Mission Cité Digitale pour la Mairie de Bordeaux

Antoine Bidegain, vous êtes, je le rappelle, Chargé de mission Cité Digitale auprès d’Alain Juppé Maire de Bordeaux, et êtes l’initiateur de la Semaine Digitale, que nous avions présentée sur MaXoE en mars (Interview). Votre participation à cette conférence apparaissait comme une évidence.

L’intelligence de cette conférence a été de ne pas faire prévaloir une injonction ou un normativisme supplémentaires, car il y en a trop eu, dans le domaine des TICE (Technologies de l’information et de la communication pour l’Enseignement).
On a beaucoup dit qu’il fallait aller vers le numérique, c’était l’occasion de faire un pas de côté et de revenir sur certains points, comme ce que nous savons faire aujourd’hui, et nous avons pu également nous livrer à un exercice comparatif européen de disparité. Au fond, le numérique agit comme un révélateur de carences des systèmes éducatifs ou plutôt, pour le dire positivement, un besoin de changement du système éducatif. Il met à nu tous les rapports sur le numérique que nous possédons aujourd’hui, y compris les deux rapports Fourgous qui sont disponibles en ligne () et dont le 2nd a été sous l’égide du Docteur Boissinot (Docteur en psychologie sociale, ancien chercheur CNRS et Éducation nationale).
Ils montrent que l’on ne peut pas envisager les rendements réels des équipements numériques et de l’innovation numérique s’il n’y a pas en même temps une refonte du système éducatif. Une refonte sur la façon dont les professeurs enseignent à leurs élèves, sont formés, les aménagements d’horaire, la flexibilité, sur une plus grande liberté et responsabilité, et de sortir des formats actuels. Je dirais que tout le monde est à peu près d’accord sur le fait qu’à périmètre organisationnel et pédagogique inchangé, l’injection du numérique aura une efficacité rapidement décroissante aujourd’hui.

 

Les professeurs accueillent-ils bien cette évolution ? Y a-t-il encore des enseignants « vieille France » qui tiennent absolument à leur cahier, craie et tableau noir ? C’est un défi pour eux ?

Il est évident que, lorsque l’on va dans une salle de classe équipée d’un tableau numérique qui est utilisé avec un certain rendement par les enseignants, quand on a supprimé les conditions défavorables à l’innovation, et parfois il n’en faut pas beaucoup, on constate un climat particulier. Il est difficile à évaluer ou raconter, mais on peut comparer cette ambiance aux cas où les gens sont en train de découvrir des choses nouvelles, d’expérimenter, de tout simplement prendre du plaisir à ce qu’ils sont en train de faire. Ce climat là on le retrouve de façon assez régulière pour se dire que les enseignants savent tirer partie des contraintes du système. Est-ce qu’ils sont prêts ? 95% des enseignants en France déclarent être favorables à la technologie. La dimension d’amusement n’a qu’un temps mais ça les intéresse vraiment.

 

Est-ce que ces « vieilles écoles » sont au même niveau, voire un niveau plus bas en numérique que leurs élèves ? Cela ne compliquera-t-il pas la tâche de se retrouver face à des professeurs qui en savent moins que les élèves auxquels ils enseignent ?

C’est vrai et faux, parce que le taux d’équipement domestique des enseignants en terme privé, internet adsl, téléphone portable, ordinateur, a beaucoup progressé. Il est très élevé sur la moyenne nationale. La majorité des enseignants français surfe chez elle et utilise ces compétences dans un cadre privé. Ce n’est pas sur les compétences numériques que les choses se jouent, mais sur les compétences pédagogiques dans le but de les utiliser à des fins d’apprentissage. De ce point de vue là je ne suis pas inquiet.

 

Vous incarniez la Mairie de Bordeaux lors de cette conférence. Restera-t-il des traces, des idées reprises, une mise en place particulière, un suivi de cette réflexion ?

La conférence nous a montré qu’il y a un besoin d’en savoir plus avant d’en dire plus. L’absence de conclusions ferment sur l’efficacité des outils, sur l’impact qu’ils peuvent avoir comme l’enseignement à l’école, la culture digitale qui devrait faire l’objet d’un enseignement en tant que tel, car actuellement elle conditionne tant notre vie qu’elle ne peut plus être considérée comme un petit résidu, tout cela forme un bloc. Il faut sans doute prendre le temps de l’étude. On réfléchit à des modalités avec l’inspection académique, afin de faire un suivi longitudinale des élèves d’années en années et essayer d’avoir des indications sur ces choses très précises que sont la culture digitale, les compétences TICE, les compétences pédagogiques, ainsi que sur des notions plus qualitatives comme le bonheur d’être en classe, d’apprendre. Elles sont très importantes, y compris pour la qualité du système éducatif. On sait aujourd’hui qu’en 2012 on n’apprend pas efficacement quand on a l’impression de ne pas être dans des conditions d’épanouissement. Les professeurs s’emploient à ce que ça ne soit pas le cas, le numérique peut sans doute les y aider mais ce point mérite d’être étudié.

 

Ces outils numériques développés de plus en plus au sein des écoles, donneront sans doute envie à une certaine catégorie d’enfants et d’étudiants d’apprendre. Le numérique à l’école peut-il insuffler une réelle envie d’apprendre, qui manque malheureusement parfois à ces jeunes ?

C’est presque une normalisation. Quand on a des enfants qui passent en moyenne 21h sur le net par semaine pour 17h devant la télévision, qui se connectent plusieurs par jour aux réseaux sociaux, dont le rapport à l’écriture se conditionne principalement par là, ainsi que leur consommation de produits culturels, je dirais que le fait de faire rentrer cet univers de façon raisonnée et contrôlée dans les salles de classe, est plus une mise aux normes qu’une quelconque innovation particulière. C’est normal.
Après il est évident que l’usage de tablette, tableau numérique, etc… pour faire quelque chose d’innovant, faire quelque chose de pédagogique dans les salles de classe, c’est quelque chose qui peut être un outil très puissant.

 

Y a-t-il un point qui vous a particulièrement marqué dans cette conférence ?

J’ai beaucoup aimé l’intervention de François Dubet qui pondère un peu ce qu’il peut y avoir d’enthousiasme irraisonné quand on parle de ces sujets là. Il est évident qu’on est sur un sujet de moyen/long terme, mais en même temps on ne peut pas rester à attendre que l’évolution naturelle se fasse. On sait que les inégalités, comme le disait Julien Llanas, vont engendrer une nécessité de convergence plus forte.

J’ai pointé un autre sujet du doigt. En dépit d’un grand centralisme organisationnel théorique du système éducatif, il y a une grande disparité de territoires à territoires selon si les collectivités s’investissent ou pas. De l’un à l’autre ce sont des collèges qui n’ont rien à voir en termes d’équipement et qui n’ont donc rien à voir en matière d’utilisation des TICE.
En Angleterre, un pays avec une grande tradition de décentralisation de ses équipements, beaucoup de libertés, de latitudes, sont laissées au chef d’établissement. Cela comprend les orientations, le recrutement des enseignants. L’agence Becta (L’agence éducative britannique) a réussi à préconiser, inciter, une solide philosophie de l’éducation et à facilité l’adoption de tableaux numériques (+ de 700 000) dans le système éducatif d’aujourd’hui. Avec, encore une fois, un système censé être très décentralisé, on constate bien que c’est plus une question de management, de création d’un climat, d’incitation, qu’une question de structure du système éducatif.

 

Où en sommes-nous des équipements dans les écoles ? Y a-t-il encore beaucoup de chemin à faire, car tout cela a un coût et non négligeable…

Il y a, là encore, un mouvement intéressant dans les écoles primaires. Bordeaux, au coude à coude avec Limoges et Nîmes, a été l’une des trois 1ère villes à vouloir généraliser les tableaux numériques dans ses classes. Il y a d’autres modalités de diffusion numérique dans les écoles mais c’est tout de même une option solide, parce qu’il ne faut pas non plus une rupture trop grande par rapport aux habitudes. Il convient d’avoir un outil qui reprend la structure organisationnelle d’une salle de classe, et Bordeaux est en passe de faire 100% de salles de classe équipées dans le 1er degré (primaire). Aujourd’hui nous sommes équipés à plus de 75%, avec des différences d’écoles à écoles bien sûr, mais l’objectif actuel est d’être à 100% d’ici 2014. Sur un projet d’ampleur qui est le colloque des villes organisé par Bordeaux il y a un an et qui avait rassemblé 53 villes autour du numérique, a été démontré que beaucoup étaient prêtes à s’y lancer en suivant l’exemple de ces trois pionnières.

 

La conclusion de cet événement ?

La conférence a eu le courage de rassembler des spécialistes de l’éducation, des acteurs du développement numérique et TICE en provenance des institutions. Elle a été un temps d’échange apprécié et j’ai envie de dire que le prolongement naturel sera la conférence éducation de la prochaine édition de la Semaine Digitale (fin mars 2013 ndlr). Ça sera l’occasion de faire un point, de déflorer un peu les études scientifiques, on en reparlera avec les parents, enseignants et inspection académique.