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Jérémy Sebbane, Maxôme d’Honneur 2022 : Actualité et Question Spéciale 30 ans !



Nathalie Cabrol, directrice du centre de recherche Carl Sagan à l’Institut SETI était la Maxôme d’Honneur de la 13e édition du MaXoE Festival qui vient de s’achever. L’occasion pour nous de vous donner des nouvelles de nos précédents Maxômes d’Honneur et de revenir sur leur actualité. Trentième anniversaire du site oblige, nous nous intéressons aussi à leur propre année 1996.

Après Aurélie Jean (voir l’article ici), c’est aujourd’hui Jérémy Sebbane qui répond à nos questions !

 

Bonjour Jérémy ! C’est un plaisir de vous retrouver dans cette nouvelle édition du MaXoE Festival, dont vous avez été Maxôme d’Honneur en 2022.

Votre roman Le Détachement avait été retenu dans la Sélection Livres du Grand Prix des Lecteurs 2020. Vous revenez cette année avec un nouveau roman, La Conquête de l’ordinaire, paru en mai dernier chez Mazarine (nous y reviendrons plus en détail très prochainement). Dans cet ouvrage, l’histoire de Nathan est racontée par un ours en peluche nommé Guimauve. On y découvre les moments intimes du personnage principal, sa vie amoureuse, mais aussi ses doutes et ses déceptions. Comment vous est venue cette idée originale de faire parler un ours en peluche ? Vous a-t-elle offert une plus grande liberté narrative ?

Le roman s’inspire de la façon dont j’ai réappris à me souvenir après un long coma. J’avais envie de raconter ce qui m’était arrivé mais je ne voulais pas être impudique et surtout j’avoue avoir du mal avec les récits doloristes dans lesquels il n’y a jamais d’oxygène et de joie. Je voulais écrire un texte dans lequel il y ait une alternance entre des moments violents et des moments doux parce que c’est à cela que ressemble la vie, on peut pleurer dans les fêtes et rire aux enterrements. En choisissant un ours en peluche narrateur qui reste dans la chambre de son propriétaire toute une vie et ne peut qu’imaginer ce qu’il fait au dehors quand il n’est pas avec lui, j’ai pu aborder des thèmes vertigineux – la maladie, la perte, la reconstruction – mais avec poésie et délicatesse. Cela m’a permis de raconter ce qui aurait été trop frontal autrement. Et j’ai veillé à ce que cet ours en peluche, Guimauve, ne soit pas un gadget ou un artifice mais soit pour mon héros à la fois un témoin, une conscience et une mémoire. Le garant de ses souvenirs, le symbole des paradis perdus et des insouciances dérobées mais aussi de ce qui nous reste d’enfance lorsque l’on grandit.

 

En 2020, vous nous aviez accordé une interview dans laquelle vous évoquiez l’adaptation cinématographique de votre premier roman, Après quoi on court (Éditions Toucan, 2014). On sait que les adaptations peuvent parfois prendre beaucoup de temps : pouvez-vous nous donner des nouvelles de ce projet ? Vous nous aviez indiqué que Théo Fernandez ferait partie du casting et que ses parents seraient interprétés par Pascal Elbé et Natacha Régnier. Ont-ils depuis été rejoints par d’autres acteurs ou actrices ?

L’adaptation d’Après quoi on court est plus que jamais d’actualité, j’ai achevé mon scénario, engrangé des soutiens et rassemblé de merveilleux comédiens : Théo Fernandez, Pascal Elbé, Natacha Régnier effectivement mais aussi Esther Garrel que l’on a pu voir dans Call me by your name, Pierre Lottin qui a reçu un césar très mérité cette année pour L’étranger, Jérémie Laheurte qui a triomphé dans Paris 1901, Alexander Ferrario qui nous a épaté dans la comédie musicale La haine…et beaucoup d’autres. J’ai hâte de faire exister au cinéma cette histoire d’amour et d’engagement, ce carré amoureux où une fille aime un garçon qui aime un garçon qui aime une fille tout au long des années 2000.

 

Avez-vous d’autres projets d’écriture, d’adaptation ou de réalisation ?

J’ai coécrit récemment un film Le coup d’après qui devrait réunir Marina Foïs et Laurent Laffite et développe plusieurs projets de série notamment sur la politique. Mais actuellement, le plus important pour moi est de faire connaître La conquête de l’ordinaire qui est un texte très personnel mais que j’ai voulu le plus universel possible. Parce que, comme le dit mon narrateur « même les machos ont eu un doudou ». Beaucoup de lecteurs me parlent d’ailleurs du leur. Et plus généralement, je suis très touché par l’accueil que reçoit mon roman, beaucoup de gens me racontent la façon dont ils ont pu, comme moi, réapprendre à se souvenir, à refaire des gestes simples. En somme, à continuer à vivre. Et c’est un immense cadeau de partager cela avec eux.

 

Lorsque vous étiez Maxôme d’Honneur, vous aviez partagé dans votre Carte blanche plusieurs coups de cœur avec nos lecteurs : le film Le Monde après nous de Louda Ben Salah, les artistes Symon, Marie-Flore, Le Noiseur, Pauline Chagne, Adé et Zaoui, ou encore l’exposition Cabu, dessins de la rafle du Vel’ d’Hiv au Mémorial de la Shoah. Quelles lectures, films, séries, musiques ou œuvres ont récemment retenu votre attention ?

Je ne vais pas vous surprendre, compte tenu de mon actualité, mais je suis évidemment allé voir Toy story 5 dès la première semaine et je suis toujours admiratif de la façon dont ces films nous expliquent que grandir ce n’est pas forcément renoncer et qu’il est important de ne pas abandonner tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, nous ont accompagné sur notre chemin. Et dans un tout autre registre, je viens également de terminer la série You, à la fois réjouissante et angoissante dans ce qu’elle dit sur nos capacités à stalker les autres. Après avoir écrit sur l’érotomanie dans mon précédent roman Le détachement, j’y ai trouvé un peu d’inspiration sur nos folies contemporaines.

 

L’Aventure MaXoE, média culturel indépendant sans aucune publicité, ni contenu sponsorisé, ni programme d’affiliation (il est toujours utile de le rappeler), a débuté il y a 30 ans. Et vous, que faisiez-vous il y a trente ans ?

Bon anniversaire MaXoE, je vous souhaite le meilleur, on a plus que jamais besoin de médias culturels indépendants. Il y a trente ans, j’étais tout petit, je regardais le Club dorothée et je ne me suis jamais vraiment remis de l’arrêt de l’émission…ceux qui ont déjà lu La conquête de l’ordinaire l’ont déjà compris. Je me souviens aussi que j’aimais déjà raconter des histoires, j’avais créé mon propre magazine et ma propre cérémonie de remise de prix au cours de laquelle j’étais le seul à voter…