Après trois semaines sur le thème de Noël, je reviens à notre focus Stranger Things / Années 80. Du coup je vous ressors quelques albums mythiques parus dans les années 80 et qui nous parlent du Chevalier Noir. Je vous propose Batman année Un, paru en 1987, l’un de mes comics préférés. Il a marqué le départ d’une nouvelle ère pour Batman. Merci M. Miller. Ensuite, du même auteur, nous verrons sa vision encore plus sombre du héros avec The Dark Knight Returns, paru en 1986. Il a ainsi avec ces albums marqué le début et la fin de Batman. Et puis comment ne pas parler de The Killing Joke d’Alan Moore, paru en 1988. Cette histoire a aussi eu d’énormes impacts sur la maison DC.
Batman Année Un
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Tout commence. Batman se sent une âme de justicier, il commence même à agir sans déguisement mais rapidement il réalise qu’il faut qu’il protège son identité. Gordon arrive à Gotham, muté d’office suite à une affaire louche. Le commissaire en place, Loeb, est un ripoux. La justice, en la personne d’Harvey Dent, essaie de le coincer, sans succès jusque là. Une certaine Selina se sent aussi l’âme d’une voleuse. Bref le monde que nous connaissons se met en place, tout doucement.
Miller nous offre ici sa vision de Batman. Un justicier plus sombre que jamais dans une Gotham plus menaçante que jamais. Il plante le décor, à sa façon. Il nous montre des héros qui sont avant tout des hommes. Gordon et ses problèmes de couple qui pèsent beaucoup sur son travail. Bruce et son passé décomposé. On voit le couple associant le policier et le justicier se former petit à petit. D’abord les doutes, ensuite la lutte puis la compréhension. Rien d’extraordinaire, juste un énorme talent pour créer une ambiance.
Miller est bon, indéniablement. Il nous offre ici une BD qui a beaucoup influencé tous les autres récits sur Batman. C’est sans concessions, comme d’habitude, tout le monde est égratigné, personne n’est parfait. Une BD fondatrice sur le mythe ! A noter qu’il existe une version noir et blanc magnifique mais un peu plus difficile à se procurer.
Contenu vo : Batman Year One Deluxe Edition (Batman #404-407)
Scénario : Frank Miller – Dessins : David Mazzucchelli – Batman Année Un – Urban Comics – DC Black Label – 144 pages – 2020 (initialement paru en 1987) – 18,5 €
Killing Joke
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Il est des histoires qui sont entrées dans la légende du monde DC. Celle-ci en fait partie. Elle a marqué les esprits par la manière avec laquelle nous entrons dans l’intimité du fou mais aussi par une de ses conséquence : la future vie de Barbara Gordon dans un fauteuil roulant en tant qu’Oracle. Mais revenons sur le synopsis. Batman débarque à Arkham pour discuter un peu avec le Joker. Il constate alors que le vilain s’est fait la malle en laissant un autre prisonnier déguisé à sa place. Notre vilain est en train d’acheter un vieux parc d’attraction pour s’adonner à sa passion première, la torture mentale des gens. Il a aussi décidé de faire une opération commando pour enlever Jim Gordon. Il n’oublie pas, au passage, de blesser grièvement la belle Barbara.
Commence alors le voyage en enfer. Cet album est un incontournable et ceci à plusieurs titres. En premier lieu, il nous permet de mieux connaître le Joker. L’auteur nous propose quelques incartades dans son passé, ce qui est très rare. Et puis le vilain montre toute sa folie. Il est incontrôlable et imprévisible. Tout cela crée un paradoxe délicieux quand on voit Batman essayer de la raisonner, essayer de prévoir une trêve avec lui, de l’aider même ! Et puis que dire du trait de Brian Bolland. Il est parfait en tous points. Il n’a pas son égal pour faire émerger les émotions, pour nous permettre de sonder les cerveaux de ces créatures de papier. Les visages sont terriblement expressifs en tout cas ! Et puis cette version noir et blanc est tout simplement fantastique. Elle met en avant toute la noirceur de l’ensemble. Merci M. Moore ! Et merci pour cette nouvelle édition !
Pour fêter les 75 ans de notre « ami » le Joker, Urban a décidé de nous sortir une très belle édition en noir et blanc comme ils l’ont déjà fait pour Batman. Mais on ne la trouve pas forcément facilement.
Contenu VO : Batman — The Killing Joke
Scénario : Alan Moore – Dessins : Brian Bolland – Killing Joke – Urban Comics – DC Deluxe – 72 pages – 2014 (initialement paru en 1988) – 16 €
The Dark Knight Returns
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Batman a vieilli, il a désormais la cinquantaine et on peut dire que son caractère en fer forgé ne s’est pas forcément arrangé avec le temps. Il faut dire que cela fait quelques années que le chevalier noir a pris sa retraite. Il est grognon, aigri et passablement gagné par le vice de l’alcool. Mais les temps sont durs pour la justice et l’honnêteté dans une Gotham gangrénée par les malfrats et notamment par une bande organisée appelée le gang des mutants. Harvey Dent est aussi de retour, le visage réparé par la chirurgie esthétique et surtout l’âme soignée par une repentance un peu louche. Wayne décide alors de rechausser le costume pour un retour tonitruant mais contesté. Les autorités et le public sont divisés sur l’intérêt de ce justicier masqué. Certains le soutiennent dans sa nouvelle croisade alors que les autres estiment qu’il n’a pas le droit de faire le justicier solitaire. Gordon est toujours de la partie même s’il est aux portes de la retraite et un nouveau Robin pointe le bout de son nez…
Frank Miller est au sommet de sa forme. Il nous livre ici un opus désabusé, critique, acide sur Gotham. Notre Batman offre un visage très ambigu. On a peur pour lui page après page. Peur qu’il dépasse les limites, guidé par des sentiments hargneux, peur que son corps ne suive plus. Sa santé n’est pas au mieux, il peine dans chacun de ses combats, cela donne une dimension toute dramatique à sa démarche, on y voit le refus de vieillir, de tourner la page. Le gang des mutants apporte du sang neuf dans le bestiaire des méchants, on apprécie vraiment. Et puis la manière de raconter son histoire est parfaite. Il alterne planches de grande dimension propres aux scènes d’actions et séries de petites vignettes qui zappent entre les personnages et leurs témoignages. C’est loin d’être classique, une fois de plus Miller appose sa propre signature et son trait n’a rien perdu de sa verve. Bon on ne va pas tourner autour du pot, c’est une BD majeure de l’univers Batman. Tout y est gris et noir, acide et pervers, violent et terrible.
A noter que cet album bénéficie d’une réédition en noir et blanc pour les 75 ans de Batman. A vous de la dénicher !
Contenu VO : The Dark Knight Returns #1-4.
Scénario : Frank Miller – Dessins : Frank Miller – The Dark Knight Returns – Urban Comics – DC Black Label – 240 pages – 2019 (initialement paru en 1986) – 25 €