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A la découverte de l’ethnie des Ainus d’Hokkaido

Savez-vous que le Japon a une population autochtone ? Non, je ne parle pas des otakus. Ni des magaka ! -_- Non mais ? C’est quoi cette idée que vous avez du Japon ? Bon, revenons au sujet. Savez-vous que cette ethnie, les Ainus d’Hokkaido (prononcez Aïnou), vient de sommer le gouvernement de les reconnaître comme étant une population indigène suite à la déclaration officielle des droits des indigènes du monde par l’Assemblée Générale des Nations Unies ? Non ? Et bien maintenant si ! Et si cette population vous intéresse, il vous suffit de lire la suite ou alors passez votre chemin (mais sachez qu’il vous faudra payer un droit de passage pour la sortie…).

Hokkaidô Comme vous le savez-tous, j’en suis sûre, le Japon est un archipel qui comporte 3 îles principales dont la plus au Nord est Hokkaidô. Cette charmante île dispose d’un climat sibérien avec des ours qui sauront agrémenter vos promenades au gré de leurs envies et surtout de leur appétit. Actuellement Hokkaidô est plutôt difficile d’accès. L’avion est le moyen de transport le plus rapide. Le voyage se transforme en périple si vous en utiliser un autre, jusqu’à devenir une aventure si l’hiver s’est installé. Mais, et là vient le sujet qui m’intéresse à défaut de vous intéresser, cette île est aussi la terre ancestrale des Ainus. Elle n’a été « envahit » par les japonais que depuis 1869.

Les Ainus à l’heure actuelle Les Ainus forment actuellement une communauté de 23 800 personnes, situées principalement dans le sud-est de l’île. Contre les 126 millions de japonais, cela fait bien peu, surtout en sachant que beaucoup d’Ainus sont métissés. Les spécialistes considèrent que parmi ces 23 800 personnes, seuls 300 sont complètement ainues. Mais à l’heure actuelle, dans le Japon, 150 000 personnes se réclament d’ascendance ainue, 150 000 personnes qui sont fières de leur héritage et qui osent braver la peur de la discrimination.

L’origine des Ainus Les Ainus ont une origine très discutée et plusieurs hypothèses circulent. Leurs traits caucasoïdes font que la plupart pensent qu’ils descendent d’une civilisation de chasseurs-pêcheurs venue vraisemblablement des régions sibériennes. Une étude émet l’hypothèse qu’ils sont issus d’une population originelle d’Asie, plus proche physiquement des européens actuels, apparue avant la polupation dites mongoloïdes du type japonais. En fait, je suis sûre que c’est encore un jeu que pratiquent les ethnologues autour d’un bon verre de whisky : – « moi, j’ai réussi à convaincre tout le monde qu’ils viennent de Sibérie » – « ben moi, je me suis appuyé sur une analyse ADN pour prouver qu’ils viennent d’Amérique du Sud et vous n’allez pas le croire, ils ont tout gobé ! » A l’origine, ils sont très différent physiquement des japonais, mais ces différences ont été atténués par le métissage. Les écrits de l’époque les décrivent comme ayant un système pileux très développé, d’où l’usage pendant longtemps chez les Ainus de relève-moustaches sculptés en bois, forts utiles lors des libations (désolée, je n’ai pas trouvé de photos, ça aurait pu être drôle). Ils étaient appelé à l’époque Tehito qui signifie « hommes poilus ». La femme portait des tatouages en forme de bacchantes destinés à « compenser » l’absence de poils. Ce tatouage, une fois complet (il commençait à être fait quand l’enfant avait 6 ans), indiquait que la femme était prête à marier. Mais pourquoi c’est toujours la femme qui souffre ou qui porte des trucs ridicules… -_-

Un peu d’histoire A l’époque des premiers siècles de l’ère chrétienne, les souverains du peuple de Yamatai, sur l’île de Kyûshû, ont déplacé le centre de leur pouvoir aux environs de la ville actuelle de Kyôto, provoquant ainsi les premières confrontations avec les Ainus. Ces derniers ne connaissant pas l’usage du fer, se retrouvèrent en bien mauvaise posture lors des conflits militaires et autres révoltent qui suivirent, face aux samourais et leur troupes bien armées. Les Ainus furent repoussés toujours plus loin au Nord de l’île principale (Honshu) puis refoulés vers Hokkaidô. Les sources historiques de l’époque parlent alors de plusieurs peuplades ainues et d’une homogénéisation de leur culture vers 1400. Du XVII au XIXe siècle, les Ainus peuplent majoritairement Hokkaidô, mais aussi Sakhaline et les îles Kouriles. Des traces de trocs effectués avec des chinois montrent qu’ils s’aventurent souvent loin sur le continent. Mais l’archipel nippon est définitivement unifié par le shôgun Ieyasu Tokugawa à l’aide de guerres civiles. Il soutient l’implantation japonaise durable à Ezo, future Hokkaidô, menée par les chefs du clan Matsumae. Au début de l’ère Meiji 1868-1869, la restauration du pouvoir impérial face au shôgun provoqua une guerre civile (encore une !) qui aboutit à la colonisation accélérée de l’île.

Les Ainus sont longtemps restés un peuple dominés politiquement et culturellement, à un point qu’actuellement, se prévaloir d’une ascendance ainue n’est pas toujours bien vu. Mais leur situation connait quelques améliorations récentes à Hokkaidô : ils ont acquis depuis 1997 le statut particulier de peuple autochtone minoritaire et le Japon prend des mesures pour conserver leur culture avec une loi votée à la Diète Nationale qui affirme la spécificité de la culture ainue au sein de la nation japonais. La culture ainue Et le moment est idéal je trouve pour vous détailler un peu cette culture ainue.

C’est une société partiarcale et polygame disposant d’une culture orale. Tout est transmis par des récitations et par des chants de contes héroïques, de légendes, d’histoires à fondement didactique ou moral. C’est une langue pratiquement éteinte bien que l’Ainu Association of Hokkaido s’efforce de maintenir son apprentissage. Les récits historiques parlaient de 19 dialectes différents dont seulement 2 restaient actuels il y a une dizaine d’année : le Tsishima et le Shigeru. Mais la dernière personne à parler le Shigeru est morte en 1994… Les Ainus vivent selon des préceptes animistes : le monde est peuplé de kamui. Les adeptes de manga ont déjà entendu ce mot. Pour les autres, les kamuis sont les esprits supérieurs liés à chaque espèce animale, végétale ou toute manifestation de la Nature. Les kamuis sont célébrés au moyen d’une estrade consacrée au fond de l’habitation et d’une palissade sacrée à l’extérieur, au Nord-Est de celle-ci. Les Ainus utilisent comme intermédiaire et comme présent l’Inao, un bâton magique décoré de copeaux.

Le dieu créateur se nomme Tuntu et il a cré le monde comme un grand océan reposant sur une colonne vertébrale d’une truite gigantesque. Ce monde comporte 6 cieux et 6 enfers (ben oui, il s’est planté Dante ! ) dont le dernier, situé au plus bas contient les démons et esprits maléfiques. Ils ont un arbre sacré, le Saule. Et pour les Ainus, le plus important n’est pas Dieu, c’est soi-même. D’après eux :

« Il y a d’abord moi, puis nous, puis le village »

Et cela revêt toute son importance quand on sait que Ainu signifie ‘humain » dans leur langue.

Ils construisent le kotan (leur village) au confluent de 2 rivières pour ne pas toujours pêcher dans le même cours d’eau et épuiser les réserves en poisson : une période dans l’une, une dans l’autre. Ils ont deux types de maisons : une fixe, en cloisons de bois, toit de chaume et terre batture et une mobile, un tipi « tchissé » pour la période de la chasse.

Les danses et les chants ont une grande importance non seulement pour la religion mais aussi dans la vie quotidienne. L’artisanat ainu est très connu et réputé pour le tissage de costumes aux motifs complexes, ainsi que pour la sculpture sur bois. Actuellement peu d’Ainu s’initient ou pratiquent cette culture, mais le Centre Culturel ainu de Sapporo essaye de les maintenir. Il est à l’intérieur d’un building ultramoderne où les femmes apprennent à fabriquer des objets traditionnels dans un décor d’intérieur ancestral reconstitué.

Une personnalité dont il faut se souvenir Shigeru Kayano est, ou plutôt a été, un grand activiste de la cause Ainu et le seul homme politique japonais ainu.

Il est né le 15/06/26 dans le village Nibutanu à Biratori, Hokkaidô. Né Kaizawa Shigeru, il prendra le nom de sa tante Kayano parce que son père été recherché par le gouvernement pour sa pratique de la pêche au saumon qui été interdite par la loi à l’époque. Il a été élevé dans la pauvreté et découvre la culture ainu avec sa grand-mère Tekatte, tout en grandissant sous l’influence du docteur écossais Neil Gordon Munro qui collectionne les artefacts ainus pour paiment de ses visites médicales.

Il a crée un Musée de la culture ainu en 1972, 5 écoles d’apprentissages de la langue et il a participé au lencement de la radio FM Pipaushi le 8 avril 2001, radio dirigée actuellement par son fils Shiro. En 1994, il devient le premier politicien ainu à être élu à la Diète et pose souvent ses questions en ainu. Il obtient en 1997 la loi de promotion de la culture ainu. Il passe 5 mandats consécutifs à la Chambre des représentants. Et en 1990, il devient le chef du mouvement de protestation contre le barrage de Nibutani, sur les terres sacrées. Le barrage est quand même construit, mais le tribunal du district de Sapporo reconnait pour la première fois le caractère indigène des Ainus dans l’île d’Hokkaidô. Il prend sa retraite politique en 1998 et depuis, les ainus n’ont plus de représentants à la Diète. Il est en plus de tout cela l’auteur d’une centaine d’ouvrages dont 28 yukar, des sagas ainues transmises par la tradition orale. Il a aussi trouvé le temps de fonder le Musée Ainu à Nibutani, dirigé par son fils Shiro. Et il est finalement, et malheureusement pour les ainus, mort le 06/05/06 alors qu’il projetait de chanter des épopées ainues dans des crèches et des maternelles.

Et malgré le fait qu’une minorité s’est coupé du monde et vit au contact de la Nature, la culture ainue et le peuple Ainu ont un avenir incertain dans un pays qui intègre difficilement les étrangers, même les étrangers de chez eux.

 

Initialement publié le 08.10.07 à 15:15.


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