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MaXoE Festival 2024 : Sélection Manga

Voici la Sélection Bande-dessinées du MaXoE Festival avec de très beaux albums dans la catégorie Manga !

Ci-dessous la présentation détaillée des ouvrages sélectionnés avec la chronique que nous avions fait dans le cadre de Lundi Manga

 

RÉMINA

Cela commence assez violemment : une foule en transe contemple une jeune fille accrochée à une croix tout en scandant « A mort ». Mais ces événements sont dans le futur, l’auteur nous propose rapidement de revenir un an plus tôt : le professeur Oguro, astronome, découvre une nouvelle planète. Il décide de l’appeler Rémina, s’inspirant ainsi du prénom de sa fille. Cela conduit immédiatement la jeune fille à une notoriété hors normes. Elle est sollicitée de toutes parts et les fans club en son nom fleurissent ici ou là. Parallèlement, le professeur constate avec ses collègues, que la planète Remina est en mouvement. Enfin, pas toujours car parfois elle s’arrête aussi, comme si elle était vivante. Le hic, c’est qu’elle semble se rapprocher dangereusement de la Terre. Les humains ne vont pas tarder à paniquer…

Junji Ito n’y va pas avec le dos de la cuillère. Il dépeint ici une société malade, malade de ses ressortissants. Oui, sa vue du monde est pessimiste, il fait ressortir l’égoïsme et la folie du plus grand nombre. Car oui, il ne faut pas s’y tromper, l’auteur ne cherche pas à nous conter une histoire de science-fiction, non, comme tous les bons auteurs du genre, il utilise des circonstances exceptionnelles pour jeter un oeil critique voire acide sur le genre humain. Car oui pendant la lecture, on les déteste tous ces gens qui sombrent dans la folie meurtrière. Junji Ito arrive aussi à nous effrayer avec cette planète dangereuse, le levier horrifique est vraiment bien trouvé. Au milieu de ces ténèbres, il laisse entrevoir aussi un peu d’espoir et ça fait du bien ! Un classique à relire de toute urgence.

Scénario : Junji Ito – Dessins : Junji Ito – Delcourt/Tonkam  – 296 pages – août 2023 – prix 19,99 €

 

LES CARNETS DE LÉONARD DE VINCI

Première fois que nous chroniquons un manga de la collection Les Grands Classiques chez Soleil. Celle-ci permet de revenir sur de grandes figures de l’histoire au travers de la BD et donc des mangas. A noter, pour les puristes, c’est bien du manga mais on nous propose une lecture classique, dans le sens européen. Nous voilà donc à vivre l’histoire de Léonard de Vinci. Cela commence alors qu’il n’est qu’un jeune homme. Il est doué, très doué mais très pointilleux aussi ce qui lui vaut quelques désagréments : son travail, au sein de l’atelier de Verrocchio à Florence, son premier maître, prend du retard. Mais sa réputation attire l’attention du maître de la cité qui l’envoie en mission à Milan, dans le cadre d’échanges de bon voisinage. Il va y rester et fonder son propre atelier. Et ce n’est pas la dernière ville qu’il habitera tout au long de sa carrière !

J’ai beaucoup apprécié cette lecture. N’en attendez pas forcément un recueil historique de premier ordre, non ici il s’agit de décrire humainement le parcours de l’artiste. On découvre sa relation avec ses deux principaux apprentis : Melzi et Salai. On y découvre sa passion du détail, sa manière de travailler et sa grande bienveillance. Et puis on a aussi le droit à quelques trucs et astuces sur l’art, j’ai beaucoup aimé. On vit donc son parcours à travers les villes et les pays jusqu’à la fin, auprès de François 1er. Voici donc un bel ouvrage, humain, drôle par moments et empli de passion pour les artistes et dans le style manga pour les amateurs. A lire sans se prendre la tête !

Scénario : collectif – Dessins : collectif – Soleil Manga  – 192 pages – octobre 2023 – prix 8,50 €

 
 

L’OMBRE DE MOON

Sortie prévue le 6 mars 2024, L’ombre de Moon est le tout premier manga des français Nevan (au dessin) et Sylvain Ferret (au scénario). Cette histoire comporte un seul et unique tome.

Moon Banning s’est perdu dans le monde fantastique d’ombre. Accompagné par le jeune Panpan, il combat un à un ces gardiens tout comme on affronte les tourments du passé, et ils se retrouvent désormais devant l’ultime épreuve. Celle qui rappelle à la réalité que l’on veut fuir. Celle qui exige de retrouver courage pour un dernier voyage. Celle qui demande de grandir.

Avec leur œuvre, Sylvain et Nevan nous emmènent à travers un voyage intérieur qui nous fait réfléchir sur nous-mêmes en nous ramenant à notre enfance et à nos émotions perdues. En plus d’être une œuvre très réfléchie, les dessins de Nevan permettent au scénario écrit par Sylvain Ferret de briller et de nous faire vivre les aventures de Moon. De plus, même avec un seul tome, l’œuvre est très bien rythmée, tellement que lors de ma découverte, je me suis retrouvé à la lire d’une seule traite, tant j’étais plongé dedans.

Vous l’aurez compris, L’ombre de Moon est une œuvre à découvrir d’urgence en ce début du mois de mars. Pour ceux qui, comme moi, seront bluffés par les dessins de Nevan, sachez qu’après cette superbe introduction dans le monde du manga, il se lance dans la saga fantasy avec Les Sentiers des Astres, signé Stefan Platteau et accompagné de David Chauvel, toujours aux éditions Delcourt.

Scénario : Sylvain ferret – Dessin  : Nevan – Delcourt/Tonkam – Mars 2024 – 206 pages – Prix :12,99 €

 

LE VOYAGE DE SHUNA

La période est indéterminée, c’est tout simplement hors du temps. On se retrouve dans un village posé au fond d’une vallée et surpomblé par un glacier majestueux. Celui-ci pèse sur la vie des gens, l’air est froid, la terre est sèche et les cultures s’en ressentent douloureusement. Même les Yakkurus (vous savez ces cerfs qui servent de montures dans l’univers de M. Miyazaki, vous en avez sûrement vu un dans Princesse Mononoké) souffrent d’une forme de stérilité en raison de ce climat. Un beau jour, Shuna, le fils du roi de cette région, découvre un vieil homme, voyageur épuisé dont les heures sont comptées. Le village l’accueille en son sein mais les dés sont déjà jetés, on ne peut plus rien pour lui. Alors qu’il va fermer les yeux définitivement, il raconte à Shuna qu’il existe, quelque part, une contrée, très à l’Ouest, où les terres sont recouvertes de plantations de céréale dorée. Celle-ci pourrait peut-être sauver le village. Shuna décide alors de parcourir le monde à la recherche de la graine miracle. 

Le manga que j’ai entre les mains est une réédition d’un des premiers mangas du maître. Il est sorti en 1983, un peu avant son aventure cinématographique. En premier lieu, je voudrais souligner la grande qualité de cette édition. La couverture est cartonnée et le papier est épais et un peu rugueux, exactement comme je l’aime. Dès les premières pages, on est saisi par la beauté des dessins, encrés à l’aquarelle. C’est juste magnifique. L’ouvrage est plus un conte illustré qu’un véritable manga, les bulles sont extrêmement rares. Non le texte laisse la place à la contemplation de toutes ces scènes. Et c’est tant mieux. Ce texte permet aussi de nous raconter cette histoire, d’en donner tous les détails et de jeter un oeil aiguisé sur cet univers. Ainsi, l’auteur développe ses thèmes habituels : l’écologie, la société humaine et ses travers, l’oppression des plus faibles le tout avec un rien de mysticisme. L’aventure est passionnante et pleine d’espoir, on dévore ces pages autant pour les rebondissements que pour le plaisir de la rétine. Merci une fois de plus Hayao Miyazaki ! 

Scénario & Dessins : Hayao Miyazaki – Sarbacane – 160 pages – novembre 2023 – prix 25 €

 
 

LES CHRONIQUES DE LA GUERRE DE LODOSS – LA DAME DE FALIS T1

Voilà donc un manga issu de la grande fresque que sont Les Chroniques de la guerre de Lodoss. A l’origine, ce sont des romans qui s’inspirent de l’univers de Donjons et Dragons. Rappelez-vous, nous vous avions présenté un dossier sur l’OAV éponyme. L’histoire du manga que j’ai entre les mains se déroule avant les événements de l’OAV. Dans ce dernier, on parle des 6 héros du passé, cela fait justement référence à ce récit de la dame de Falis. Nous voilà donc sur l’île de Lodoss, terre qui accueille différentes races comme les humains, les elfes et les nains. Cela commence dans une cave sombre, le Duc de Skard a perdu la raison, il cherche à invoquer les créatures démoniaques pour son propre bénéfice. Mais au lieu de réveiller un démon entravé, au service de son maître, il a sorti Kardis, reine des ténèbres, de son repos éternel. La porte est ouverte pour les forces du mal mais heureusement les héros sont légion sur ces terres notamment la Dame de Falis …

 

Alors oui le scénario n’est pas des plus complexes : les méchants démons ont débarqué et les gentils veulent les éradiquer. Non le plaisir est ailleurs. Il est dans la foison de personnages, dans les différents royaumes qui ont leur propres desseins au départ et dans les relations qui se nouent petit à petit entre les héros. Et puis le récit commence doucement pour accélérer petit à petit avec une fin d’ouvrage dantesque. Ce que j’ai aimé aussi, ce sont les textes qui sont élégants en tous points, qui puisent dans un vocabulaire chevaleresque. Je dois avouer que ça fait du bien. 

Côté dessin, cela sent bon le old-school mais j’aime ça. C’est fin et c’est très détaillé. On est bien loin de certaines productions récentes dans le domaine qui misent sur une simplicité exacerbée. Il y a simplement un peu de confusion parfois pendant les combats mais c’est vite oublié. Concernant cette édition, rien de bien nouveau, on a simplement quelques pages en couleur qui introduisent l’histoire de l’île. Le récit se lit à l’européenne, je préfère le préciser, c’est-à-dire de gauche à droite. 

Pour conclure, c’est un must-have, surtout si vous aimez les univers à la Tolkien. 

Scénario : Ryo Mizuno – Dessins : Akihiro Yamada – PIKA Masterpiece – PIKA  – 296 pages – juillet 2023 – prix 16 €

 

LATNA SAGA SURVIVAL STORY OF A SWORD KING

Écrit et dessiné par Soon-Q, « Latna Saga : Survival Story of a Sword King » est un manhwa publié depuis 2019. Il compte actuellement 1 tome relié en France, sorti le 22 mai 2024.

Alors qu’il venait d’achever son service militaire, Ryu se retrouve projeté dans un autre monde où pullulent des monstres. Il se rend compte que ceux venus d’un autre monde comme lui ne sont pas les bienvenus ici. Après y être resté coincé pendant 22 ans à cause d’un bug, il est finalement transféré dans le monde de Latna, où le véritable objectif semble être de vivre plutôt que de survivre… 

Nous avons là un nouveau manhwa de type isekai fantastique, comme il en existe par dizaines. Cependant, grâce à son côté humoristique, il se démarque un peu du lot. De plus, l’action omniprésente est parfaitement retranscrite par le découpage des cases et le coloriage des pages. On a ici un manhwa qui se lit très facilement (j’ai dévoré le premier tome d’une traite) et on attend la suite avec impatience !

Scénario et Dessin : SOON-Q – Delcourt/KBOOKS – Mai 2024 – 240 pages – 14,95 €

 

ANTHOLOGIE DE L’HUMAIN / ANTHOLOGIE DE LA RÊVERIE

Parce que ses récits imposent un souffle nouveau sur le manga du milieu des années 70, Moto Hagio capte tout de suite l’attention. Elle parle de mort, de guerre, de regard sur une société malade traversée par plusieurs maux, avec une profondeur peut-être jamais approchée, prouvant au passage qu’il est possible de composer des récits différemment, en y mêlant des ingrédients peu ou pas utilisés. Elle aborde les relations familiales d’une manière assez détonante, parlant d’adultère, de matricide, de traumatisme post-partum, de deuil, le tout sans retenu et en poussant toujours plus loin les curseurs. Elle s’immisce dans le fantastique avec beaucoup d’aisance, jouant sur nos peurs et l’horreur de certaines situations avant de proposer en 1975 un récit qui marquera la SF, Nous sommes onze ! à qui elle offrira d’ailleurs une suite (Nous sommes onze ! Est et Ouest, un lointain horizon).

Glénat, à la faveur d’une exposition au Musée d’Angoulême lancée durant le festival international de la bande dessinée en janvier 2024, propose une nouvelle édition des anthologies de Moto Hagio en deux tomes épais (256 pages pour De l’humain et 352 pages pour De la rêverie) reprenant neuf des nouvelles de la mangaka. Une occasion pour celui qui ne connaîtrait pas encore cette autrice phare, de se plonger dans Nous sommes onze ! et sa suite. Ce récit de SF pure met en scène de jeunes personnages réunis pour la dernière épreuve d’entrée à L’université spatiale. 700 élèves triés sur le volet vont être réunis par groupe de dix dans un vaisseau pour 53 jours. Sauf que, une fois embarqués à bord, les membres du groupe des dix meilleurs élèves constate qu’ils sont finalement onze. Qui est l’intrus ? Au travers de héros qu’elle sculpte au fil des pages, les rendant toujours moins lisses – dont Flore, à l’identité sexuelle non encore définie – Moto Hagio livre une œuvre qui séduit le lecteur dès la première page et jusqu’à son twist final. Sa suite, qui ouvre une réflexion sur la guerre et le pouvoir, démontre la capacité de Hagio à se mouvoir dans des contextes et des thématiques plurielles, avec la même aisance narrative, signe d’une autrice marquante.

Scénario : Moto Hagio – Dessins : Moto Hagio – Glénat  – 256 pages (Anthologie de l’Humain) & 352 pages (Anthologie de la rêverie) – janvier 2024 – prix 14,95 €

 

L’ABOMINATION DE DUNWICH T1 & T2

Lovecraft possédait cette faculté à faire naître l’horreur avec de simples mots. Les textes de ses nouvelles, d’une précision chirurgicale, semblent sculpter le roc pour n’en garder qu’une incroyable force suggestive. Des images obsédantes, souvent diffuses, s’affichent dans l’esprit de ses lecteurs pour les plonger dans des univers desquels il semble difficile de sortir indemne. Pour autant mettre des images sur les textes de Lovecraft apparaît comme un véritable challenge et peu y sont parvenus en se plaçant à la même hauteur que le maître de Providence. Car les paysages désolés, brumeux, spongieux, habités de créatures multiformes aux masses disproportionnées et illogiques dépassent de loin ce qu’un esprit sain peut imaginer, induisant de fait, pour celui qui s’y immerge, de faire face à ses fantômes, et de placer son imaginaire au seuil de la folie. Gou Tanabe a décidé de s’y essayer. Depuis cinq ans maintenant le mangaka s’attache à relire les textes du maître de l’effroi avec une régularité et une efficacité détonante.

Après Les montagnes hallucinéesDans l’Abîme du tempsLa couleur tombée du cielL’appel de CthulhuCelui qui hantait les ténèbresLe cauchemar d’InnsmouthLe MolosseGou Tanabe nous offre sa relecture de L’abomination de Dunwich. Dans ce village reculé et malodorant perdu dans les landes inhospitalières de Nouvelle-Angleterre le jeune Wilbur développe des capacités intellectuelles et physiques surprenantes pour son jeune âge. Alors qu’il n’a que 10 ans il se met en quête d’un livre obscur et maudit portant le nom de Necronomicon écrit par un certain Abdul al-Hazred. Peu de copies intactes du livre existent encore mais l’université de Miskatonic détient un exemplaire consultable dans sa bibliothèque… Le Necronomicon évoqué dans Le Molosse, précédente adaptation de Gou Tanabe, est au cœur de L’abomination de Dunwich. Le professeur Armitrage qui comprend très vite les intentions de Wilbur mettra un frein aux espoirs du garçon qui utilisera tous les moyens en sa capacité pour mettre la main sur l’épais volume qu’il convoite. Prévue en trois volets, cette adaptation de Gou Tanabe place un auteur au sommet de son art.

Scénario : Howard Phillips Lovecraft – Dessins : Gou Tanabe – Ki-oon – 210 pages (T1) & 215 pages (T2) – septembre 2023 (T1) & mars 2024 (T2) – prix 18 €

 

2001 NIGHT STORIES T1 & T2

Au début l’idée était de rendre un hommage au 2001 l’odyssée de l’espace de Kubrick, film tentaculaire s’il en est qui a questionné et questionne encore toutes les générations depuis sa sortie en salles en 1968. A l’aube de l’exploration spatiale, et après que le premier pas sur la Lune ait lancé l’idée des possibles, une mission spatiale découvre dans les entrailles lunaires, un bloc issu d’une météorite géante composée d’uranium, en écho au monolithe noir du film. Alors que les ressources terrestres faiblissent et que les besoins en énergie ne cessent de se renforcer, cette découverte prend la forme d’une véritable aubaine. Elle lancera véritablement l’idée d’aller conquérir cet inconnu lointain repoussant les limites de la technique et de ce qu’un esprit peut imaginer en cette seconde moitié de vingtième siècle… Autrement dit aucune…

Au travers de pages monumentales, composées entre réalisme scientifique documenté et (science-)fiction qui n’en est qu’une extrapolation plausible, 2001 Nights Stories de Yukinobu Hoshino s’inscrit parmi les grandes œuvres du manga du début des années 80 aux côtés d’Akira de Katsuhiro Ôtomo, de Ken le survivant de Buronson et Tetsuo Hara ou encore du Dragon Ball d’Akira Toriyama. Pourtant cette série de courtes nouvelles, publiées au Japon mensuellement entre 1984 et 1986, est passée quelque peu sous les radars français avant que Glénat n’en propose, en 2012, une version limitée et luxueuse, aujourd’hui introuvable. Cette nouvelle édition cartonnée, proposée en deux tomes deluxe, bénéficie d’une diffusion à plus large échelle même si le prix de 32 euros (le tome) peut freiner certaines ardeurs. Véritable pépite de la SF, tous genres confondus, cette fresque monumentale, entre hard science et douce rêverie poétique, mettant en scène des mondes fragiles, parfois agonisants, mérite indéniablement l’investissement.

Scénario : Yukinobu Hoshino – Dessins : Yukinobu Hoshino – Glénat – 354 pages (T1) & 436 pages (T2) – octobre 2024 – prix 32 €


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