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La BD du jour : La fleur dans l’atelier de Mondrian de Peyraud et Lapone (Treize Etrange)

Raconter un moment de la vie de Mondrian. Celui qui le voit s’investir corps et âme dans le cubisme. Un cubisme abstrait qui fera sa renommée. Jean-Philippe Peyraud et Antonio Lapone livrent un récit fin rehaussé par une superbe mise en couleurs directes. Un incontournable de cette fin d’année !  

Un homme tire au révolver sur une dune proche de la mer. Son but avoué est d’atteindre une toile qu’il a réalisée des années plus tôt posée sur le sable. Une toile qui représente le portrait d’une femme. Pas spécialement adroit, un ami vient lui donner quelques conseils pour atteindre sa cible. Le tireur n’est autre que Piet Mondrian, et le portrait qu’il tente d’atteindre celui d’une femme qui semble l’inspirer dans cet acte destructeur…

Ce projet n’aurait sans doute jamais pu se concrétiser si ses deux auteurs n’avaient eu la même idée de placer, au-dessus de leur table de travail, la photo d’une fleur en plastique dans l’atelier de Mondrian. A partir de cette simple fleur, les deux dessinateurs ont construit un récit romancé qui emprunte à la vie du peintre tout en présentant ce qui allait devenir un art révolutionnaire pour l’époque. Après une première période de sa vie au cours de laquelle Mondrian voue un véritablement attachement au réalisme, il découvre, en 1912, lors d’une exposition à Amsterdam, le cubisme, un courant nouveau qui lui fait opérer un virage radical. Il décide alors de s’installer à Paris où il peut s’épanouir dans une ville qui connait une effervescence artistique sans commune mesure dans l’histoire de l’art. Au fil des mois son cubisme figuratif passe progressivement vers l’abstraction en partie car il se rend compte, il le dit lui-même, que « le cubisme n’acceptait pas les conséquences logiques de ses propres découvertes ». Ses peintures se couvrent dès lors de lignes verticales et horizontales, des trois couleurs primaires (jaune, rouge, bleu) et du blanc. Une révolution.

Dans ce récit Jean-Philippe Peyraud et Antonio Lapone explorent la vie de Mondrian, même si elle reste romancée, et mettent notamment en avant sa passion pour la danse de salon et sa relation difficile avec les femmes qu’ils expliquent par un investissement total dans son art. Il confiera à Francine, la femme avec qui il partagera quelques moments, qu’il ne peut penser à l’amour, car il n’est quelqu’un que dans son art. Le peintre se résoudra dès lors à vivre d’amour tarifé pour éviter que les sentiments viennent perturber sa force et sa capacité de création. Jean-Philippe Peyraud et Antonio Lapone se concentrent sur la période cubique abstraite de Mondrian, celle qui fera sa renommée. Ils le font en jouant eux-mêmes avec les cases verticales et horizontales, et les trois couleurs primaires qu’ils associent aux femmes rencontrées au cours de la vie de l’artiste, le jaune pour une fille blonde rencontrée à Laren aux Pays-Bas où le peintre avait un atelier, le rouge pour le personnage de Francine et le bleu pour les filles de la nuit.

Pénétrer dans la vie intime du peintre néerlandais n’était pas le plus évident tant il s’attachait à la rendre hermétique. Les deux auteurs le font avec subtilité, par scènes interposées qui construisent une proposition narrative cohérente. Le dessin, lui, colle parfaitement à cette ambiance des années 20, dans une ligne claire esthétisée et rythmée, qui sert parfaitement le Paris mondain et agité de l’entre-deux guerre. Un Paris superbement restitué au travers de ses terrasses de café surchargées, de ses Grands magasins, de ses ruelles sombres et mal fréquentées, et de ses immeubles haussmanniens. Dans ce contexte graphique détaillé, la couleur directe apporte un surcroit de plaisir pour des mirettes constamment en éveil. À noter que, comme sur le précédent projet d’Antonio Lapone chez Glénat, le projet de La Fleur dans l’atelier de Mondrian est proposé dans un grand format (289 x 368 mm) augmenté de plus de quarante pages de recherches, croquis, storyboard, éléments de scénario, photos, qui plongent le lecteur dans l’univers délicat de deux auteurs inspirés.

Jean-Philippe Peyraud et Antonio Lapone – La fleur dans l’atelier de Mondrian – Glénat


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