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La BD du jour : L’écorce des choses de Cécile Bidault (Warum)

L’enfance reste ce moment magique de partages et de découvertes autour de parents émerveillés des progrès constatés chaque jour par leur nouveau-né. L’apprentissage du langage fait partie des premières étapes de la vie du jeune enfant, un apprentissage qui passe par l’écoute et la tentative de reproduction des sons. Mais lorsque la surdité vient frapper, tout peut s’effondrer et remettre en cause ce schéma naturel. L’écorce des choses aborde la surdité d’une jeune fille en des temps où la langue des signes n’avait pas encore la reconnaissance qui est la sienne aujourd’hui. Un album simple mais précieux.

Une voiture roule au ralenti sur un chemin de terre entouré de part et d’autre d’une épaisse forêt. À l’arrière du véhicule une jeune fille regarde défiler un paysage devenu bien monotone avec le temps. Son ennui se voit brisé peu avant d’arriver à destination par un chat qui s’enfonce dans la forêt et capte son attention. Si elle est dans cette voiture c’est que ses parents ont décidés il y a peu de déménager pour venir s’installer à la campagne, peut-être pour lui offrir un environnement plus apaisé et plus protecteur. Car la fillette, âgée d’à peine neuf ans, possède un handicap de taille. Sourde profonde elle ne perçoit pas distinctement les voix de ses parents qui se perdent dans une masse de sons épars qu’elle ne peut interpréter.

La maison qu’ils occuperont est celle dans laquelle a vécu la famille du père. Si son charme est un peu daté, elle possède deux énormes avantages. Le premier c’est cet arbre majestueux qui s’élève à proximité de l’habitation et qui, même s’il cache en partie la vue de deux chambres à l’étage, deviendra un formidable terrain de jeu pour la fillette dans lequel elle construira une cabane qui lui servira à cacher tout un tas d’objets hétéroclites récupérés çà et là devenus véritables trésors. Le deuxième avantage de cette ancienne bâtisse c’est qu’elle possède, comme pas mal de vieilles maisons, un grenier où sont amoncelés depuis des décennies tout un tas de vieux objets. Des malles en bois, des tissus magnifiques, des chapeaux de dames chargés de plumes et bien d’autres choses qui émerveillent la fillette. Dans cet environnement « préservé » la jeune fille devra pourtant reconstruire un nid douillet, fait de repères rassurants qui lui permettront d’occulter son handicap. Mais, entouré d’une mère un brin dépassé par la situation, d’un père absent au fil des saisons, le plus dur reste à faire…

Jeune illustratrice, Cécile Bidault a travaillé L’écorce des choses pour son projet de fin d’étude. Pour cet album elle se place dans la situation de la petite fille coupée des sons du monde extérieur pour tenter de percevoir et de faire prendre conscience du handicap qui la frappe. Pour cela, et hormis quelques mots qui posent le contexte en début d’album, elle propose un récit entièrement muet. Dans ce contexte le récit aurait très vite pu virer au pathos. Pourtant c’est exactement l’inverse. Car la jeune fille va très vite s’approprier l’espace qui l’entoure, un environnement fait des merveilles d’une nature protégée. Elle fera aussi la rencontre d’un jeune garçon de son âge avec qui elle déambulera sur les chemins et dans la forêt en quêtes de mirifiques aventures. Un équilibre délicat va pourtant s’installer dans cette famille venue pour se rapprocher. Les disputes entre les deux parents se font de plus en plus violentes. Même si la jeune fille perçoit les changements dans l’attitude de sa mère, elle ne mesure pas ce qui se joue réellement sous ses yeux. Un récit qui se veut positif sur le handicap mais qui ne l’occulte pas. Le dessin proposé, d’une poésie virant parfois à l’onirisme capte la magie d’instants fragiles. Il laisse voir, par moments, des pleines ou doubles planches d’une densité remarquable, qui ne virent jamais dans la démonstration mais donne sens à une histoire attachante et poignante d’une petite fille qui n’a pas perdu cette faculté à s’émerveiller. A noter, en fin d’album un petit historique présentant la langue des signes et la difficulté à la faire passer dans la loi comme langue à part entière pouvant être enseignée aux enfants sourds. Un travail remarquable pour un premier projet.

Cécile Bidault – L’écorce des choses – Warum


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