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La BD du jour : Biribi de Sylvain Ricard et Olivier Thomas

Sylvain Ricard et Olivier Thomas ouvrent pour nous la nouvelle collection « La Grande évasion » initiée par David Chauvel pour Delcourt. La vision des pénitenciers militaires français dans l’empire colonial d’Afrique du nord…

 

Comme beaucoup d’éditeurs depuis quelques mois, Delcourt lance des séries articulées autour d’un thème, fort et fédérateur, composées de plusieurs volets confiés à des scénaristes et dessinateurs différents. Le but affiché est de valoriser l’apport de chacun, multiplier les angles de vues et proposer des albums qui se suivent sur une régularité impossible à tenir par les séries classiques. L’éditeur a donc développé l’idée de confier à des auteurs déjà confirmés (Sylvain Ricard, Kris, Mathieu Gabella, Serge Lehman…) le soin de travailler autour du concept de l’évasion. Mais pas n’importe quelles évasions, celles qui paraissent aux yeux de l’histoire ou de l’imaginaire collectif comme impossibles.  

Le premier à se lancer dans cet exercice n’est autre que Sylvain Ricard pour qui le thème de la prison n’est pas une inconnue totale (il est l’auteur cette année chez Futuropolis de 20 ans ferme). Nous sommes à la fin du XIXème siècle dans l’empire colonial français d’Afrique du Nord, plus précisément au Maroc. Deux prisonniers escortés de près par des gardes arrivent dans un camp situé près d’Azrou. Pour la petite histoire, ce type de camps, nommés Biribi – titre de l’album – étaient destinés à accueillir des condamnés militaires, principalement dans des cas d’insubordination. L’un des deux hommes à rejoindre le camp isolé en plein désert se nomme, Ange Lucciani, forte tête qui va essayer de résister aux humiliations et à la politique de dureté du camp. Il payera cher son désir de rébellion envers ce système oppressant. Condamnés à mourir de manière plus ou moins rapide – les travaux forcés sous un soleil de plomb, conjugués avec la rudesse des geôliers devenaient vite aussi efficaces que le peloton d’exécution – les hommes du camp de Biribi n’ont que deux alternatives, s’éteindre à petit feu ou bien tenter l’impossible évasion. Ange Lucciani optera pour le deuxième choix…

Nous retrouvons au travers de cet album les priorités et les centres d’intérêts de Sylvain Ricard, à savoir les sujets peu connus ou méconnus de nous qui interrogent sur des points cruciaux tel le respect des droits de l’homme. Cet album pose donc des questions sur la dureté du système carcéral militaire, sur la capacité à s’opposer aux évidences, sur l’amour propre à préserver coûte que coûte pour ne plus être dépossédé de ses facultés de jugements et ne pas devenir qu’un simple corps battu offert aux rayons destructeurs d’un soleil de plomb qui assèche jusqu’aux esprits les plus rebelles.

Le dessin d’Olivier Thomas excelle dans la mise en évidence des souffrances des hommes sur lesquels les tortures les plus dures vont jusqu’à déformer les corps. Les expressions, de l’espoir à la résignation en passant par la colère trouvent sous son trait un terrain propice capable de soutenir un scénario qui ne cache rien. Pour ne pas/plus oublier cette prédisposition des hommes à la cruauté la plus farouche…

Sylvain Ricard & Olivier Thomas – Biribi – Delcourt – 2012 – 14,95 euros


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