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La BD du jour : Le Dernier arpenteur des sables de Jay Hosler

Quel est le point commun entre un charançon, un doryphore, une luciole et un scarabée ? Inutile de chercher sur le ouèbe je vous donne la réponse de ce pas : ce sont tous des coléoptères. Dans Le Dernier arpenteur des sables Jay Hosler se livre à un exercice de style plutôt réussi dans lequel il place ses héros, coléoptères, au cœur d’une société repliée sur elle-même. Dans cette société les scientifiques délurés sont vite mis à l’écart des hautes sphères, car leur pouvoir de nuisance semble incompatible avec le souhait de maintenir la population dans une ignorance qui permet l’asservissement…

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Le Dernier arpenteur des sables

Le Dernier arpenteur des sables de Hosler – Cambourakis (2015)

Ce récit débute par la première page d’un journal de voyage rédigé par Lucy, une jeune scientifique qui entend bien démontrer l’existence d’autres formes de vie dans l’entourage de New Coleopolis où elle réside. Pour tout dire cette expédition n’est pas la bienvenue au sein d’une société qui peine à se reconstruire, moralement, de l’incident cataclysmique occasionné mille ans plus tôt par la tombée de noix de coco sur la cité édifiée à grand-peine par les anciens. Pour saisir ce qui se passe ici, il convient de préciser certains éléments dont le premier, et le plus important, est que Lucy est un coléoptère, qui comme chacun sait, est un insecte à ailes dures de type scarabée, bousier, coccinelle… Deuxième élément notable, son expédition n’est pas franchement bien vue par la communauté scientifique qui, pour des raisons qui pourraient paraitre obscures, s’inscrit dans la droite ligne d’un régime qui prône le repliement sur soi comme un idéal de vie. Lucy, elle, ne souscrit pas à ce schéma ce qui lui vaut la mise au ban du groupe de chercheurs auquel elle appartient. Aussi lorsqu’elle quitte New Coleopolis en ce 15 février 1002, autant dire qu’elle n’est pas saluée par un parterre de petits scarabées émerveillés par l’aventure qu’elle s’apprête à vivre loin de la nouvelle ville bénit des dieux. Non rien de cela. Bien au contraire elle note sans surprise que son expédition avait une allure spectrale en quittant la ville dans la brume matinale. Une impression bien vite dissipée par les premières découvertes qui viennent titiller ses antennes. Car, à l’approche de Old Coleopolis, la cité détruite des ancêtres, la jeune coléoptère découvre contre toute attente que des pans entiers de la ville n’ont pas été ensevelis sous la terre. Accompagnée de Raef, du professeur Bombardier, de Mossy et du professeur Owen, observateur à la solde du régime, Lucy parvient ensuite très vite au désert de sable. Et la première pate qu’elle pose sur la surface chaude de ce nouveau terrain d’observation va lui faire littéralement frissonner les élytres. Car oui, elle l’avoue sans fard, ce nouvel environnement qui aurait pu faire naitre en elle la peur de l’inconnu, va au contraire la propulser dans la confirmation de cette soif de savoir. Un peu comme si elle parvenait enfin à affirmer sa personnalité profonde, loin de cette société repliée sur elle-même. Les premières observations menées sur l’organisme même des jeunes scarabées, et sur les formes de vie bizarres aperçues par accident au détour d’un chemin vont lui permettre de prendre des notes circonstanciées sur sa théorie de départ : il existe bel et bien d’autres formes de vie que celles présentent au sein de l’oasis protégé de New Coleopolis…      
Pour comprendre le travail de dessinateur de Jay Hosler il est essentiel de savoir que ce sympathique américain est entomologiste de profession et enseignant en biologie. Mêler sa passion pour les petites bêbêtes et son amour du dessin a donné lieu à plusieurs projets de vulgarisation scientifique plutôt remarqués outre-Atlantique. En 2000, il propose ainsi un album sur le thème des abeilles puis, trois ans plus tard, un récit surréaliste entre Darwin et un acarien qui le prend pour un dieu qui lui vaut une nomination aux prestigieux Eisner Awards. Dans Le Dernier arpenteur des sables, premier projet de cet auteur édité en France, Jay Hosler démontre tout l’intérêt de mêler science et illustration. Tout du moins quand la fiction autour des paisibles insectes se double d’une rigueur scientifique à toute épreuve qui passe notamment par des notes explicatives et souvent amusantes placées en fin d’album. Ici le lecteur se voit ainsi happé par le côté ludique du récit et l’envie non seulement de suivre le destin de Lucie et de son amusante troupe, mais aussi par la soif d’en apprendre un peu plus sur ces insectes que l’on croise parfois dans nos jardins, lors de promenades en forêt ou à travers champ. Le sens de la narration, le découpage en chapitres qui permet de multiplier les contextes en gardant un rythme qui convient au médium et un dessin habile et précis font du Dernier arpenteur des sables un album incontournable. Si on ajoute à cela une critique fort judicieuse d’un certain type d’obscurantisme qui gangrène de plus en plus nos sociétés, on aura compris que cet album se doit de figurer sur notre table de chevet !

Jay Hosler –  Le Dernier arpenteur des sables – Cambourakis – 2015 – 22 euros


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