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La Garden Party et autres réjouissances

Katherine Mansfield mise à l’honneur par Thierry Bouüaert. Tel est le point de départ de cette nouvelle rubrique entièrement consacrée au 9ème art. Le travail de l’auteur belge sur le texte de la nouvelle « La Garden Party », prolonge le plaisir que nous avons eu à relire Mansfield. Une vision certes pas des plus réjouissantes de notre société mais faut-il pour autant se voiler la face ? Nous aborderons aussi dans ce premier rendez-vous la nouvelle série de Corbeyran et Espé, Château Bordeaux (Glénat), une sombre histoire familiale dans le domaine du vin… de quoi nous délecter. Enfin nous présenterons le travail magique de Thierry Bellefroid et Joe G. Pinelli qui livrent avec Féroces tropiques (Dupuis) une œuvre d’une poésie rare sur les errances d’un peintre allemand dans les tourbillons de la première guerre mondiale…

Katherine Mansfield (Beauchamp de son vrai nom) aura marqué son époque. Ecrivaine et poétesse néo-zélandaise, elle débarque en Europe alors qu’elle n’est qu’adolescente, en 1903, pour étudier au Queen’s College de Londres. Elle publie très vite ses premiers textes. Après un retour bref à Wellington, elle revient à Londres avec le soutien financier de son père. Elle consacre dès lors tout son temps à l’écriture. Atteinte de la tuberculose, elle s’installe à Bandol puis à Montana en Suisse où elle publie ses derniers textes. Elle meurt à 34 ans sans avoir pu écrire le roman qu’elle souhaitait livrer. Destin tragique de cette femme qui a côtoyé toute la scène littéraire de son époque, dont D.H Lawrence et Virginia Woolf.

C’est à partir de la nouvelle La Garden Party, du recueil éponyme de Katherine Mansfield, que le dessinateur belge Thierry Bouüaert livre un vibrant hommage à cette femme de lettres qui a influencé nombre de générations après elle.Cliquez pour agrandir Concrètement le dessinateur a travaillé de façon quasi obsessionnelle sur le texte de la Garden Party, sans avoir recours aux traductions existantes pour s’imprégner au plus près de l’œuvre et de son auteur. En se plongeant dans l’étude minutieuse du texte, en le confrontant aux correspondances de Katherine, à sa vie et à l’époque dans laquelle elle a évolué, Thierry Bouüaert livre un album d’une densité émotionnelle rare. Pour autant, Thierry Bouüaert ne souhaitait pas seulement transcrire le texte ligne à ligne, il en propose donc une adaptation libre, replacée à notre époque, plus précisément dans le monde de la crise boursière et immobilière de 2008. Par cela l’auteur entend nous livrer sa vision d’une société qui s’éventre littéralement pour séparer en deux les nantis du système du reste de la population. Un monde où l’incompréhension grandi sans cesse au même rythme que les injustices sociales. Concrètement l’album s’ouvre sur un homme qui téléphone au volant de sa voiture. Visiblement celui-ci conçoit difficilement d’avoir été mal informé par son conseiller bancaire de la nature du crédit révisable de son appartement. Le salaire du jeune homme ne peut suivre l’inflation exponentielle des mensualités à honorer. Irrité, énervé par ce qu’il juge être une injustice, il ne voit pas qu’il quitte la route et fonce droit sur un arbre… Autre lieu, même époque : la jeune Laura se voit confier par sa mère l’organisation de la fameuse garden-party annuelle qui se déroule dans le jardin de la vaste propriété dans laquelle elle vit. La jeune adolescente veille au bon déroulement des choses et notamment à l’installation du chapiteau, fait un tour en cuisine pour superviser les choses, répond par téléphone aux invités… Tout se passe pour le mieux jusqu’à ce qu’elle apprend la mort d’un de leur voisin dans un accident de voiture, celui-là même qui ouvre l’album. Dès lors la jeune adolescente navigue dans un océan de remords et de questionnements, doit-elle, malgré tout, poursuivre l’organisation des réjouissances ou bien doit-elle, en mémoire et en respect de la mort de leur voisin, tout arrêter ? Pour l’entourage de l’adolescente cela va sans dire, la réception ne peut être reportée, même par respect pour la famille de la victime : Ces gens-là n’attendent aucun sacrifice de notre part. Et ce n’est pas très sympathique de ta part de vouloir gâcher la fête de tout le monde, lui dira sa mère. L’adolescente se trouve ainsi au milieu d’un malaise qu’elle ne peut endiguer et se résignera à la volonté de ses proches. Une fois la fête achevée, Laura ira, sur les conseils de sa mère, porter un panier de victuailles à la famille endeuillée, pour lui signifier toute sa sympathie… Basculement dans un autre monde.

L’adaptation de Thierry Bouüaert entend démontrer que le fossé qui sépare la société en deux n’a jamais disparu, pire qu’il s’est creusé au fil des ans créant une société à deux vitesse, cadencé par les malaises qui touchent le plus grand nombre tandis qu’une minorité semble épargnée et détachée du monde. Au milieu de tout cela la jeune Laura peut symboliser la conscience, l’espérance aussi que le monde peut encore changer. Mais, absorbée dans la vague, elle ne peut se faire entendre. Ainsi lui arrive en pleine face la fragilité de l’existence, le mépris, la violence des sentiments, les regrets, la cruauté des adultes et leur apparente indifférence aux tragédies qui les entourent. Sortira-t-elle renforcée de cette expérience ? si nous sommes optimistes nous sommes en droit de le penser, pourtant il semble bien que la faille soit trop profonde, trop creusée pour qu’une quelconque conscience puisse inverser le mécanisme. Pris dans un maelstrom d’incompréhensions, un retour normalisé semble plus qu’utopique, un rêve inatteignable…

Les personnages de Thierry Bouüaert semblent déposés dans un décor immuable, intemporel. Ils agissent par interactions plus que par réflexion personnelle. Cela en révèle toute leur fragilité. Le dessin se fait poésie lorsqu’il met en scène Katherine Mansfield dans de magnifiques scènes sépia… En jouant sur les climats et en livrant sa propre perception de l’œuvre de l’auteure néo-zélandaise, Thierry Bouüaert livre un album d’une puissance remarquable.

Thierry Bouüaert – La Garden Party – Quadrants – 2011 – 19 euros

 

Interview de Thierry Bouüaert

 

Comment est né ce projet et comment êtes-vous entré dans l’univers de Kate Mansfield ?
J’ai découvert Katherine Mansfield début des années ’90, et j’ai immédiatement été séduit par le fond et la forme de ses textes. Un subtil mélange de romantisme, de réalisme et d’ironie, un goût du beau, une finesse féminine désarmante, un humour redoutable, une maturité impressionnante malgré sa jeunesse, je n’en finirais pas d’en faire l’éloge. L’utilisation du monologue intérieur, que j’affectionne, a probablement contribué aussi à ce que j’en tombe littérairement amoureux.
J’ai eu envie d’adapter au moins un de ses textes très vite, mais je ne m’en suis pas senti assez capable techniquement avant 2006, époque à laquelle j’ai commencé doucement à me documenter. Après avoir préféré « La garden party » parce que le récit abordait à la foi les relations interpersonnelles, la fin de la candeur adolescente et les fossés sociaux intemporels issus de notre modèle de société, il m’a fallu définir comment aborder cette nouvelle d’un point de vue personnel. Je ne me voyais aucun intérêt à adapter à la virgule près cette oeuvre, mais bien celui de démontrer son caractère presque immuable. Le choix ardu de la traduction a compliqué les choses. J’étais cependant convaincu que c’était le seul moyen de ne pas subir l’influence des traducteurs successifs ayant oeuvrés sur les nouvelles de l’auteure Néo-zélandaise. Dévorant ses lettres, m’instruisant de son parcours de vie, son époque, ses fréquentations, je suis arrivé peu à peu à je pense saisir une petite part de sa pensée, si tant est que la chose puisse être imaginable.

Il n’est pas toujours simple d’adapter un récit. Le risque peut-être de coller trop au texte et donc de proposer quelque chose qui manque de relief, à l’inverse le risque peut-être de trop se détacher de l’œuvre originale et de lui manquer de respect. Qu’elles ont été pour vous les options à prendre pour trouver le juste équilibre ?
J’ai en partie répondu à cette question mais créer à proprement parler un équilibre entre le texte original et mon adaptation ne m’a jamais, de mon souvenir, effleuré l’esprit. J’ai abordé cette création un peu comme je sculpterais progressivement un morceau de bois, en ayant bien une idée de départ, mais ignorant l’aspect définitif du résultat. Au fur et à mesure, je me suis imposé des critères, comme le rythme narratif volontairement lent, ou l’intervention de la nouvelliste sur certains points qui m’ont toujours fait penser à sa propre histoire.

Vous avez souhaité transposer cette nouvelle de l’auteure néo-zélandaise à notre époque. Pouvez-vous expliquer ce choix ? Etait-ce un moyen de démontrer en un certain sens l’intemporalité de son œuvre ?
Certainement. La fin de l’enfance est un événement que chaque génération va vivre à son tour, à sa manière, en fonction du contexte historique. Cependant, les mêmes grands thèmes en constitueront toujours le terreau. L’inégalité sociale et culturelle est un des aspects majeurs de notre société contemporaine. Observant depuis une vingtaine d’années le « détricotage » des acquis sociaux, la paupérisation des certains métiers et l’affaiblissement de la classe moyenne, la prise du pouvoir de l’économiste sur l’entrepreneur, le tout à la spéculation, la diversification du secteur bancaire, l’arrivée de la crise financière de 2008 ne fut pas une énorme surprise, même pour l’esprit profane. Si il y a d’importantes nuances à faire, je n’ai pu m’empêcher de faire un petit parallèle avec la fin de la première guerre mondiale, les glorieuses années vingt (la nouvelle a été écrite en 1922) et le crash boursier de 1928.

Kate Mansfield était considérée comme une grande observatrice de son époque qu’elle retranscrivait dans ses écrits. Etes-vous, comme elle, attentif à ce qui se passe actuellement ?
Je suis modestement attentif à l’actualité, même si je reste un observateur émotionnel et non-scientifique de mon époque. Le prisme à travers lequel je restitue mes observations est forcément tronqué et orienté en fonction de ce qui me « tarabuste ». J’ai pris conscience qu’il m’était impossible de rester passif face à certains faits qui me heurtent profondément, et que par extension je m’étais passionné pour l’information en général.

Vous prenez certaines libertés (outre la transposition du récit à notre époque) avec le texte de Mansfield, je pense notamment à la partie – essentielle dans votre adaptation – de la réception elle-même. Cette partie n’est pas évoquée dans le récit de Kate Mansfield. N’aviez-vous pas peur en présentant ces bourgeois/actionnaires/entrepreneurs déblatérant sur la bourse, la valeur travail… que votre récit soit considéré uniquement sous son aspect politique et social ?
Je suis intéressé par toutes les perceptions que les lecteurs voudront donner à cette transposition. A presque chaque analyse, j’en apprends toujours un peu plus sur moi-même et sur les améliorations que je peux apporter à ma méthode de travail. C’est très précieux.
Je crois que ce récit a gardé plusieurs niveaux de lectures chers à miss Mansfield, et qu’en fonction de chacun, le choix d’interprétation des intentions reste ouvert.
Cela dit, certains dialogues de cette séquence proviennent directement de mes souvenirs. J’ai fréquenté professionnellement et à titre privé des garden party (pas sûr que je sois encore invité une fois cette interview diffusée, haha) où j’ai pu apprécier certaines réflexions, certains comportements émanant de quelques convives. Katherine Mansfield, notamment dans ses nombreux courriers, évoquait à l’occasion le malaise qu’elle pouvait éprouver lorsqu’elle observait des injustices de classe, des différences de traitement, les incompréhensions culturelles entre nantis et autres. Généraliser serait caricaturer, évidemment, mais nier serait mentir.
En définitive, j’ai eu envie de parler de la fin de l’enfance comme je parlerais de la fin de l’inconscience collective.

D’un point de vue graphique, il y a un décalage entre le décor et vos personnages qui semblent posés/collés dans celui-ci. Pourquoi avoir fait ce choix ? Etait-ce pour vous un moyen d’évoquer l’intemporalité du récit puisque finalement quelle que soit l’époque on constate que les comportements humains changent peu ?
C’est à dire que j’ai souhaité souligner par le truchement de cet artifice graphique la fragilité de l’homme par rapport à l’environnement qu’il a voulu pour lui-même. L’humanité a beau vouloir améliorer et rendre plus confortable son environnement, chaque choix entraîne immanquablement des conséquences qui pourront constituer pour certains un inconfort imprévu, un nouveau danger. C’est la raison pour laquelle j’ai dessiné les décors à l’encre, et que les personnages ont été traités au crayon et lavis. Cette vibration, si elle figure une certaine faiblesse illustre aussi bien entendu l’existence temporaire d’une personnalité, d’un individu sur les décors immuables représentatifs de notre société moderne. L’allure collage vient du détourage sur photoshop des éléments soumis à la mise en couleurs.

Vous mettez en scène, au début et à la fin de votre album, Kate Mansfield. Etait-ce important de la faire figurer dans le récit ?
Oui, car en puisant dans ses propres souvenirs, l’auteure m’a donné envie de l’imaginer offrant un legs émotionnel et culturel à ses enfants de papier (ici Laura Beauchamp – Laura Sheridan dans le texte original). Katherine Mansfield n’a pas pu avoir d’enfant. J’ai lui ai imaginé, donnant à Laura le véritable nom de famille de K.M., une descendance qui ne mourrait jamais, continuant à vivre à chaque relecture de ses oeuvres.
Les biographes ne s’accordent pas vraiment sur le fait qu’elle ai pu évoquer sa propre existence à travers ses publications, il n’en demeure pas moins qu’elle en a manifestement été inspirée. Ces étapes-souvenir incrustées en sépia dans la bande dessinée sont donc clairement des référents à sa propre existence.

La Garden Party est-elle une vision pessimiste ou réaliste de la société actuelle ?
Je conçois le pessimisme comme un point de vue possible sur le futur. Même si mon adaptation, par certains aspects, pourrait être taxée de manichéisme, il serait aveugle de ne pas l’observer: nous vivons dans un système d’exploitation de l’homme par l’homme, et l’idée d’équité et de collectivité, si elle est inscrite dans la plupart des constitutions démocratiques, reste régulièrement un vœu pieu dans divers champs d’application, quand elle n’est pas tout bonnement remise en question par le législateur. L’abîme sans cesse grandissante entre les cercles de pouvoir et le reste de la population, à l’image de la distance entre Davos et Porto Allegre, illustre cette différence.

Pour aller plus loin : Les éditions Actes Sud vont publier début juin, Katherine Mansfield dans la lumière du Sud de Gisèle Bienne, un récit biographique sur les dernières années de la vie de l’auteure néo-zélandaise. Nous y reviendrons dans notre rubrique « Dans la jazzosphère ».

 

 

La nouvelle série que nous proposent Espé et Corbeyran a été initiée par Jacques Glénat lui-même. Grand amateur de vin, l’éditeur a suggéré au scénariste de travailler sur une nouvelle série qui mêlerait une intrigue et un suspense fort à la découverte d’une région et d’une façon de travailler le terroir. Cela donne Château Bordeaux. Pour cette série le scénariste a parcouru le vignoble bordelais, est allé à la rencontre des vignerons, maîtres de chai, œnologues, il s’est imprégné ainsi d’un contexte, d’une façon de concevoir le vin au cours d’une année, avec les problèmes inhérents à tout travail de la terre. De toutes ces recherches préparatoires, de cette macération, il en a tiré un cru remarquable… L’intrigue nait de la mort de René Baudricourt, exploitant du domaine de Chêne Courbe. Si le domaine a jadis occupé les fleurons de la scène bordelaise, il ne jouit plus de la côte que le temps lui a donné. La mort de celui qui l’a porté toute sa vie durant n’aurait dû que précipiter la chute de cette institution. Et pourtant…

Les trois descendants Baudricourt, Charles, François et Alexandra se retrouvent pour les funérailles de leur père. Si les deux premiers sont convaincus de vendre le domaine qui croule sous les dettes sans espoir de remonter la pente, la jeune Alexandra, récemment revenu des Etats-Unis où elle réside depuis quinze ans, ne l’entend pas de la même oreille. Les enjeux sont immenses pour la famille. Les deux frères souhaitent récupérer au plus vite leurs billes, au contraire de leur sœur qui essaye de comprendre ce qui a pu précipiter le domaine dans une telle situation. Par mémoire pour son père et pour essayer de rattraper le temps qui lui file entre les mains elle va prendre une décision lourde de conséquences : reprendre à son compte le domaine et essayer de lui redonner son lustre d’antan.

Un manuscrit oublié dans un bureau et dans lequel manque un chapitre, une belle sœur plantureuse et glaciale prête à tout pour toucher l’héritage qui revient à son époux, la réapparition d’un ami d’enfance, Patrick Dorgemont, qui lui rappelle un temps à jamais révolu, une vente aux enchères au cours de laquelle un mystérieux acheteur rachète de vieilles bouteilles pour un prix astronomique, permettant de redresser pour un temps les comptes de Chêne Courbe, tels sont les ingrédients qui tiennent en haleine le lecteur… Le premier tome de cette série, d’une efficacité redoutable, laisse entrevoir un cycle riche en perspectives et au suspense digne des grandes sagas familiales. Une réussite !

Corbeyran/Espé – Château Bordeaux – T1 : Le Domaine – Glénat – 2011 – 13, 50 euros

 

Un homme sillonne la mer sur une petite embarcation. A la barre, il prend le temps de dessiner sur une toile : La peinture c’est comme la mer : couleur, mouvement, mystère. J’ignore si je préfère le pinceau ou la barre.  L’album de Joe G. Pinelli (dessin) et Thierry Bellefroid (scénario) part de là. Il instaure ainsi, dès les premiers instants, un climat mystérieux. Qui est l’homme ? D’où vient-il ? Quelle est sa destination ? Autant de questions qui trouveront des réponses au fil du récit. L’homme c’est Heinz, peintre officiel du Kaisern Augusta embarqué pour peindre les hommes de bord, leur mission et leur voyage jusqu’en Papouasie. Nous sommes en 1913, période durant laquelle les arts exhortent leur envie de s’épanouir dans des chemins de traverse non encore empruntés. L’Europe voit naitre (et presque aussitôt disparaître)  le fauvisme,  l’expressionnisme, qui appelle les émotions enfouies en chacun de nous… Si la recherche du beau, d’une esthétique poursuit le peintre, celui-ci est raillé par les marins qu’il accompagne. Incompris, il croit deviner quant à lui ce qui se cache au fond de chacun d’eux, les germes d’un eugénisme qui s’exprimera moins d’un quart de siècle plus tard. Accostant sur les côtes de Papouasie, cette terre coloniale conquise en 1884, le peintre croit deviner les dessins véritables de cette expédition. Le navire allemand se dirige vers les côtes septentrionales, mais tout ne se passe pas comme prévu, des hommes seront capturés, dont Heinz. Là auprès des « sauvages » il prendra conscience de la violence de l’homme alors qu’il est entouré d’êtres « purs » ne connaissant pas la perversion. Il réchappera de cet épisode et prendra pour femme une jeune indigène. Quelques temps plus tard il sera « retrouvé » par une mission néerlandaise et retournera en Europe, promu lieutenant. Il prendra alors conscience, dans les tranchées, de l’effroyable barbarie humaine, lui qui a pourtant connu le visage de ceux que l’on nomme « sauvages ». Retour sur les terres lointaines, un voyage avec temps de retard sur Gauguin, quelles couleurs travailler ? Le parcours de Heinz peut s’apparenter à une traversée dans les affres de l’inconscience humaine, dans ce qu’elle a de plus aliénant. Loin de toute structure/réflexion elle se décompose.

Avec Féroces tropiques Joe G. Pinelli et Thierry Bellefroid lancent un message, celui qui doit pousser chacun de nous à essayer de comprendre l’autre mais aussi le monde déliquescent dans lequel nous pourrions immanquablement nous perdre. Un message de vie et d’espoir.  

Féroces tropiques par Bellefroid (Thierry) Joe G. PINELLI © Dupuis 2011

 Joe G. Pinelli et Thierry Bellefroid – Féroces tropiques – Dupuis – 2011 – 15, 95 euros


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