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Les BD du Samedi : 20000 lieues sous les mers de Gianni (Mosquito) et HMS Beagle de Grolleau et Royer (Dargaud)

Le samedi c’est désormais deux albums sur lesquels nous portons notre attention. Deux livres qui font l’actualité, deux conseils de lecture, dans une diversité de genre et de format, pour aiguiser la curiosité de chacun, en complément des trois titres présentés le mercredi !

Gary Gianni n’est peut-être pas, en France, le plus connu des auteurs américains. Certains spécialistes de Hellboy se souviendront de sa participation remarquée à Wake de Devil, au milieu des années 90 dans lequel il livre « Silent as the grave », une histoire qui va lui assurer un vrai coup de projecteur. Il écrit et dessine ensuite, le récit court « Heroes » dans Batman : Black & White n°4, en 1997 qui lui vaut un Eisner Award. Plus près de nous, en 2017, Mosquito édite de lui le recueil séduisant de nouvelles Corpus monstrum, autour des œuvres de quelques grands auteurs de la littérature classique fantastique (Poe, Burroughs, Hogdson, Howard et H.P. Lovecraft). Il nous revient cette année avec une adaptation personnelle du mythique 20 000 lieues sous les mers de Verne.

L’exercice de style de la relecture d’une telle œuvre du patrimoine n’est pas évident sur le papier. Il faut d’abord respecter les intentions et l’atmosphère de l’univers créé pour se l’approprier ensuite en proposant une touche personnelle issue de la fantasmagorie, de l’imaginaire puisé de la lecture fine du roman original. A ce petit jeu-là Gary Gianni excelle. Il parvient, en seulement 44 planches, à revisiter l’une des œuvres fondatrices du fantastique français. En balayant en deux planches l’ouverture du roman le dessinateur décide d’axer clairement son propos sur cette relation-« confrontation » entre le capitaine Nemo et Pierre Aronnax. Pour éviter les longueurs Gianni se sert habilement du dessin pour offrir sur quelques cases ou sur de pleines pages singulières les informations servies par Jules Verne en plusieurs dizaines de pages. Le rendu graphique de l’américain démontre qu’il a clairement lu la première version Hetzel de 20 000 lieues sous les mers avec les dessins d’Alphonse de Neuville et Édouard Riou à laquelle il rend hommage en flirtant avec la gravure par le biais d’étincelles vintage très classieuses. Un album d’esthète qui se dévore à plusieurs reprises pour être sûr de n’en rater aucun détail.
Gary Gianni – 20 000 lieues sous les mers – Mosquito—2018 

 

Ils nous avaient séduits avec Sur les ailes du monde, un récit sur la vie du peintre naturaliste Jean-Jacques Audubon, qui mettait en avant ce que le duo scénariste/dessinateur pouvait offrir de mieux par le mariage séduisant d’images saisissantes véritable hommage au naturaliste, et cette manière d’amener le récit avec, tout à la fois, cette distance qui donne sa magie à l’histoire contée, au travers des découvertes et de la luxuriance des paysages traversés, et de la rigueur historique nécessaire pour rendre crédible un projet d’une telle ampleur. Avec HMS Beagle Aux origines de Darwin Fabien Grolleau et Jérémie Royer décident de revisiter le premier livre offert à la science par Charles Darwin, Voyage d’un naturaliste autour du monde, publié trois ans après le retour du jeune chercheur en Angleterre.

Les deux auteurs reviennent sur les moments clefs du voyage de cinq ans du Beagle, navire sur lequel Darwin embarque en 1831 alors qu’il n’a que 22 ans, avec, étape par étape, toutes les découvertes du naturaliste, dont la première était, sans conteste, qu’il n’aimait pas les voyages en mer. D’ailleurs si la traversée de l’Atlantique était un préalable pour se rendre en Amérique du Sud où les hommes de Beagle devaient effectuer des relevés en longeant les côtes puis franchir le Cap Horn et revenir en doublant le cap de Bonne Espérance, Darwin, lui, restera un temps sur la terre ferme de ce pays où il découvrira bien des éléments qui nourriront ses futures réflexions sur l’évolution des espèces. Proche des théories de Lyell, pour qui la terre a été l’objet d’un long façonnage dans le temps, remettant en cause ce qu’enseigne la théologie et les idées portées par une part non négligeable du milieu scientifique de l’époque, Darwin découvrira, lors de son voyage en Patagonie, les restes fossilisés d’animaux gigantesques (dont le squelette d’un Megatherium) dont il s’interroge sur la nature de l’extinction. Mais c’est lors de son passage aux Galapagos que le jeune scientifique, aidé de Covington, qui devient son assistant, fera la découverte qui allait tout changé et nourrir la réflexion de sa théorie de l’origine des espèces. En étudiant des pinsons sur des îles éloignées de l’archipel, Darwin découvre qu’ils n’ont pas tous les mêmes caractéristiques physiques alors même qu’ils ont certainement une origine commune « Tout semble indiquer qu’ils sont différents aujourd’hui, parce qu’ils ont grandi de génération en génération dans des lieux différents ».

Au-delà de l’exploration des terres, de la collecte d’espèces inconnues, de la constitutions d’épais herbiers dont il envoyait les résultats et les échantillons en Angleterre à Cambridge, qui lui vaudront une reconnaissance à son retour, Fabien Grolleau et Jérémie Royer montrent un jeune homme qui n’est pas forcément dans le moule d’une époque, portant un regard différent sur les populations « indiennes » et faisant valoir sa répugnance pour les mauvais traitements infligés à ceux qui étaient considérés comme de simples esclaves à la solde de leurs maitres. Un récit d’une efficacité redoutable qui emporte son lecteur sans jamais le lâcher et invite même, cerise sur le gâteau, à parcourir les textes du chercheur et théoricien qu’il présente. Essentiel.
Fabien Grolleau et Jérémie Royer – HMS Beagle, Aux origines de Darwin – Dargaud – 2018


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