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4 cases en plus : Le Roy des Ribauds de Brugeas et Toulhoat – L’interview de Vincent Brugeas

Le Paris de la fin du douzième siècle offre aux visiteurs de passage un bien sombre panorama de la capitale économique d’un royaume encore fragile. Ses ruelles étroites et malodorantes dans lesquelles tapissent des gredins prêts à tout pour rafler quelques oboles aux égarés malgré eux voit la mort se régaler du contexte ambiant. Paris, partagé entre quelques clans belliqueux qui contrôlent la vie nocturne, dont les tavernes et les bouges notoires, n’offre pas de longues et paisibles carrières à ceux qui défient chaque jour la faucheuse. C’est ce Paris trouble et sous tension que nous dépeignent avec une incroyable force expressive Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat dans un récit qui met en avant le Roy des Ribauds, l’homme sensé apaiser les tensions et maintenir un semblant d’ordre dans une ville bariolée qui navigue entre enfers et purgatoire…  

Le Roy des Ribauds Une

Le scénario astucieux et dense du Roy des Ribauds n’est pas étranger au succès de cette jeune série, au moins autant que le dessin très expressif et dynamique proposé par Ronan Toulhoat. Vincent Brugeas en véritable orfèvre débute le second tome de ce thriller médiéval en éloignant les protagonistes principaux de ce récit – Philippe Auguste et Tristan dit Triste Sire – de Paris et de ses venelles sombres et malodorantes. De fait il redistribue les cartes de l’organisation de la ville « contrôlée » par des chefs de clans avides de pouvoir et d’argent. Dans l’interview que nous a accordée Vincent Brugeas nous revenons notamment sur la construction des personnages et sur la composition du cadre qui explore, dans cet opus, les sous-sols dévolus au monde caché, qu’il appelle, pour vous en donner une idée, la « proto-cour des miracles »… Riche programme…

 

Interview de Vincent Brugeas

Tu l’expliques dans les annexes du premier tome, mais peux-tu revenir sur l’origine de ce personnage qu’est le Roy des Ribauds ?
Son origine, je n’en sais rien ! Tout ce que je sais, c’est que la charge du Roy des Ribauds a été crée sous Philippe Auguste et qu’il était chargé de commander la garde personnelle de ce dernier. En plus de cela, il devait s’assurer que les couloirs du Louvres restaient vides pour la nuit. Il avait aussi la possibilité d’imposer un impôt aux tripots et aux bordels… bref, un office idéal pour devenir le premier parrain de l’Histoire ! En découvrant cette charge, j’ai tout de suite su qu’elle conviendrait parfaitement à un personnage haut en couleurs, après, il me fallait décider deux choses :

– L’époque exacte… après tout, l’existence de cette charge couvre une grande partie du Moyen-Âge, de Philippe Auguste à Louis XI… Alors, quel roi ? Quelle époque troublée ? J’ai choisi Philippe Auguste afin de faire du Triste Sire, le premier des Rois des Ribauds… l’homme pour qui la charge avait été créée !

– De quoi mettre ce personnage extrêmement puissant sous pression… très rapidement…

RDR1Avec cette série tu plonges dans la fin du XIIème siècle à Paris. Que connaissais-tu de cette époque et que permettait-elle en terme narratif ?
Philippe Auguste est un roi qui m’a toujours fasciné, alors j’avais lu quelques biographies sur lui. Alors oui, je connaissais déjà assez bien cette période, notamment les incessants conflits entre Philippe Auguste et ses adversaires Plantagenêts que certains historiens surnomment « la première guerre de cent ans ». Cette période, moins « punitive » que la seconde pour le Royaume de France, mais tout aussi intense, était un écrin de choix pour les aventures du Roy des Ribauds. Cela correspondait aussi au Moyen-Âge Classique, celui de Robin des Bois, Ivanhoé, des tournois de chevaliers, etc… une très bonne manière d’immerger immédiatement le lecteur.

Peut-on voir dans le Roy des Ribauds un parallèle avec l’excellente série Rome, notamment dans la manière de dépeindre une ville sombre et mal famée mais aussi reposant sur des jeux de pouvoirs et d’influences de la part des chefs de territoires ?
Rome est bien sûr une inspiration importante, presque autant que Games Of Throne. Cela colle aussi à mon envie d’une histoire moins officielle, moins « propre » et peut-être par certains aspects, plus réaliste.

Tu construits un récit fictionnel qui pioche pas mal d’éléments de l’histoire. Était-il essentiel pour toi de jouer sur les deux tableaux ? De crédibiliser ce qui se joue sous nos yeux tout en usant des libertés de la fiction ?
Plus qu’essentiel, c’est surtout un jeu qui m’amuse énormément, mêler la grande et la petite histoire, cela donne du corps à nos personnages et puis ça permet des Deus Ex machina fortement justifié !! C’est aussi une manière de rythmer différemment le récit, en faisant intervenir des éléments extérieurs, éviter que nos personnages ne luttent qu’entre-eux.

RDR2Tu donnes à voir Paris par ses ruelles sombres et mal fréquentées. L’atmosphère du récit passait-elle par cette sensation d’oppression ?
Tout à fait. J’avais d’ailleurs parlé de « grottes naturelles, avec des maisons presque organiques qui se penchent les unes vers les autres » à Ronan. Les ruelles du Moyen Âge sont une aubaine pour ce genre de récit. Dans le tome 1, la ville semble accompagner le Triste Sire, ajouter à son aura. Pour le tome 2, je souhaitais qu’elle devienne dangereuse pour lui aussi, que la sensation d’oppression qu’elle dégage s’applique aussi au Roy des Ribauds.

Paris reste un personnage à part entière. Pour contrebalancer le poids de la ville, qui se fait lourd au fil des pages, le rythme est essentiel, peux-tu nous en parler ?
Le rythme découle d’une envie fondamentale : mettre le Roy des Ribauds sont pression de manière continuelle. Le Triste Sire est en effet un personnage puissant qui pourrait facilement devenir ennuyeux. Il faut donc lui mettre la tête sous l’eau, voir comment il va pouvoir se sortir de situations apparemment sans issue.

Le dessin de Ronan, très atmosphérique, soutien parfaitement tes intentions. Comment as-tu travaillé concrètement avec Ronan sur les deux premiers volets de cette série ?
Avec Ronan, c’est le dixième livre que nous réalisons ensemble, et je ne parle même pas du nombre de pages !! Notre technique de travail est donc désormais bien rodé. Je lui envoie un descriptif très détaillé, écrit un peu comme une nouvelle, de chaque chapitre. L’idée est d’apporter le maximum d’informations à Ronan, sur le décor d’une scène, les intentions des personnages, leurs sentiments, bref, un ensemble dont peut-être seulement 50-60% sera réellement visible une fois la planche terminée. Ronan peut ainsi piocher parmi les éléments qui lui semble les plus importants pour les mettre spécialement en avant.
Et en amont, nous parlons énormément avec Ronan, des personnages, mais pas seulement. Depuis quelques temps, nous discutons souvent de la symbolique que nous tentons d’insérer dans nos histoires, le rôle clé d’un personnage, le basculement d’un autre, de ce que ça dit, etc… Cela permet parfois d’avoir un œil neuf sur une scène, de donner les clés pour la réaliser d’une manière particulière.

RDR3Tu as choisi de mettre le personnage de Saïf en avant dans ce second tome. L’idée est-elle d’apporter des informations complémentaires par un regard ou un angle différent à chaque fois ?
C’était l’objectif en effet, mais un objectif secondaire, qui peut évoluer en fonction du récit. Dans le tome 2, Saïf m’apparaissait comme l’interlocuteur évident avec la cour des miracles, de par ses origines étrangères. Dans le tome 3, un focus sur Michel sera aussi évidence, vu ce qui lui arrive dans ce tome 2 !

Le monde que tu dépeins est empreint de violence dans et en dehors des rues. Pour autant c’est dans la complexité des personnages, leur passé trouble, les double-jeux, les négociations permanentes que repose toute la sève du récit. Recherches-tu un équilibre permanent entre ces scènes d’actions pures qui décrivent la violence d’une époque et les moments plus posés qui nourrissent les futurs déroulés ?
Avec Ronan, nous avions une ambition secrète : faire le moins de scène d’action possible. Les réduire au minimum afin qu’elle gardent leur impact sur le lecteur. L’idée était alors de garder un état de tension permanent, de donner l’impression au lecteur que tout pouvait exploser, au moindre instant. Cela retranscrit aussi à merveille le caractère lunatique du Triste Sire. Donc en réalité, je recherche plutôt un déséquilibre, réduisant le plus possible les scènes d’actions, mais lorsqu’elles arrivent, ce doit alors être une véritable explosion de violence, très rapide, mais brutale.

Peux-tu nous parler de ce monde du dessous celui du grand-père de Sybille, qui donne à voir des planches véritablement « enivrées » et « enivrantes » de Ronan ?
Je décris ici une sorte de « proto-cour des miracles ». En effet, la Cour des miracles tel qu’on la connaît date plutôt du XVI-XVIIème siècle. Les premiers gitans n’apparaîtront en Europe qu’au XVème siècle. J’ai imaginé alors une sorte de cour royale inversée, un miroir déformant, un monde des proscrits, des difformes, des malades… Un monde encore plus étrange et en-dehors de la société que le Roy des Ribauds lui-même ! Et surtout, un monde dont il provient et qui recèle des informations importantes sur son passé…

Peux-tu nous révéler un petit scoop sur la suite de la série ?
Il y aura une suite ?? 🙂

RDR4

A suivre dans notre prochain article, le travail graphique de Ronan Toulhoat avec des dessins inédits, des extraits de storyboard, et les étapes de construction de chaque planche, étape par étape ! A ne pas rater…


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