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La BD du jour : Guirlanda de Mattoti et Kramsky chez Casterman

Dans le monde des Guirs, l’herbe est fraiche, haute et le vent vient la balayer d’une douce caresse. Les hommes et les femmes qui peuplent ce territoire respirent la zen attitude, et aiment à faire corps avec cette nature qui leur procure tant de bienfaits. Pourtant un jour, un évènement va venir bouleverser les habitudes des uns et des autres et remettre en question tout ce fragile équilibre…

Lorenzo Mattoti aura pris son temps pour sortir Guirlanda, pas nécessairement par la masse de travail à produire pour ce projet qui fait tout de même son épaisseur, mais en raison de tout un tas d’activités périphériques qui ont retardées le moment où l’auteur pouvait enfin détacher quelques mois pour parachever le travail amorcé. Il y a maintenant quatorze ans pour être précis que Mattoti et son scénariste Jerry Kramsky se sont retrouvés pour parler de Guirlanda, un récit qui serait tout à la fois poétique et empreint d’une naïveté relative et contrôlée. Les Guirs peuplent un monde étrange et naturel fait de longues étendues de prairies sur lesquelles poussent des hautes herbes et des arbres millénaires qu’un vent berce comme une caresse.

Plutôt oisifs et inoffensifs ils aiment à se rendre, en couple, à la crevasse, un lieu d’où s’échappent des fumées qui composent toute une scénographie d’images sensées définir ce que réserve le futur proche. Et le dernier flot de volute aperçu laisse perplexe le chamane même qui devine un changement profond à venir mais qui ne saurait dire « si c’est en bien ou en mal ». En ces jours particuliers Hippolyte est triste car sa femme Cochenille s’est éloignée sans rien dire. Il l’attend passif lorsque un museau fripé, gros écureuil à la face disgracieuse, lui indique l’avoir vu se diriger vers la lagune aux nids. Impossible pour Hyppolite, ce lieu étant réservé aux femmes allant accoucher… Le jeune Guir prend alors conscience de ce qui se passe est entreprend un long voyage vers le lieu sacré avant qu’elle ne mette au monde leur enfant. Chemin faisant, téméraire, il traversera un chemin interdit faisant planer sur les prairies verdoyantes de son peuple d’épaisses grisailles annonciatrices du pire à venir…

Pour créer le monde de Guirlanda Mattoti avoue être parti de dessins esquissés sur un carnet qui lui sert à développer des improvisations qui forment le terreau de ses futures créations. Il dessine ainsi des personnages, tout un bestiaire qui sera d’une richesse rare par la suite. Car le monde de Guirlanda repose sur un rêve à construire, qui laisse se développer des possibles sans véritables limites créatives. Ici le fameux bestiaire est composé de tricorne à longue cape, d’arbres qui marchent, de singes de la pluie, de zirbec, de museaux fripés, de papillons de lagune, de cocons de phalène chevaline, de génie tout droit sorti des eaux, d’oiseaux léopards, de limaces des marécages, d’oiseau du destin et de bien d’autres encore. Pour ce conte initiatique qui voit peser sur Hyppolite le sort de tout son peuple, les auteurs affichent des références à la mythologie mais aussi à pas mal de références assumées, à Moebius, à Masashi Tanaka et son dinosaure Gon, à L’Odyssée, L’Eneïde, au passage des mort par l’Achéron et à pas mal d’autres stimulateurs d’imaginaires. Certaines des séquences composées ici le sont dans une improvisation libre qui donne à voir une maitrise rare et sensible capable de porter le lecteur vers des pensées des plus oniriques. Un album à s’approprier.

Mattotti/Kramsky – Guirlanda – Casterman – 2017 – 35 euros


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