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La BD du jour : L’été en pente douce de Chauzy et Pelot (Fluide Glacial)

L’été sera chaud, c’est certain se disent les villageois regroupés au cimetière pour l’enterrement de la mère de Fane et de Mo lorsqu’ils découvrent la sulfureuse Lilas, habillée d’une robe moulante à souhait plutôt courte en-dessous des fesses. L’été en pente douce a été un film qui est entré dans l’histoire du cinéma français par le jeu de son trio d’acteurs Villeret, Bacri et Lafont. Mais avant d’être un film, cette histoire a été un roman. Roman retravaillé ici pour donner corps à une BD puissante de Chauzy !

La mère de Fane vient de mourir, tartinée sur la chaussée par un camion fou qui n’a pu maitriser sa trajectoire. Le fils revient donc sur les lieux de son enfance pour régler les formalités. Et pour tout dire cet accident tragique lui ouvre une possible seconde chance qu’il entend ne pas rater. A l’enterrement de la mère il arbore à ses bras Lilas, une jeune femme ultra-sexy qui détonne dans le décor ambiant. Les deux affichent un œil tuméfié glané dans une altercation avec l’ancien mec de la sulfureuse demoiselle. Fane sait qu’il devra s’occuper de Mo, son frère, qui a perdu une partie de ses facultés mentales il y a quelques années en jouant au soldat, mais semble aimer ce nouveau statut. A peine installé il reçoit la visite du frère et de la sœur Voke, issus d’une famille de garagistes qui a prospéré dans la région. Les deux souhaitent racheter la maison de la mère pour agrandir leur garage et en faire un des pôles immanquables du village, avec, en point d’orgue, l’ouverture d’un snack routier. Mais Fane ne semble pas vouloir céder à leurs avances et préfère s’installer durablement dans la région pour se lancer enfin dans l’écriture de romans policiers…

De L’été en pente douce beaucoup gardent en mémoire le film de Gérard Krawczyk avec, dans les rôles phares, Jacques Villeret dans une interprétation prodigieuse de Mo, Jean-Pierre Bacri dans le rôle de Fane et la troublante et superbe Pauline Lafont dans celui de Lilas. Mais le film ne serait rien sans le roman écrit par Pierre Pelot quelques années plus tôt. Adapter le roman en BD après la version sulfureuse devenue mythique du film peut dès lors surprendre. Chauzy s’est rapproché pour cela de l’auteur de l’histoire qui a retravaillé pour l’occasion le texte près de quarante ans après la première version. Ici, contrairement au livre et au film, le duo de garagistes André et Olivier Voke se construit autour d’un frère et d’une sœur lesbienne pas insensible aux charmes de la belle Lilas. Une Lilas brune et non plus blonde dont la beauté éclabousse chaque planche peinte à l’aquarelle par Chauzy. Pour le reste le lecteur se voit toujours émergé dans le quotidien sordide des trois personnages centraux et de leurs destinées ratées. A commencer par celle de Mo qui a subit de plein fouet, à l’âge de 14 ans, l’explosion d’une grenade allemande qu’il avait découverte de manière fortuite alors qu’il jouait avec son frère près d’une rivière. Fane lui, a toujours été étiqueté, à juste titre, comme le looser incarné, jamais dans les bons plans, il vivote depuis toujours au crochet des uns et des autres et croit enfin à la chance que peut lui offrir l’héritage de la maison de sa mère.

Un héritage qui le place à l’abri du besoin et lui donne enfin le temps libre qu’il recherche depuis quelques temps pour écrire. Lilas, elle, possède des formes superbes qu’elle met en évidence dans des tenues ultra-sexy, robe « ras-la-chouffe », short ultraserré et bikini très très étroit quand elle ne déambule pas dans des chemises trop larges empruntées à Fane qui laissent entrevoir toute son intimité. Si sa plastique sidère tout le village, elle n’a pas hérité d’une histoire facile, trimballée et battue par les hommes qui la prennent pour une pute ou une fille vile intéressée uniquement par l’argent que peut lui rapporter Fane, alors qu’elle ne rêve pourtant que de la vie simple d’une femme dévouée à son mari et s’occupant d’une tripotée de marmots. Pour réinterpréter ces parcours meurtris Chauzy ne force pas le trait. Il propose des scènes très visuelles accompagnées de dialogues coupés au cordeau qui édifie une fresque sociale d’une rare âpreté. C’est souvent cinglant, cru, tragique, authentique et moite. Mais la réussite de ce projet tient surtout dans ce que le dessinateur ne livre pas une autre version au texte original de Pierre Pelot mais s’approprie pleinement le récit, sans que rien ne sonne « faux » ou « en trop ». Un album dans la veine de ce que peut offrir de mieux l’auteur de La vie de ma mère.

Chauzy & Pelot – L’été en pente douce – Fluide Glacial


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