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La BD du jour : Une sœur de Bastien Vivès chez Casterman

Bastien Vivès s’est imposé en quelques années comme l’un des auteurs français à suivre. Il a imposé une touche identifiable entre toutes, fait d’un trait épuré hyper expressif. Il délivre aujourd’hui des thèmes complexes au travers de Une sœur. Un récit sensible dans lequel Antoine, l’adolescent qu’il met en scène découvre l’amour en mode vitesse rapide, le temps d’une semaine de vacances. Focus sur un auteur essentiel du neuvième art. 

Antoine et Titi jouent à l’arrière de la voiture qui les mène sur leur lieu de vacances. A l’avant leurs parents discutent d’une amie qui a perdu son enfant à trois mois de grossesse. Cette conversation réveille un peu Antoine, l’ainé des deux gamins, qui cherche à comprendre ce qui s’est passé. Mais la réponse de la mère ne va pas forcément répondre à ses attentes. Arrivés dans leur maison, la vie s’organise, comme chaque été. Plage, jeu, dessin. Une routine que rien ne vient perturber. Pourtant, à la faveur du drame évoqué dans la voiture un peu plus tôt, la donne va changer. Les parents d’Antoine et de Titi invitent l’amie qui vient de perdre son enfant et sa fille de 16 ans. Le début d’une relation d’amitié et d’amour entre Antoine et Hélène…

Bastien Vivès s’adresse à nos mémoires d’enfants, d’ado ou de pré-ado, des moments où les questionnements envahissent nos esprits, car, contrairement à d’autres périodes de l’enfance, les réponses deviennent essentielles, nécessaires, pour forger celui et celle que nous serons. Antoine est dans cet entre-deux celui où l’enfance reste encore présente, car rassurante, mais où les premiers émois conduisent à forger l’adulte en devenir. Antoine son héros, va, durant une petite semaine, assouvir ses premiers fantasmes, partager une expérience, agréable, vivre ce que beaucoup d’entre nous traversons en des années. Cela peut déranger car Bastien Vivès aime à chatouiller les codes sociétaux, voire à les transgresser. Il résulte pourtant de cette lecture un étrange bien-être, comme si, à la lecture de l’album, nous entrions avec bienveillance dans l’intimité d’Antoine et d’Hélène, en nous rappelant nos propres hésitations, nos propres victoires. Du haut de ses 16 ans Hélène possède une assurance que n’a pas forcément Antoine, 13 ans, peut-être rattaché encore à cette enfance par Titi, son petit frère. Elle est belle, possède les rondeurs de la féminité, une poitrine généreuse qui excite forcément Antoine plus sur la réserve. Pourtant le jeune garçon va décider de s’ouvrir, sans forcément se faire violence, mais en choisissant de profiter de la brèche qui s’ouvre pour goûter ou tenter de goûter à ce qui pourrait ressembler à des interdits. Il fumera, goutera à l’alcool, et surtout va dépasser ses fantasmes sexuels pour se déniaiser. Caresses, masturbation, attention portée à l’autre, Hélène et Antoine avaient besoin de cette relation, et, ils l’assouvissent sans en éprouver de remords. Avec déraison, avec des risques parfois (voir comment Antoine échappe au tragique) mais avec cette certitude qu’il faut le faire.

Bastien Vivès se sert du médium pour pousser toujours plus loin ses expériences graphiques et narratives. Sur un sujet sensible, il aime maitriser le temps, jouer avec les rythmes, avec les cadrages. Avec subtilité il nous fait ainsi entrer dans cette relation « interdite » qu’il décortique dans les grandes largeurs, gommant ou rendant flou le décor arrière composé de parents préoccupés par d’autres priorités. Sur le plan graphique, le dessinateur possède une aisance édifiante pour donner à voir le ressenti de ses personnages, par la position des corps, le jeu de regard, les postures. Cela donne au final un album d’une grande maitrise, qui questionne forcément, et qui, en ce sens, mérite que l’on s’y attache.

Bastien Vivès – Une sœur – Casterman – 2017 – 20 euros


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