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La BD du jour : Le retour de Bruno Duhamel chez Grand Angle

Mégalomane amoureux de sa terre Cristobal  ne rêve que d’une chose, que les promoteurs immobiliers, avides du potentiel naturel de son île, partent investir leurs billes ailleurs, sur des territoires moins frileux en termes de défiguration de leur patrimoine. Il invitera dès lors deux amis artistes comme lui a réinventer l’espace sur les terres qui l’ont vu naître et de faire de ce paysage grandiose un véritable musée grandeur nature.

Au détour d’un virage sans danger particulier la voiture abimée du célèbre artiste Cristobal est découverte. L’homme git sans vie dans ce qui reste de tôles froissées. Une mort suspecte qui interroge en haut lieu, car l’homme est devenu, depuis plus de trente ans, une véritable icône de l’île, un dieu vivant qui a progressivement construit l’île pour en faire un tableau grandeur nature, loin du souhait de promoteurs envieux du potentiel offert par les côtes ensoleillées de l’île. En tentant de faire resurgir le passé, l’homme qui enquête sur la mort du peintre dévoile le passé de l’homme. Il va s’attacher ainsi à découvrir si la mort de l’artiste est accidentelle ou si elle n’arrange pas finalement les hommes qui se sont opposés ou qui ne partageaient pas sa vision… 

Bruno Duhamel s’inspire très librement de la vie et de la trajectoire du peintre et sculpteur espagnol César Manrique pour nourrir sa réflexion sur l’art et l’artiste face à la réalité des hommes, ses propres désirs et les limites qui en découlent. L’artiste se doit de sombrer parfois dans la mégalomanie, l’égocentrisme, pour accomplir l’œuvre, une œuvre confrontée au temps, à la vision et au regard de l’autre, mais qui seule sera en adéquation avec la vision primitive. Pour autant l’acte créatif est-il ou doit-il être politique ? Doit-il influer directement ou indirectement sur la vie des hommes ? Pour réaliser cet album le dessinateur a choisi de ne pas réaliser une biographie de Manrique. Pour ne pas dénaturer son œuvre, pour ne pas s’obliger à s’enfermer dans, il le dit lui-même en préface à cet album, une hagiographie de l’artiste, un dithyrambe stérile et au final inutile, car exempt du recul nécessaire. Il a donc confectionné l’histoire de Cristobal. Une histoire qui emprunte à Manrique mais qui s’en éloigne aussi. Il a conservé de Manrique l’île devenue terrain de jeu, la gloire de l’artiste au loin, aux Etats-Unis dans les années 60, ce retour à Lanzarote pour accomplir sa grande œuvre et faire de son île, la plus belle chose au monde et jusqu’au volcan inactif qui surplombe les terres.

Pour donner corps à son propre personnage Bruno Duhamel devait lui tisser un passé avec son lot de tensions, ses joies, ses craintes, ses exagérations et ce rapport entretenu avec un père qu’il n’a jamais pu domestiquer. Sur la forme le récit mêle le présent, celui de l’enquête sur la mort de Cristobal, et celui du passé, l’histoire du peintre et sculpteur avant sa mort. Le dessinateur choisi pour la peine d’inverser les codes du médium en optant pour un présent bichromique et un passé qui laisse exploser les couleurs. Peut-être pour rendre hommage au talent de son héros, qui colore chaque instant de sa vision et de sa démesure et faire du présent, dans lequel le lecteur suit l’enquête sur la mort de Cristobal, dénouant certains fils, un temps du concret exempt de la folie créative. Dans un trait semi-réaliste, en posant son sujet et en louvoyant autour par une construction habile des personnages, Duhamel livre un récit d’une force remarquable, qui ne laisse pas indifférent.   

Duhamel – Le Retour – Grand Angle – 2017 – 18, 90 euros


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