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City Hall, manga français matiné de steampunk : culte !

Jules Verne possède encore aujourd’hui de nombreux lecteurs amoureux de voyages, de découvertes fantastiques et de récits à s’en mettre plein les mirettes. Dans City Hall du scénariste Rémi Guérin et du dessinateur Guillaume Lapeyre, l’auteur de Cinq semaines en ballon occupe une place de choix dans un univers steampunk qu’il n’aurait pas dénigré et pour cause, il regorge de détails, de mécanismes en tout genre, d’une ambiance fantastique où le verbe possède encore du sens. Focus sur une série déjà culte !

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City-hall-ankamaLondres, juin 1902. La première plongée que nous opérons dans City Hall pose le cadre d’une époque pas si lointaine qui nous serait familière au moins pour son architecture, sa culture et ses faits historiques. Pourtant, au fil des pages, nous constatons que ce monde, tel que décrit par ses deux auteurs, le scénariste Rémi Guérin et le dessinateur Guillaume Lapeyre, subit ce que nous pourrions sans mal décrire comme des dérèglements majeurs qui le font se singulariser au point qu’il devienne, finalement, et à mieux y regarder, une parfaite uchronie.

On y apprend que le ministre des finances a été tué d’une manière plutôt étrange, voire dérangeante. L’inspecteur-chef Lester dépêché sur les lieux trouve en effet sur le corps du notable une feuille de papier sur laquelle figure une inscription curieuse : Au 101 Dowing Street, tu abattras la main à hauteur du dixième étage, tu réduiras à néant l’ensemble de ses occupants. Au-delà du message qui hume le bon polar, c’est le support qui semble occasionner la plus grande crainte pour le maire et l’inspecteur-chef. Car il faut savoir que dans ce monde le papier a disparu depuis pas mal de temps. Un jour en effet, et personne ne sait comment, ce que les gens écrivaient sur papier prenait vie. Si cela pouvait revêtir de prime abord pas mal d’avantages, cela occasionna aussi des guerres sans merci. Bien des années plus tard, et après de sanglants combats, les grandes nations de ce monde purent définitivement détruire les derniers stocks de papier et par là-même, le risque de voir le monde à nouveau s’embraser. L’écriture manuscrite fut abandonnée et la méthode de fabrication du papier oubliée. Tel était le prix à payer pour éviter que le monde ne sombre à nouveau. La découverte, sur le corps du ministre des finances, de ce bout de papier venait ainsi mettre à mal l’ensemble des efforts opérés depuis plus de deux cents ans. city-hall-2-ankama

Le maire de Londres, Malcolm Little décide alors d’abattre son joker, un jeune et redoutable auteur qui connait la science de l’écriture manuscrite et qui pourra tenter de s’opposer à la vague meurtrière et destructrice qui se prépare. Cet auteur n’est autre que Jules Verne. Accompagné de son secondant, le jeune et talentueux Arthur Conan Doyle, il va relever le défi proposé, pour le bien de tous, sans doute, mais aussi et surtout par fierté personnelle. Pour cela le maire de Londres va confier à Verne les dernières feuilles d’un cahier gardé comme un Saint Graal et qui pourra servir à contrecarrer les attaques perpétrées par l’illustre inconnu qui assiège la ville. Car celui-ci maitrise l’art de l’écriture et les pouvoirs qui vont avec…

Dans le premier volet de ce triptyque Verne et Conan Doyle affrontent pour la première fois, par  papercuts (créatures de papier) interposés, Lord Black Flow, l’homme décidé à mettre sa science de l’écriture au service du mal. Les deux jeunes auteurs se voient accolés les services d’une belle et pulpeuse demoiselle Amelia Earhart, redoutable dans le combat rapproché et dans le maniement des armes à feu. Tous trois occupent le terrain pour essayer d’approcher le cerveau des papercuts qui sèment la terreur en ville…

Dans le second volet, des indices parviennent à nos trois enquêteurs. De nouveaux personnages entrent en scène dont le magicien Houdini qui reste difficile à cerner et qui démontre toute l’étendue de son art. Le père de Verne semble aux yeux de tous, un coupable idéal, tout du moins son rôle dans cette affaire paraît plutôt trouble. Le maire et l’inspecteur-chef Lester essayent de reprendre en main l’enquête sur les maux qui assènent la ville. Verne, Conan Doyle et Amelia s’enfuient avec le carnet de papier que le maire souhaitait récupérer.

city-hall-3-ankamaLe dernier volet nous conduit dans les entrailles de Londres, nos trois héros sont guidés par un certain George Orwell qui dit défendre les mêmes intérêts qu’eux. Mais cette plongée dans le cœur de la ville permettra-t-il de regagner la lumière avec l’espoir de démasquer celui qui se cache derrière le masque de corbeau de Lord Black Flow ? Nous ne déflorerons pas plus l’intrigue de ce récit savamment distillé par Rémi Guérin !

Décider de s’attaquer à un polar sous forme de manga dans un univers steampunk relevait peut-être de la gageure pour Rémi Guérin et Guillaume Lapeyre. Les deux auteurs parviennent pourtant sur près de 500 pages à prouver que la densité du propos peut se conjuguer avec un rythme effréné qui scotche le lecteur dès les albums pris en main. Bourré de références cinématographiques et littéraires (Hugo, Maupassant, Lovecraft, Poe, Verne bien sûr, Orwell, Mary Shelley, Conan Doyle…) le scénario qui pourrait parfois sembler trop chargé a le mérite de poser un contexte, de tisser une intrigue et de laisser un déroulé se développer avec un luxe de détails qui permettent au lecteur de s’approprier le récit. Le dessin de Guillaume Lapeyre surprend véritablement. Stylé manga, il relève lui aussi le défi du format et de la densité. Les combats souvent épiques entre papercuts débordent des cases et parviennent à nous donner le tournis par la puissance déployée retranscrite avec une efficacité redoutable par le jeune dessinateur. La trame steampunk et son côté victorien offrent un cadre décalé dans lequel l’humour peut aussi se développer, comme s’il fallait encore cet ingrédient supplémentaire pour nous séduire. Une grande réussite qui, et c’est un petit scoop, verra une suite paraitre d’ici la fin de l’année, pour le début d’un nouveau cycle qui devrait voir nos héros naviguer vers la France et sa capitale… Nos papilles en frémissent déjà !

Rémi Guérin & Guillaume Lapeyre – City Hall T1, 2 & 3 – Ankama – 2012/2013 – 7,95 euros l’un.

 

Dédicace de Guillaume Lapeyre

 

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