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Comics en Vrac : Watchmen

Il fallait bien évidemment, lors de notre focus, vous proposer une chronique de cette légende des comics qu’est Watchmen. Moore et Gibbons ont frappé un grand coup avec cette uchronie savoureuse.

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Les années 80. Un appart glauque habité par un occupant glauque. Eddie Blake regarde une émission sans saveur quand quelqu’un frappe à la porte. C’est la mort qui se présente à lui. L’agression est violente, aussi démente que silencieuse, parfaite dans son exécution alors que le bougre se défend plutôt bien et puis cela se finit par une défenestration expéditive. Le Comédien est mort. Oui le comédien, ancien membre des Minutemen, ancien membre des Watchmen. Cette bande de héros n’exerce plus depuis quelques années. Ses membres était le Hibou deuxième du nom, le Spectre Soyeux, la fille de la première héroïne portant ce nom, Rorschach, Ozymandias et le docteur Manhattan. Aucun de ceux-là n’a de pouvoir, chacun est un spécialiste du combat et, à la manière d’un Batman, c’est le matériel et l’intelligence qui font la différence. Enfin, pardon, il y en a un qui a des pouvoirs et pas des moindres. Le Docteur Manhattan, sorte d’Apollon à la peau bleue est le résultat d’un accident survenu dans la chambre d’expérimentation d’un laboratoire de physique. Depuis, il peut manier toutes les atomes, toutes les molécules, les réorganiser, les disperser. Cela fait de lui un demi-dieu, invincible, sans âge et au final presque sans âme. Son statut l’éloigne de plus en plus de la cause humaine.

Ce n’est pourtant pas le moment car cela va mal sur le globe. La guerre froide n’a jamais été aussi glaciale, les 2 nations sont à deux doigts de déclencher un conflit mondial probablement sans retour. Du coup le docteur Manhattan et Ozymandias essaient d’imaginer une technologie révolutionnaire qui mettrait fin aux problèmes d’énergie dans le monde et donc, selon eux, à cette guerre stérile. Leurs préoccupations sont bien éloignées de la mort du Comédien. Il faut dire que celui-ci était un vrai salaud sous le vernis du héros. C’est Rorschach qui va mener son enquête, croyant, de prime abord, qu’un vilain s’occupe des anciens héros masqués. Mais les ficelles ne sont pas si grosses, le complot comporte de multiples niveaux, de multiples imbrications.

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Mais ne croyez pas que l’histoire se contente de nous narrer le présent. C’est aussi l’occasion de revenir sur les Minutemen, les ancêtres et sur le passé de chacun. Cela est d’ailleurs finement orchestré, par la BD mais aussi par des pages d’un livre auto-biographique dont on nous sert des extraits de temps à autre. Ce livre est celui de Hollis Mason, l’ancien Hibou. Son histoire va mettre les événements récents en perspective.

Moore a des traits de génie par moments. Cette histoire, c’est son bébé. Il arrive à monter un présent, un passé, à construire des choses à tiroirs avec une facilité déconcertante. L’idée de matérialiser les pages du livre dont on parle dans la BD est lumineuse.

Le contexte est aussi fabuleux en tous points. La tension du monde en train de basculer est terriblement palpable, terriblement présente. Que dire aussi des portraits qu’il nous brosse. Rorschach est un modèle du genre : paumé, bizarre, antipathique par moments. Le Docteur Manhattan est franchement flippant, il est une forme de miroir des mystères de l’Univers. Le Hibou et le Spectre Soyeux sont plus lisses mais indispensables à l’équilibre de l’ensemble. Le Comédien est vraiment un personnage détestable et, enfin, Ozymandias est parfait dans son rôle ambigu.

C’est un comics vraiment à part, il jette un oeil désabusé voire dégouté sur notre société, société aveugle, en perdition. Les héros n’ont parfois rien à envier aux vilains. Le Docteur Manhattan est angoissant, son détachement, son côté insensible sont assez stressants. Le tout est géré d’une main de maître par Alan Moore, il maîtrise son récit à la perfection et ce n’est qu’à la fin que tout se dénoue. Le dessin est un rien vintage, typique des années 80, parfait pour la situation. Le trait est fin et il met l’accent sur les contrastes, sur cette opposition lumière – obscurité.

Vous l’avez compris, c’est un comics qui doit faire partie de la culture de tout lecteur de BD. Un point c’est tout. A noter que cette version est celle contenant la première traduction française, celle du romancier Jean-Patrick Manchette et sa prose est absolument goûteuse. 

Scénario : Alan Moore – Dessins :  Dave Gibbons – Collection : DC Essentiel – Editeur : Urban Comics – 464 pages – janvier 2012 dans son édition Urban Comics – prix 25 €

  

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