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Comment faire fortune en Juin 1940 ? La question mérite que l’on s’y penche…

Ça pète dans tous les sens, c’est débordant d’énergie et d’humour, ce n’est pas le nouveau spectacle d’un humoriste en vogue mais le nouveau récit du duo Nury/Dorison après Les Brigades du Tigre de 2006. Pour la peine ils sont entourés au dessin du remarquable Laurent Astier. Que demander de plus ?

Comment faire fortune en Juin 1940
couv Comment faire fortune en Juin 1940

Comment faire fortune en Juin 1940 de Nury, Dorison & Astier – Casterman (2015)

Le directeur de la Banque de France ne parcourt que rarement les caves dans lesquelles sont affinés avec amour les bons vieux lingots de la République. Pas que l’argent ne soit pas une attraction suffisante pour refuser de se faire exploser les mirettes de l’éclat continu de belles barres rutilantes. Mais en temps de guerre les préoccupations sont ailleurs, dans la gestion d’un quotidien qui devient tout sauf facile à régir. Et pour cause. En ce mois de juin 1940 les Allemands sont aux portes de Paris. Anticipant cet état de fait, 2400 tonnes du bon vieux métal propre à faire tourner les têtes avaient déjà été évacué dans les colonies ou au Canada dans des lieux plus « sécurisés » que les caves d’un bâtiment affichant fièrement l’enseigne « Banque de France ». Oui mais voilà dans l’agitation quotidienne, et tout bon directeur qu’il soit, le gardien des clefs a omis de signer le transfert des deux dernières tonnes de lingots. Les bons samaritains diront que pour deux tonnes, rien ne sert de réveiller Fernande mais bon, les livres de comptes parlent pour eux et les plus hautes instances de la République ne pourront fermer les yeux sur cet oubli fâcheux. Le directeur demande donc à ses sbires que soit organisé « l’évasion » de ces deux tonnes avant que les blindés teutons ne parviennent jusqu’à la place des Victoires, qui porte (au passage et dans le contexte de l’époque) joliment son nom. Un quartet de haut vol est alors monté en urgence pour transporter la riche cargaison hors de la vue de l’état-major nazi. Quatre hommes dignes de la plus grande confiance qui vont tenter l’impossible pari d’échapper aux blindés allemands mais aussi, et curieusement, à l’attrait soudain de petites frappes bien décidées à se dégourdir les gambettes…
Parfois l’assemblage des plus beaux cépages n’accouchent pas d’une liqueur propre à éveiller des papilles trop longtemps endormies. Dans le cas de Comment faire fortune en Juin 1940 le risque pouvait toutefois paraître limité. Xavier Dorison et Fabien Nury au scénario ont déjà bourlingués ensemble sur une aventure des Brigades du Tigre parue en 2006 chez Glénat. Laurent Astier quant à lui a démontré sur L’Affaire des affaires sa capacité à travailler vite et bien dans des contextes pas forcément évidents. Le trio avait donc les cartes en main pour accoucher d’un bon récit. On concédera que le projet a emprunté au moins l’idée de départ à L’or des fous de Pierre Siniac paru en 1975 chez Jean-Claude Lattès (rebaptisé vingt ans plus tard Sous l’aile noire des rapaces après sa réédition chez Rivages noir), mais l’adaptation reste tout de même relativement libre pour qu’elle ne souffre de l’ombre de ce polar singulier. Et pour tout dire Comment faire fortune en juin 1940, qui devait à l’origine voir le jour sur grand écran, se fait plus que séduisant. Car ce récit d’aventure au long cours, qui sonne comme un braquage à la mode Drive-in, regorge d’un humour qui lui retire les lourdeurs évidentes d’un récit passablement historique. Et ça il le doit notamment à une galerie de portraits qui fait mouche : Sambio le jeune caïd italien attiré par l’argent mais aussi la tension du braquage à défaut de posséder un honneur digne des « anciens » sera le cerveau d’une équipée composée de Franck, un boxeur connu pour se coucher à la demande contre quelques biftons, de Kurtz un mécanicien allemand en fuite et de Ninon fille sexy d’un horloger bouffé par l’arthrite. A partir de là c’est-à-dire un pitch de départ étroit mais des héros haut en couleurs, Dorison et Nury assurent le boulot. Les deux hommes connaissent les ficelles du métier et savent mener leur récit dans les directions les plus propices à alimenter les rebondissements et les scènes parfois surréalistes. Ils savent aussi et surtout s’appuyer sur la capacité de mise en scène très cinématographique de Laurent Astier qui parvient à maintenir un rythme effréné tout au long des presque 120 planches. Au final le récit se dévore d’un trait sans que l’on ait besoin de réasaisonner le tout. J’avouerai juste avoir pris un incommensurable plaisir à lire la version noir et blanc sans pour autant vouloir bouder la version classique. Nobody’s perfect mais cet album pourrait l’être !

Astier, Dorison & Nury – Comment faire fortune en Juin 1940 – Casterman – 2015 – 30 euros (version n&b)


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