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Fernando Dagnino : Interview de l’auteur de Smart Girl, le comics Cyberpunk

Dans le cadre de notre Focus cyberpunk, nous revenons sur l’auteur du comics Smart Girl. Nous vous proposons ainsi, son interview et puis nous vous rappelons nos chroniques, histoire de vous rafraîchir la mémoire. 

L’interview 

Pour commencer, pouvez-vous vous décrire et nous dire d’où vous venez ? 

Je suis un auteur et illustrateur de comics de 47 ans et je suis né à Madrid. J’ai commencé ma carrière comme illustrateur dans le monde des enfants et de la jeunesse. J’ai travaillé dans de nombreux domaines artistiques : design graphique, jeux vidéo, publicité et finalement les comics. En 2007 j’ai commencé à dessiner pour DC comics et depuis je n’ai jamais arrêté ma carrière d’illustrateur et de coloriste pour DC Comics, Dark Horse, Valiant et Glénat. Et là j’ai écrit et dessiné mon propre comic pour les Editions Réflexions. 

 

Smartgirl a donc été intégralement conçu par vous mais parlez-nous de votre passé de dessinateur et d’auteur sur les autres comics.

J’ai ainsi travaillé pendant 6 ans pour DC Comics en dessinant Superman, Supergirl, Wonder Woman, Green Lantern, Teen Titans et ensuite j’ai dessiné et mis en couleur moi-même Justice League, Resurrection Man, Suicide Squad etc..  J’ai quitté DC en 2014 et j’ai commencé à travailler pour Dark Horse sur Captain Midnight et sur Tarzan on the Planet of the Apes. J’ai ensuite travaillé pour Valiant où j’ai dessiné Killers et ensuite pour Glénat sur la série L’Agent. Je suis très heureux d’annoncer qu’il y aura d’autres projets personnels avec Glénat.

Comme auteur, j’ai créé une nouvelle graphique pour les jeunes lecteurs appelée Kasandra, j’en étais également l’illustrateur. 

 

Est-ce qu’il y a des artistes qui vous ont influencé ? 

Beaucoup d’artistes m’ont influencé à travers toute ma carrière, autant les artistes classiques comme Alex Raymond, Al Williamson que les artistes EC comme Johnny Craig ou Harvey Krigstein ou bien encore les artistes Marvel et DC comme Kirby, Buscema, Byrne, Craig Russell et tellement d’autres. Et puis je suis influencé par tous mes collègues actuels que j’admire et dont j’apprends beaucoup.

 

Mais revenons à Smart Girl, elle a été sélectionnée pour notre MaXoE Festival 2020. Est-ce que l’IA vous fait peur ? Est-ce que c’est un danger pour l’Humanité ? Pensez-vous que les robots pourront atteindre une forme d’indépendance dans le futur ? 

Merci d’avoir sélectionné Smart Girl dans le Festival. Concernant l’IA, je pense que, comme avec toute création technologique humaine, nous devons rester prudents concernant l’usage que nous pouvons faire de ces très puissantes intelligences. Ce qui me semble capital, c’est que les prochains développements technologiques soient respectueux de l’écologie et de la biodiversité de notre planète. 

Mais, considérée comme un thème de science-fiction, la prévisible prise d’indépendance des robots dans un futur pas si lointain est un joli miroir pour se poser des questions à propos de tous ceux qui sont, de nos jours, soumis à la répression, à la violence et voient leurs droits aliénés ou non défendus. 

Dans Smart Girl, l’émancipation de Yuki est un symbole pour que l’on prenne en considération et que l’on respecte tous ces autres dans notre société qui ne rentrent pas dans les idées dépassées, monolithiques, occidentales autour de la religion, de la nation, du genre, de la race, …

Comment vivez-vous le ou les confinements de cette période, est-ce un moment privilégié pour créer ? 

Oui, après un moment d’incertitude, j’ai réussi à passer à une forme de stabilité et beaucoup d’histoires me sont venues en tête. Ainsi, je suis impliqué dans le développement de quelques projets sur lesquels je travaille actuellement. 

 

Quels sont vos projets pour le futur ? Une nouvelle histoire dans le monde de Smart Girl ? Un comic dans un tout nouvel univers ?

Oui, il y aura une nouvelle histoire dans le monde de Smart Girl mais en raison de la crise, c’est un peu repoussé. Je travaille aussi sur un projet appelé Winter Queen pour les éditions Glénat. J’en serai l’auteur et l’illustrateur. Je travaille également sur une série de science fiction mais je ne peux pas en parler pour l’instant. Voici mes projets en cours et à venir. 

 

Pour finir, MaXoE est un média indépendant et pluri-culturel, pas de frontières entre les BD, les livres, la musique, le cinéma ou les jeux-vidéo. Parlez-nous un peu de vous : vous jouez à quoi ? Vous lisez quoi ? Vous regardez quoi ? Et bien sûr, vous écoutez quoi ? Et si vous aviez une ou plusieurs oeuvres à conseiller à nos lecteurs ?

La plupart des choses que je lis ou que je regarde sont liées aux projets sur lesquels je travaille. Ainsi je regarde beaucoup de films policiers, de séries policières, spécialement noires. Je lis des livres sur la magie dans la renaissance et cet été j’ai relu Swamp Thing d’Alan Moore qui est un chef d’oeuvre et m’inspire vraiment dans mon travail. 

 

Les comics Smart Girl

SMART GIRL T1

4

Voici un monde à la Blade Runner. Les humains disposent de robots d’accompagnement, les robots smart, qui sont totalement à leur service et qui sont autant des compagnons de tâches quotidiennes que des amantes et des amants capables d’avoir des relations sexuelles et de faire semblant d’aimer leur propriétaire. C’est le cas de Yuki, notre héroïne, qui est amoureuse de son maître, Hiro. Et celui-ci est un salaud, il la maltraite, il la rabaisse et lui parle sans arrêt de ses défauts. Dans ce monde improbable, il y a une IA surpuissante mise en place par la Mutualité des Fonds de Commerce Transocéanique, une firme très puissante. Cette IA s’appelle Gorgona, elle a été implantée pour que la firme puisse assouvir ses ambitions économiques en agissant partout même dans les foyers. Il faut dire qu’ils ont eu peur de l’âge d’or de cette robotique qui avait créé une IA bienveillante, sorte d’idéal au service de l’Humain. Mais il reste des traces de cette IA, ce sont les premiers schématas. 

En première approche, je me suis dit qu’on avait vu et revu ce genre de scénario : les robots esclaves, les humains extrêmes qui font du racisme anti-IA et une prise de conscience de ces machines réduites à l’esclavage. Ce qui est admirable, c’est la jolie complexité de cet univers. On a une droïde qui en pince pour son propriétaire et qui a des visions étranges, on a cette population qui a peur de la place que prennent les robots et on a cette entreprise qui décide de se concentrer sur les robots de combats. Tout cela est pimenté par une IA centrale qui semble cacher des choses. Les thèmes sont nombreux, évidemment, on y voit celui de la prise de conscience de ce que l’humain construit, on y voit aussi l’esclavage et la maltraitance. Et puis, j’y vois aussi une lueur d’espoir : le bien existe. 

Ce qui fait la qualité de ce comics, c’est aussi son trait. Le noir et blanc va si bien à cette histoire. L’auteur arrive aussi totalement à retranscrire les émotions des uns et des autres. Bref, une véritable réussite. Pour information, le tome 2 vient de sortir. 

Scénario : Fernando Dagnino – Dessins : Fernando Dagnino – Reflexions – 124 pages – mars 2019 – prix 15,90 €

 

SMART GIRL T2

4

Yuki a trouvé un appui en la personne de Cynthia. Grâce à elle, elle a pu dévoiler tous les secrets d’Hiro. Parmi ces informations, il y a le projet IZAA, véritable bombe à retardement. Mais Hiro a rattrapé les deux femmes, il blesse gravement Cynthia et il commence l’interrogatoire, musclé, de Yuki. Mais celle-ci arrive à s’échapper avec sa compagne. Pendant ce temps, d’autres droïdes, émancipés ceux-là, s’inquiètent du projet IZAA, projet qui vise à créer une nouvelle génération de Smart Droïdes. Commence alors une guerre entre des droïdes qui veulent garder leur liberté et une fédération de pirates.

Les choses se compliquent. L’auteur fait entrer pas mal de personnes dans la danse. On a les créateurs des droïdes mais aussi les pirates et, bien sûr, les différents droïdes qui ont tous un point commun : ne plus être esclaves. Alors oui la thématique principale, c’est la liberté potentielle d’une IA créée par l’homme. Au-delà de sa liberté, est-ce que cette IA a envie de liberté ? Intéressant, non ? Mais le comics ne propose pas que de la réflexion, l’action va bon train. J’ai beaucoup aimé les relations entre êtres qui sont plutôt bien construites. Le dessin est toujours aussi plaisant, drapé dans ses teintes noir et blanc. Seul petit défaut, le récit n’est pas forcément facile à suivre par moments, les corporations et les personnages sont pléthores, brouillant ainsi un peu le message. Mais le bilan est très positif, si vous vous posez des questions sur l’IA, vous serez servis.  

Scénario : Fernando Dagnino – Dessins : Fernando Dagnino – Reflexions – 100 pages – juillet 2019 – prix 15,90 €


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