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Focus BD jeunesse (2ème volet) : La vie n’est pas que douce et tranquille…

 

La vie de tous les jours n’est pas facile, et d’autant plus lorsqu’on n’est pas bien grand. La petite fille à la cabane, le chaton Léonid, peureux mais au caractère bien trempé et Jacquou le croquant, orphelin de père et de mère et qui va forcer le destin des paysans affamés dont il fait partie, vont le découvrir mais tous possède cette faculté de croire aux possibles et tous parviendront à nimber leurs sombres destinées d’un rayon de soleil salvateur !

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De rêve et d’eau de Louyuling Ice & Heibai (Ed. Père Fouettard)

Le monde n’est que désolation. La terre jadis fertile et riche de toutes ses composantes se voit recouverte par les océans qui masquent ce que fut un pan entier de son histoire. Dans ce monde en liquéfaction, une petite fille surnage à bord d’une petite cabane faite de bric et de broc. Elle sonde l’espace qui s’étend au-loin à perte de vue, à la recherche d’un signe, d’une vie, d’un espoir, de rêves à nourrir pour ne pas sombrer. Des rêves que la jeune fille consigne consciencieusement sur des feuilles de papier avec lesquelles son père lui apprenait à construire des avions. Puis dans l’espoir qu’elles pourront un jour peut-être croiser quelqu’un au loin, là où elle ne peut pas se rendre avec son embarcation de fortune, la jeune fille jette à la mer les flacons dans lesquels elle les enferme. Un jour comme un autre elle pêche des eaux grisonnantes un casque d’aviateur et se dit qu’elle pourra peut-être entreprendre elle-aussi un grand voyage. Un voyage coloré bien plus punchy et plus sexy que son quotidien lénifiant. Elle se décide alors à plonger dans les flots qui l’entourent depuis quelques temps déjà…
Fable écologique construite avec beaucoup de poésie et de tendresse, De Rêves et d’eau nous livre le destin d’une jeune fille qui pourrait paraître fragile mais qui demeure le seul lien avec le monde passé. Un monde que l’on devine avoir connu un cataclysme irréversible ou presque, c’est selon l’humeur ! Au fil des pages, des espoirs entrevus par la jeune fille se dessine un monde coloré qui n’est autre que celui que nous connaissons encore mais qui pourrait se ternir au point de se recouvrir d’un large voile opaque. Un récit superbement composé à destination des plus jeunes mais qui se lit aussi avec passion par les autres !

Louyuling Ice & Heibai – De rêves et d’eau – Editions du Père Fouettard – 2015 – 14 euros

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Léonid de Brrémaud et Turconi (Soleil)

Léonid n’est pas encore un gros matou capable d’imposer sa loi dans le quartier tranquille où il réside. Un quartier loin de la ville qui lui autorise des virées dans les champs et les vignes alentours. Une vie tranquille se profile pourtant pour ce chaton d’apparence pas très débrouillard. Une nuit, dans un champ près de la maison où il vit, des moutons sont attaqués et tués par un animal qui pourrait bien être un renard ou un loup. Pourtant, même le plus ancien matou de la contrée l’atteste, cela fait un bail que de telles bêtes n’ont pas été aperçues. Les chiens du fermier-éleveur sillonnent alors le village pour mettre la main sur celui ou ceux qui ont pu commettre cet acte barbare. Et lorsqu’on est chat, se voir courser par des molosses surdimensionnés et avides de vengeance, n’est pas le meilleur programme du moment. Léonid, aidé de ses amis chats et de Mirza, le petit chien à sa mémère, va tenter de mener l’enquête pour révéler les vrais coupables et retrouver ainsi les journées paisibles qu’il affectionne…
Brrémaud excelle dans cette forme de récit destiné à la jeunesse en construisant des histoires qui se nourrissent de son sens de l’observation des petites bêtes qu’il met en scène. Ici Léonid possède les attributs du chaton inoffensif qui va pourtant aller au-delà de son statut de peureux patenté pour mener une enquête qui seule permettra à l’ensemble du village dans lequel il réside de retrouver la tranquillité. La lecture de l’album nous révélera qu’il a bien fait de se faire violence car derrière les tueurs de moutons se cachent des bestioles pas sympathiques du tout qui fomentent un plan diabolique… Le dessin de Turconi est savoureux en ce sens qu’il donne corps et vie à des animaux pluriels qu’il campe parfaitement. Un découpage dynamique, un humour constant font de ce premier volet un récit à suivre pour lever le mystère sur la destinée de ce paisible village…

Brrémaud & Turconi – Léonid T1 – Soleil – 2015 – 10,95 euros

Jacquou

Jacquou de Lemoine et Cécile (Vent d’Ouest)

Cette année 1815 sonnait le glas pour tout un pan de ce que l’on nommait encore le tiers état. Parmi eux les agriculteurs, sans le sou et affamés, voyaient dans l’ancienne classe dominante, composée de petits seigneurs de campagne, revigorés par la chute de l’Empire, de nouveaux tortionnaires près à tout pour se refaire et ponctionner, humilier, saigner et rabaisser les gens de la terre, ceux qui, par leur travail acharné en toutes saisons, nourrissaient la France y compris dans les châteaux flamboyants qui n’avaient pas brûlés durant les soubresauts de la Révolution. Jacquou, fils de l’un de ces agriculteurs, avait sept ans en 1815. Son père, Martissou, simple métayer, parvenait difficilement à remplir les gamelles de la famille et se voyait contraint de braconner avec Demoiselle, le chien de la famille, pour garnir les assiettes de quelques gibiers glanés en plein cœur de l’hiver. Pour Laborie, le régisseur du comte de Nansac, braconner c’est voler le comte et cela ne doit plus se renouveler. Il ordonne donc à Martissou de se séparer de son chien. Mais tout ne se passe pas comme prévu et Laborie excédé abat quelques jours plus tard Demoiselle avant de recevoir une charge de fusil de la part de Martissou… Pour le jeune Jacquou c’est le début d’une descente dans les affres de la misère… Privé d’un père il le sera bientôt d’une mère fatiguée et fragilisée avant de rejoindre les cieux… Jacquou sera aidé du curé Bonal qui le prend sous sa protection. Pour le jeune Jacquou, orphelin à 9 ans, l’heure de la vengeance viendra bientôt…
Roman publié en 1899 en feuilleton par Eugène Le Roy dans la Revue de Paris, Jacquou le croquant fait référence aux révoltes paysannes qui se sont déroulées dans la France des dix-septième et dix-huitième siècles. La grande force de cette œuvre réside dans le fait qu’elle n’est pas la simple mise en scène des us et coutumes d’un terroir mais bien plus la dénonciation sociale d’une époque troublée par des relents d’ancien régime et le retour en force de la pression religieuse néfaste pour un tiers état gangréné par la faim. De cette histoire Lemoine et Cécile livrent une version respectueuse qui conserve la densité sociale de l’œuvre originale. Destiné à la jeunesse cet album livre un dessin qui d’une belle lisibilité. Un trait précis qui souffre néanmoins parfois de certains flous pas forcément justifiés qui n’altèrent heureusement pas le plaisir de lecture. Donc conseillé !

Lemoine & Cécile – Jacquou le croquant – Vent d’Ouest – 2015 – 11,50 euros


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