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La BD du jour : La Fille de l’eau de Sacha Goerg

Récit intimiste, La Fille de l’eau nous questionne sur notre rôle à tous, sur nos fragilités et nos espoirs, nos luttes pour l’existence et nos rapports aux morts. Servi par un dessin teinté d’onirisme qui pose son atmosphère par couches successives, cet album prend le temps de nous envelopper…

 

 

Un pédalo récalcitrant empêche Damien de revenir sur ses pas. Il décide donc de se jeter à l’eau pour regagner la rive. Il parvient ainsi aux abords d’une superbe villa d’architecte construite à flanc de falaise, cadre idyllique s’il en est. La femme qui occupe cette vaste demeure semble attentionnée envers son hôte surprise. Elle l’invite même à changer ses vêtements détrempés et à rester dîner pour ne repartir reposé et frais que le lendemain. A la lecture des premières planches de cet album on se doute que des vérités difficiles à révéler se cachent derrière cette façade imposée et pour cause. Nous apprenons rapidement que Damien n’est en réalité que le nom d’emprunt de Judith, la fille illégitime du sculpteur propriétaire de cette vaste demeure. Nous apprenons aussi que cet homme vient juste de passer l’arme à gauche. Judith par cette intrusion chez celui qui a caché jusqu’à son existence à sa famille et à ses proches essaye de percevoir le cadre dans lequel elle aurait pu vivre. Par cela elle se mêlera aux enfants légitimes de son père, à des amis de passage et tentera de reconstituer le puzzle d’une vie marquée par le manque.

Avec cet album construit sous la forme d’un roman graphique contemplatif Sacha Georg pose des questions essentielles. Celle du vide qui se décline dans l’affectif (manque d’une famille pour Judith, d’un époux pour Sonia, la veuve, et d’un père pour ses enfants), dans cette maison à la taille démesurée qui crée une impression de petite mort. Celle aussi des non-dits qui habitent chaque personnage détenteur d’un ou plusieurs secrets. Celle enfin de l’esthétisme, par ce choc des cadres, de la nature foisonnante à la rigidité des lignes de la villa contemporaine. Les personnages se dévoilent au fur et à mesure de l’histoire. Ils s’épaississent, se révèlent fragiles et donc attachants. Pour autant le cadre pose sa griffe sur ce récit au point d’en constituer un véritable contrepoids. Nature exubérante, eau, roche, demeure du sculpteur, ces éléments éveillent les rêves de chacun, engendrent des supports à la divagation. Car nous pouvons nous poser la question de savoir si nous sommes placés ou non dans un rêve éveillé. Qu’elle part de concret, de palpable, quelle part de fantasmé, d’imaginé ? Jouant sur un huis clos subtil dans lequel l’onirisme agit comme une véritable échappatoire, cette histoire sensible, qui prend le temps de se développer pour mieux nous habiter, se révèle au final un précis à l’usage de nos questionnements les plus intimes. Une belle réussite !

Sacha Goerg – La Fille de l’eau – Dargaud – 2012 – 18 euros


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