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La BD du jour : Le Décalage de Marc-Antoine Mathieu & La Bande dessinée de Bastien Vivès

Lire un récit de Marc-Antoine Mathieu reste un moment de grâce. Livre en main on se demande au fil des pages où l’auteur entend nous mener, quelle chute il va prévoir et quels effets il va mettre au point pour y arriver. Pas forcément que l’auteur s’ennuie dans l’univers de la BD dont il évite certaines mondanités, mais bien plutôt car l’auteur aime s’imposer des défis et essayer de les relever. Avec Le Décalage, il parvient encore à nous surprendre et à repousser les limites graphiques et techniques propres au média dans lequel il évolue… chapeau ! Et que dire de Bastien Vivès, le très actif auteur aperçu ici et là (Delcourt mais aussi, Les Requins marteaux, Dupuis, Casterman…) avec la même facilité ? Le jeune auteur nous offre le dernier volet de ses récréations, à savoir des reprises de strips parus sur son blog et qui sont regroupés ici par thématiques. Saut dans deux univers décalés dont les personnages semblent parfois subir plus que de raison le sort que leur réserve leur créateur…

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Le décalage« Dis, toi… Tu connais, cette page web ?
– Ben ça me dit quelque chose mais à vrai dire je ne sais pas pourquoi on y est…
– Mais pourquoi n’y serions-nous pas ? Pour une fois qu’on existe un peu au-delà de nos histoires…
– Ben tu sais Marc-Antoine ne nous a pas fait de cadeaux avec son dernier album, tout est en vrac, tout va à vau-l’eau dans son univers et dans le monde de la BD c’est pas mieux. J’aperçois même Bastien Vivès en bas de la page là… tout en bas, tu le vois ?
– Oui c’est vrai, je le vois… Et s’il est là c’est qu’on va peut-être passer finalement un bon moment non ?
– Mais cela ne dit pas pourquoi on figure sur cette page. Marc-Antoine a encore péter un câble avec son nouvel album. On erre un peu dans un no man’s land inquiétant… Et puis cette mise en page tout de travers… Non mais je ne sais pas qui valide les BAT, mais il y a un sacré laissé aller chez Delcourt. Si j’arrive à sortir de cette page je vais peut-être aller leur dire deux mots… comment peut-on laisser le lecteur avec un tel album entre les mains ? En plus avec des pages arrachées… Déjà que la vie devient chère qui va acheter un album avec des pages manquantes ?
– Faut peut-être pas être si pessimiste, regarde on apparait finalement dans une chronique, c’est peut-être la preuve que l’album a été lu, voire même apprécié !
– Ouais… peut-être… Mais tu sais, il parait que le chroniqueur a des goûts un peu bizarres, ça ne m’étonnerait pas qu’il ait effectivement aimé… Regarde il y a Bastien Vivès qui se rapproche, qu’est-ce qu’il veut nous dire ?
– Ben je crois qu’il se rapproche parce qu’on est presque à la fin de la chronique…
– Eh les gars vous n’avez pas fini d’occuper toute la place sur cette page web ? Mon super album de strips méga-détonant sur la BD, ça c’est de la bombe ! Alors arrêtez de vous apitoyer, vous me faites marrer avec vos pseudos questionnements existentiels. Si vous êtes sur cette page, vous existez et si vous existez sur cette page c’est peut-être que Marc-Antoine Mathieu a sorti un nouvel album, et que cet album mérite d’être lu… Alors je vais préparer un strip pour annoncer la sortie du nouveau Julius Corentin Acquefacques et puis comme ça le chroniqueur pourra enfin dire quelques mots de La Bande dessinée !
– Nous on est pas contre laisser la place mais bon, faudrait sûrement retrouver un semblant d’ordre…
– Laissez faire le pro de la mise en page et tout va glisser comme sur une peau de banane ! Déjà on va mettre ce pavé-là :

Marc-Antoine Mathieu nous livre avec Le Décalage, un nouvel opus tout en subtilité où il faut apprendre à lire non seulement entre les lignes, entre les pages, mais aussi entre les couvertures et pages de garde. Le récit existentiel des personnages, l’envers du décor, ce qui se passe derrière le rideau mérite parfois notre attention. Elle signifie peut-être que l’histoire n’existe aussi que par ceux qui la lisent, regardent ce qui se trame dans le premier et le second plan et essayent de déchiffrer l’indéchiffrable ou le décalé. Un album dans la veine des précédents, foncièrement essentiel car suffisamment différent et pensé pour nous questionner dans un milieu qui tend parfois à se lisser…

– Et puis maintenant y’a plus qu’à mettre les références :

Marc-Antoine Mathieu – Julius Corentin Acquefacques T6 : Le Décalage – Delcourt – 2013 – 14,30 euros

– Finalement c’est vrai que l’on existe et que l’on est peut-être dans un bon album… Peut-être que tout simplement notre monde change et que l’ordre des choses repose sur d’autres critères, d’autres façons de voir… Même si pour nous, personnages secondaires, c’est pas évident de s’y retrouver…
– A qui le dis-tu… »

 

bastien_vives_6_la_bande_dessinee_couvertureIl faut parfois beaucoup d’humour et d’autodérision pour accepter de se mettre en scène dans un album parlant de certains travers (mais pas que) de la bande dessinée lorsqu’on est soi-même auteur de bande dessinée. Bastien Vivès relève ce défi sans trop d’arrière-pensées sous le principe du décalage permanent qui a prévalu dans les autres volets de cette série (Le jeu vidéo, La famille, L’amour, La blogosphère et la guerre). Pour la peine, le jeune et sur-actif auteur nous livre des strips dignes de situations cocasses et absurdes à la Raymond Devos. Exemple : Une mère évoque auprès de son docteur le trouble qui frappe son jeune garçon. Celui-ci semble touché par un syndrome qui pourrait paraitre inquiétant : celui de la bande dessinée. Une fois placée une feuille entre ses mains le garçonnet gribouille effectivement des dessins à l’intérieur de cases. Et les adultes de pérorer sur le devenir de l’enfant victime de ce mal. Pourra-t-il avoir des enfants ? Une femme ? Et le médecin de se vouloir rassurant : Ecoutez, votre enfant n’est pas condamné, des personnes atteintes de ce syndrome arrivent à avoir une vie tout à fait convenable… Je vous laisse découvrir le post-gag de cette histoire qui vaut le détour… et justement, puisque nous évoquons le post-gag, nous pouvons dire qu’il en est question dans cet opus. Celui-ci est même l’une des composantes majeure du gag en lui permettant de maintenir toute son efficacité. Pour expliquer la manière de le réaliser, Bastien Vivès donne la parole à un technicien émérite, un orfèvre du sens comique, Brad, qui décortique pour nous les phases d’un gag et nous dévoile des astuces et des ficelles pour faire naître l’hilarité chez le lecteur. Nous découvrirons également dans cet album de poche les aventures de Flashman, une série d’interviews déroutantes dans lesquelles Bastien Vivès himself devenu auteur de marque se laisse aller à quelques débordements oratoires dont il maitrise le sens mais peut-être pas tous les effets, ainsi que des relations père/fils que n’auraient pas dénigrées Guy Delisle dans son Guide du mauvais père (Delcourt). Bref un bon moment de lecture qu’il faut prendre comme tel : Une récréation dans nos lectures parfois trop sérieuses. Efficace donc recommandé !

Bastien Vivès – La bande dessinée – Delcourt/Shampooing – 2013 – 9,95 euros

 

 


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