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La BD du jour : Le Vaurien de Baloup et Le ventre de la hyène de Baloup et Alliel

Clément Baloup nous avait séduits par la maturité de ses précédents projets, dont notamment le percutant Little Saïgon. Il nous revient aujourd’hui avec deux projets qui laissent entrevoir deux autres facettes de l’auteur. Dans Le Vaurien Clément Baloup livre un récit épique dopé à l’humour autour d’un anti-héros qui excelle dans certaines pratiques de combat. Dans Le ventre de la hyène, en duo avec Christophe Alliel, il offre une fiction nerveuse sur le destin de deux anciens enfants-soldats d’Afrique. Plongée dans l’univers tissé par le marseillais

 Le ventre 1

CouvertureDans un village d’Afrique noire deux garçons, Anouar et Talino, passent leur temps entre les baignades dans le fleuve voisin et les tours de garde qu’ils doivent effectuer dans un arbre qui surplombe le village. Cette mission de surveillance dont l’importance échappe aux deux garçons et notamment à Anouar, l’ainé, est prise très au sérieux par leur oncle qui n’hésite pas à s’emporter lorsque leur fonction n’est pas honorée comme il se doit. Quelques années plus tard à Marseille, Talino recherche son frère devenu un caïd et semble prêt à tout pour s’échapper de son étreinte : Je dois « trouver mon chemin vers la liberté », c’est ça. Faut pas laisser venir la peur… Je suis plus un gamin. Et je suis plus ton putain de jouet ! Tu m’as assez terrorisé. Pour cela il décide de se présenter, dans une boîte de nuit bondée, face à Roméo, un lieutenant d’Anouar, et n’hésite pas à se mettre en danger en le défiant ouvertement. Les deux gardes du corps balaises du truand ne font pas le poids face à la détermination de Talino et Roméo n’a pas le temps d’utiliser son 9mm qu’il se le voit pointé de manière brutale sur sa face ensanglantée. Une fois sortis de la boîte de nuit les deux se dirigeront vers un quartier chaud de la ville où loge le frère de Talino. Le face-à-face va pouvoir enfin avoir lieu. C’est à ce moment que le jeune homme se remémore les instants passés en Afrique quelques années auparavant lorsqu’ils devinrent des enfants soldats manipulés, prêts à tout pour gagner d’illusoires subsides…

Si Clément Baloup est plus connu pour ses travaux en tant qu’auteur complet, il prouve avec Le ventre de la hyène qu’il sait mener la trame d’une histoire pas si évidente à dérouler. Tout d’abord le sujet des enfants-soldats n’est pas évident à traiter, en ce sens ce projet peut être vu comme un complément au Soldat inconnu de Dysart et Ponticelli paru chez Urban comics même si le scénariste a décidé de gommer de son projet toute trace temporelle et géographique. Clément Baloup et le dessinateur Christophe Alliel s’attachent plus aux personnages, à leur évolution et aux tensions qui se forgent dans le temps qu’à documenter un sujet, ce qui aurait pu orienter le projet vers un docu-fiction à partir duquel il aurait été plus difficile d’explorer toutes les trames dramatiques. Les deux auteurs ont ainsi opté pour un rendu nerveux du sujet. Les dialogues sont souvent durs, tendus tandis que le déroulé flirte avec la violence du sujet. Le dessin de Christophe Alliel, dans ce contexte, se fait redoutablement efficace. Les scènes se succèdent sans que le lecteur puisse véritablement se poser et ce d’autant plus que certains passages (planches 38 à 40 ; 90 à 94) sont déclinés sans dialogues laissant au dessin le soin de tenir l’histoire et de capter l’attention du lecteur. Cru, nerveux, vif, Le ventre de la hyène aborde, sans que cela soit intentionnel, des thématiques d’actualité avec force dramatique. Le lecteur qui se laisse happer par ce récit découvrira ce que deux auteurs en phase peuvent développer comme projet exigeant. Hautement recommandé.

Alliel & Baloup – Le ventre de la hyène – Le Lombard – 2014 – 19,99 euros  

 

Le vaurienDans une campagne loin de la ville, près d’une rivière, jouent trois gamins. Ils viennent d’attraper une anguille et se demandent que faire d’elle. Après une rapide discussion ils arrivent à la conclusion que le mieux serait de la tuer d’un coup de pierre sur la tête. C’est à ce moment-là qu’apparait un voyageur âgé et mystérieux qui engage la conversation avec eux. Il ne faut pas faire souffrir les animaux leur dit l’étranger avant qu’il ne se saisisse de l’animal et ne le rejette à l’eau. Puis l’homme reprend sa route vers le prochain village. Epuisé par son périple à travers la campagne l’homme s’attable à la terrasse d’une auberge pour déguster une soupe maison. De là où il se situe il peut observer trois jeunes en train de s’en prendre à un quatrième qui gît au sol. L’aubergiste conseille à l’étranger de ne pas se mêler de ce qui se passe car ces jeunes sont dangereux mais le vieil homme s’ose tout de même à prononcer distinctement, assez en tout cas pour être entendu des trois jeunes, un fort surprenant : «  Dangereux, cette bande de cloportes ?! Laisse-moi rire ! ». Aussitôt les jeunes se rapprochent du vieil homme et d’un coup de pied bien placé l’un d’eux envoi valdinguer le bol de soupe posé récemment sur la table. S’ensuit une petite bataille de rue bien rangée dans laquelle l’étranger, contre toute attente, règle leur compte aux trois individus louches. Ayant aperçu la scène, une grand-mère offre au vieil homme un repas… En fait elle attend de lui qu’il étudie la possibilité de retrouver sa petite fille disparue depuis deux jours. Le vieil homme n’est pas venu ici pour se lester d’une mission dont il n’a que faire. Il acceptera pourtant d’aider la vieille femme dont il abusera d’abord de l’hospitalité ce qui lui vaudra de gagner le sobriquet de « Vaurien ». Dans cette mission il sera accompagné, contre sa volonté, de Lau, le jeune agressé de la veille, qui semble être plus une charge qu’une véritable aide… Les deux hommes se dirigent dès lors vers la ville avec l’intention de découvrir ce qui se cache derrière l’enlèvement de la jeune femme…    

Avec cet album de plus de 120 planches Clément Baloup nous livre l’histoire d’un énigmatique héros. Un vieillard boxeur, sage tout autant que lucide dont le but premier nous échappe. Au travers de sa grande marche à travers les campagnes vietnamiennes fuit-il le monde ? Cache-t-il un secret amer ? ou bien accomplit-il un long pèlerinage rédemptoire qui le réhabilitera aux yeux de ces proches ? Le mystère perdurera, mais l’histoire se situe bien ailleurs. Pour tisser le cadre de son récit Clément Baloup mixe avec succès de vieux contes ancestraux dans lesquels les animaux, notamment les tigres, jouent un rôle prépondérant, avec le destin d’un anti-héros à la face du roi-singe, un personnage dont on ne sait jamais qu’elle sera la réaction et encore moins l’issue de confrontations qu’il provoque parfois malgré lui. Le tout est lié par un humour constant et décalé qui donne de la mâche au récit, ce petit quelque chose qui suffit pour nous faire tourner les pages afin de savoir ce qui se trame plus loin en sachant que le plaisir de lecture sera présent. Dans la manière de traiter le sujet le lecteur pourrait y voir un hommage aux séries B d’arts martiaux sans que cela soit réducteur pour autant. Un album qui, s’il se fait plus léger que les sujets abordés par l’auteur dans ces précédents projets, laisse entrevoir le talent narratif d’un auteur qui sait se décloisonner pour notre plus grand plaisir !

Clément Baloup – Le Vaurien – La boite à bulles – 2014 – 20 euros


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