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La BD du jour : Plus fort que la haine de Bresson & Follet

Les Etats-Unis des années 30 se trouvent plongés à un tournant de leur histoire. La prohibition abrogée en 1933 avait été précédée par une crise économique sans pareille. En Europe un pays, l’Allemagne fait peur de par le développement d’une idéologie nauséeuse. Dans le sud du pays, en Louisiane, au Texas, dans le Missouri les atteintes faites aux noirs poussent sur les routes des centaines de milliers de migrants qui se dirigent vers les grandes métropoles retransformant le paysage social et culturel de villes comme New York ou Chicago où s’implante le jazz. Pour ceux qui n’ont pas osé l’exode la vie devient vite intenable. Les résurgences du KKK accentuées par la crise économique conduisent à de véritables drames humains. Plus fort que la haine se construit dans cet épisode de l’histoire américaine. Avec force il décrit des destins brisés mais aussi des espoirs possibles…

Plus fort que la haine

Plus fort que la haineLe sud des Etats-Unis au début des années 1930 garde encore les traces de son triste passé. Dans les plantations de canne à sucre ou de coton les anciens esclaves affranchis par Lincoln en 1865, par le biais du fameux treizième amendement, travaillent toujours dans des conditions inhumaines même si leur statut fragile a bel et bien administrativement changé. Car, même s’ils sont virtuellement libres, ils ne parviennent à subsister qu’en vendant leur force de travail au plus offrant qui ne se fait souvent guère généreux et respectueux envers cette force de travail jadis peu coûteuse. Sur ce territoire qui a prospéré par l’utilisation massive d’esclaves noirs, la guerre de sécession a eu pour effet de durcir les riches propriétaires terriens – plus vraiment libres de se servir de cette manne de main d’œuvre gratuite – tout comme la population blanche et pauvre qui voit en ces anciens esclaves une concurrence sévère sur le marché du travail. Les tensions envers la population noire ne font dès lors que se renforcer.

C’est sur ce terreau fertile que le Ku Klux Klan, fondé en 1865, prospère et déploie sa haine de l’autre, surtout s’il ne correspond pas aux critères de suprématie blanche. Doug Winston est une véritable force de la nature. Une force qu’il utilise pour gagner quelques subsides dans une scierie de Kentwood. S’il fait montre d’une efficacité redoutable et d’une vaillance remarquable face à l’effort, il s’y fera pourtant renvoyer lorsque son père tentera de demander en son nom une augmentation de salaire. Inqualifiable pour Sanders le riche propriétaire de cette prospère entreprise, leader qui plus est de la section locale très active du Ku Klux Klan. A cette suite le groupuscule raciste organisera une ratonnade en bonne est due forme dans le quartier pauvre et noir de la ville afin de faire comprendre à ces « moricauds » qui sont les maîtres. Lors de cette descente Doug s’interposera face aux membres du Klan et manquera de tuer l’un d’entre eux. Il sera ramené à la raison par Prosper, un homme qui possède peut-être plus d’expérience et sait de quoi sont capables les membres du KKK. Doug passera dès lors ses journées à aider un vieil homme du nom de Sam Gregory à couper son bois à l’approche de l’hiver. Le jeune homme expose ainsi une force musculaire largement supérieure à la moyenne. Pour le vieux Greg, ancien boxeur réputé en son temps, il ne fait aucun doute que cette force, si elle est contenue et utilisée à bon escient, peut changer la trajectoire sociale du jeune homme. Il tentera de s’y employer en gagnant la ville…

Au travers de cet album de Pascal Bresson et René Follet, s’expose tout le potentiel d’une histoire à la force émotionnelle réelle. Le titre en lui-même dit beaucoup du destin de ces anciens esclaves des états du sud des Etats-Unis. Plus fort que la haine, une haine qui se nourri des agissements vomitifs des anciens grands propriétaires terriens pour qui l’abolition de l’esclavage demeure une véritable aberration. Les deux auteurs de ce récit s’attachent à tracer le destin de l’un de ces jeunes noirs travailleurs et respectueux de l’autre, un de ces travailleurs qui mesure la chance d’une liberté durement gagnée mais qui n’est pas prêt pour autant à tout accepter. Doug représente un peuple, et à travers lui un combat pour la reconnaissance de droits pourtant inscrits dans la constitution et trop souvent bafoués. Pour braver les affronts qui lui sont fait il investira les rings là où il ne dérange plus autant les hommes riches et blancs qui alignent les liasses de billets pour parier sur sa victoire. Le scénario, qui vaut tout autant pour l’ambiance qu’il instaure que pour ses personnages creusés, est magnifié par un dessin qui donne du sens aux mots, qui sublime l’instant, dans la violence des gestes et des idées, tout comme dans l’expression et la montée de cette haine trop longtemps contenue. La dramaturgie qui nait des situations chocs qui se succèdent se trouve soutenue par un noir et blanc d’une redoutable efficacité. Assurément l’un des albums phares de cette rentrée.

Bresson & Follet – Plus fort que la haine – Glénat – 2014 – 14,50 euros


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