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La BD du jour : Pour un peu de bonheur de Galandon et Dan

Destin d’un homme blessé dans sa chair. Pour un peu de bonheur n’évoque pas les exploits d’un homme, ou sa résistance face à l’ennemi. Non la guerre joue ici son rôle sournois. Elle laisse les hommes dans la détresse, dans un monde en pleine convalescence. Elle qui a tout pris pourra-t-elle laisser croire aux possibles reconstructions ?

 

 

Tragédies des tranchées. Dans ces saignées pullulant de rats, de peur et de sang dans lesquelles la boue souille les corps et, avec le temps, les âmes perdues, se forge l’histoire dans tout ce qu’elle possède d’horreur. Nous avons déjà beaucoup écrit sur ce conflit, présenté des histoires au cœur de l’Histoire, des destins brisés des espérances déçues et le noir qui habite toujours plus l’esprit de ceux qui sont au centre de l’action.

Pour Félix Castelan la guerre n’a pas été tendre. Un éclat d’obus passé trop près lui arrache la moitié du visage et avec lui sa jeunesse, son insouciance et ses joies. De retour dans son village le jeune homme devra reconstruire sa vie. Le visage meurtri par la guerre laisse une signature indélébile qui génère ses fiels de messes basses, de ragots et d’apitoiements qui enfoncent toujours plus Félix dans un marasme dont il ne possède pas la clef de sortie. L’homme devra réapprendre à vivre tel qu’il était avant son séjour prolongé en hôpital. Une fois effectué ce chemin, il se rend compte qu’il doit aussi s’affranchir du regard des autres Les enfants du village essayent d’apercevoir ce visage cassé dans un défi dont ils ne mesurent pas la portée, comme ils ne mesurent pas la difficulté pour Félix à reconquérir le regard  des siens : sa femme, son fils pour qui il n’est finalement personne ou si peu de chose, et en tout cas pas digne de fierté. Cette reconstruction, la deuxième après celle de son visage, passera par des moments de doutes. Forcément. Des moments durant lesquels il devra faire abstraction de l’effroi aperçu dans le regard de sa femme alors qu’il lui révèle son visage différent de celui qu’elle a connu. Elle devra aussi lui prouver qu’il peut avoir confiance en elle, alors qu’elle a connu un moment d’égarement fautif dont les villages raffolent pour alimenter les discussions de comptoir. Et la tâche ne paraît pas aisée, elle qui éprouve du mal à afficher sa nudité à son homme qui lui porte le même regard d’amour. Cet amour de Félix pour ses proches sera la clef. Blessé, il s’attache aux choses imperceptibles, ces moments volatiles qui n’atteignent que trop rarement les personnes qu’il côtoie.

Avec ce récit sensible sur le destin d’une gueule brisée, Galandon prolonge le travail de Cothias et Ordas sur la médecine de guerre – et les sacrifiés de la nation – entrevue dans Ambulance 13 (Grand Angle). Le récit se veut simple dans sa trame, même si une sombre histoire d’abatage sauvage d’animaux se greffe au récit, il joue par contre sur les perceptions, les petits gestes, les moments éphémères de joie partagés, les petites victoires de reconquête de son entourage par Félix. Dan quant à lui démontre que le dessin peu se lier véritablement au récit pour non pas le suivre passivement mais accentuer les moments de doutes, les regards baissés, et les peurs contenues. Un récit qui fait mouche.     

Galandon et Dan – Pour un peu de bonheur – Grand Angle – 2012 – 13,50 euros

 


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