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La BD du jour : Projection privée de Manara

Décidément on ne s’en lasse pas ! Avec la poursuite de la redécouverte de l’intégrale de l’œuvre de Manara, c’est tout un pan de la BD érotique qui est remise en avant et prouve que, si elle s’est développée aujourd’hui avec force, elle le doit en grande partie à des pères fondateurs dont il est devenue le chef de file…

Glénat poursuit la réédition des œuvres de Manara avec ce volet consacré aux histoires courtes de l’auteur italien, Projection privée. Un titre qui aurait pu se décliner au pluriel puisque se sont pas moins de neuf récits qui sont compilés ici, principalement écrits dans la première partie des années 80. Le titre nous révèle pas mal de son sujet. Si nous savons que Manara aime l’art pictural classique et contemporain (voir notamment notre chronique du 17 octobre dernier), il apprécie aussi particulièrement le 7ème art et notamment Federico Fellini à qui il rend hommage dans ce recueil par le biais de Sans titre, une histoire qui ne possède pas de fin puisque le cinéaste n’aimait pas ce mot apposé de façon mécanique à la plupart des films de l’époque. La fin signifierait en effet que le spectateur, qui s’est immergé de longues minutes durant dans une histoire, n’aurait pas le droit d’en poursuivre la construction par le biais de son imaginaire. Insupportable pour Fellini et pour Manara également qui laisse dans ses récits des portes constamment ouvertes.

Neuf histoires donc, ayant pour thème le cinéma et par extrapolation l’image filmée, quelle qu’elle soit, car dans le récit érotique, la caméra possède un tout autre sens lorsqu’elle est cachée, invitation à pénétrer dans l’intimité d’une jeune femme ou d’un couple. Chez Manara la femme n’est jamais objet voire objet écervelé. Elle a au contraire une force que les hommes n’ont pas : la capacité de jouer de son corps en suggérant ou en montrant mais jamais sans perte de contrôle. L’humour caractérise aussi l’œuvre de Manara, pas grivois mais subtil, en s’appuyant sur des possibles quiproquos ou des situations cocasses dans lesquelles l’homme se trouve pris à son propre piège (Acherontia Atropos, par exemple, dans lequel deux cinéastes discutent d’un nouveau film sado-maso plutôt trash dans lequel l’actrice doit être tuée en direct. Sauf que l’actrice pourrait aussi se révéler être un acteur…). La satire s’impose parfois dans l’univers de l’auteur italien et son X3, construit autour d’un sexo-test délirant symbolise parfaitement la manière dont il conjugue érotisme, humour et critique d’une société par trop déboussolée par les doses saugrenues d’absurdités qui tapissent nos quotidiens.

Finalement lire Manara pourrait devenir au fil des ans la meilleure façon de repousser (certaines) limites et de ne pas se laisser endormir par une époque ou puritanisme, peurs : de l’autre, de l’avenir ou de soit, gangrènent des quotidiens troubles ou la déraison a depuis longtemps quitté le navire pour mieux enfermer chacun de nous dans une litanie sombre et sans espoir…  

Manara – Projection privée – Glénat – 2012 – 19,50 euros


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