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Le livre audio, perspectives et développements (3ème partie)

Troisième et dernier volet de ce voyage à travers le livre audio. Nous l’avons vu au cours des semaines précédentes (1ère partie et 2ème partie), ce support possède un bel avenir car il propose, de part la lecture et l’appropriation de l’œuvre par son interprète, acteur, conteur ou auteur, une véritable pertinence. Loin des lectures fades, les œuvres gravées par les éditeurs sonores, proposent un véritable voyage dans le texte… Propositions de lecture donc mais pas uniquement, les versions sonores vont au-delà en offrant du relief à l’œuvre écrite par un auteur, en la faisant vivre et en suscitant chez l’auditeur une curiosité teintée d’émotions. Dès lors le lecteur ne peut que prendre goût à ce support qui s’impose pour nous, non pas comme une alternative mais comme un complément qui pourrait bien devenir incontournable pour les amoureux de beaux textes…

 

Audiolib

Audiolib est devenu en peu de temps l’un des éditeurs phares du livre-audio. Plus d’une centaine de références à son catalogue allant de la littérature classique (Zola, Proust, Flaubert…) à la littérature contemporaine (Le cœur régulier d’Olivier Adam, L’énigme du retour de Dany Laferrière, Purge de Sofi Oksanen, Apocalypse bébé de Virginie Despentes, Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants de Mathias Enard pour les titres récents) ou au polar/suspense (Jean-Christophe Grangé, R. J. Ellory, Arnaldur Indridason, Stephen King, Camilla Läckberg, Stieg Larsson…) qui prouve que le livre audio peut aussi vivre autour d’œuvres déjà largement diffusées au format papier. Pour cela Audiolib a fait appel à des acteurs ou lecteurs reconnus capables de porter chaque œuvre et lui donner cette touche de saveur supplémentaire. Au final le travail réalisé donne à chaque texte une nouvelle dimension (A savourer par exemple le dernier Echenoz, Des éclairs, lu par lui-même). Nous avons pu découvrir, en plus de cette dernière référence, Hypothermie de l’islandais Arnaldur Indridason, Le rapport de Brodeck de Philippe Claudel et Sukkwan Island de David Vann, lu par Thierry Janssen. C’est cette dernière œuvre que nous avons souhaité vous présenter ici. Tout d’abord car elle récompense un merveilleux travail éditorial préalable de Gallmeister, véritable découvreur de talents littéraires nord-américains, mais aussi car le texte en lui-même possède une force redoutable. Sukkwan Island n’est pas le dernier parc d’attraction d’où émergent les rires enjoués d’enfants émerveillés par les sons, les odeurs et lumières qui s’en échappent. Sukkwand Island est plutôt une longue descente aux enfers, un cauchemar d’une noirceur encore rarement atteinte. Pourtant le postulat de départ, un père qui décide de vivre un an durant dans un lieu retiré au sud de l’Alaska avec son fils, pour retisser des liens que le temps a distendus, aurait pu faire croire à un bonheur possible grâce à un retour aux sources salvateur pouvant laisser supposer une osmose avec une nature à dompter. Non bien au contraire tout va aller de mal en pis et le lecteur/auditeur est loin de s’imaginer à quel point ! La voix de Thierry Janssen possède cette capacité à faire naître progressivement la tension, elle entoure le texte, révèle toute sa dramaturgie. Un régal auditif au service d’un texte d’une puissance dévastatrice ! A noter qu’à juste titre ce roman de David Vann a reçu, outre de nombreux prix, le Médicis étranger en 2010.

 

Questions à Valérie Levy-Soussan (AUDIOLIB)

L’édition audio, complémentaire ou alternative à l’édition « classique » ?
Cela dépend du livre, et du lecteur. Et si l’on parle d’édition audio, ou du livre audio lui-même.
En ce qui nous concerne, en amont, elle est forcément complémentaire, en ce sens que nos livres audio viennent tous de livres qui ont déjà fait l’objet d’une édition imprimée : nous ne faisons pas de production sur des textes originaux, mais choisissons des livres déjà « édités ». D’autres éditeurs pourraient faire des choix différents.
Maintenant, si vous voulez savoir si le fait d’écouter un livre constitue une alternative à la lecture «traditionnelle » ou peut apporter un complément, je pense qu’en fonction des titres, et des lecteurs, cela peut être les deux, pour plusieurs raisons :
Si l’on connaît déjà un texte, ou un livre, on peut avoir envie d’en entendre une lecture particulière, une interprétation par un comédien ou son auteur, afin de profiter de tout ce que peut apporter l’oralité en matière de rythme, de sens différents qu’ont des mots prononcés, d’incarnation par la voix, d’associations. On peut avoir plaisir à écouter des passages que l’on aime particulièrement. Cela vaut pour des livres « classiques » ou « cultes », comme Barthes lu par Luchini, Zweig par Edouard Baer, Vian lu par Arthur H, mais également pour des livres plus contemporains : nombreux ceux qui ont aimé entendre Jean Echenoz lire ses deux derniers ouvrages (Courir et Des éclairs), car cela leur apportait quelque chose en plus, qu’ils n’auraient pas entendu par une lecture silencieuse, ou ceux qui, fan de Millénium, de Twilight ou de Jean Pierre Marielle, voulaient passer plusieurs heures en compagnie de leurs héros et personnages favoris.
Mais nombreux sont également ceux qui, grands lecteurs, n’ont pas eu le temps de lire tel ou tel livre, et profiteront d’heures de voiture, ou autre, pour écouter un livre directement en audio. Souvent des titres à Suspense, ou des essais pratiques, particulièrement adaptés à l’écoute. Mais s’il s’agit de livres « littéraires », on peut avoir envie, également, de relire le livre sous forme « papier » !
Enfin, pour des personnes qui lisent lentement, qui ont des problèmes de vue ou de dyslexie, le livre audio permet clairement d’aborder des livres qu’ils ne pourraient lire autrement. Et permet d’entrer sans effort dans la magie d’un récit, et donne le goût des livres, classiques ou non.

Quel est votre public cible ?
Tout le monde ! Tous ceux qui peuvent écouter la radio, ou sur leur MP3 !
Des lecteurs, des lecteurs qui aimeraient lire plus, des personnes qui aiment les livres et font souvent des trajets, des personnes qui travaillent chez elles, d’autres qui ont les yeux fatigués, etc.
Nous ne faisons pas de livres dits « pour la jeunesse », car beaucoup d’autres éditeurs y sont déjà spécialisés, mais nombre de nos titres attirent un public, mettons, à partir de 13 ans !

Quels sont les retours sur vos publications ?
D’un intérêt poli au départ, il y a trois ans, nous voyons maintenant un intérêt accru des média, et du public. Et il existe de plus en plus de manifestations publiques, ou de Prix mettant le livre audio ou la lecture orale à l’honneur.
Nous avons d’excellents retours sur nos partis pris éditoriaux, comme sur la qualité des lectures, le choix des comédiens.
Bien sûr, il est plus facile d’avoir un écho dans la presse avec un comédien très connu ! Cela dit, la plupart de nos grand succès n’ont pas fait l’objet d’articles de presse, en amont : Le Montespan, le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, Shutter Island… Ils ont souvent été portés par le succès du livre, puis un bouche à oreilles favorable se crée, relayé par internet. Récemment, on a beaucoup parlé du Livre de Jean Echenoz, ou de celui de Jean Pierre Marielle, pour des raisons très différentes.
Et nous sommes très attentifs aux commentaires postés sur notre site ou celui d’audible.fr.

Comment définissez-vous votre programme de publication ?
En lisant énormément, en recevant beaucoup d’information en amont de la part d’éditeurs, en fonction de l’actualité littéraire, de coup de cœur, de suggestions de libraires, d’adaptations cinéma, d’opportunités ou de hasard éditoriaux etc.
Certains lecteurs également nous font des suggestions. C’est comme cela que nous maintenons un catalogue assez éclectique de 50 titres par an environ, ou des goûts très différents peuvent trouver satisfaction.

Comment choisissez-vous vos lecteurs/acteurs ?
Les studios nous proposent des casting et nous choisissons en fonction du texte lui même. Nous ne faisons appel, sauf exception particulière, qu’à des comédiens professionnels exercés à ce type de lecture.

Concernant les chiffres :
tirage moyen ? 2000 exemplaires
vente moyenne et meilleure vente ? nous ne communiquons pas sur ces chiffres, et, pour nos meilleures ventes, elles sont régulièrement mises à jour sur notre site www.audiolib.fr <http://www.audiolib.fr>  : Cela dit, j’ai déjà cité, parmi les meilleures ventes, la saga Millénium, L’écume des jours, Twilight, Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, Shutter Island, Un secret , Elle s’appelait Sarah, sans oublier « Géréz votre stress », et « Comment plaire en trois minutes » !

Quelles sont les perspectives de développement ?
Nous progressons de plus de 30% par an depuis notre lancement, et avons le sentiment d’avoir participé à la dynamisation de cette pratique d’écouter des livres, en France, par un renouvellement du catalogue de livres récents, dont on parle.
Il y a beaucoup à faire pour donner envie d’essayer le livre audio, et on commence tout juste à sentir les effets d’un certain engouement ; nous avons de beaux espoirs de développement, et quantité d’excellents livres en perspective !

 

Sonobook

Editeur singulier dans le milieu étroit du livre-audio, Sonobook propose un catalogue, riche d’une vingtaine de références, centré sur les récits d’aventures (Les Tribulations d’un Chinois en Chine et Michel Strogoff de Jules Verne, Les Aventures d’Arthur Gordon Pym de Edgar A. Poe…) et de science-fiction/fantastique (Le Cauchemar d’Innsmouth de H. P Lovecraft, Les 9 Princes d’Ambre de Roger Zelazny, Le Portrait de Dorian Gray de Oscar Wilde…). Ce catalogue est complété notamment par quelques références en littérature érotique (dont la nouveauté 2011, Gamiani ou Deux nuits d’excès d’Alfred de Musset) et en essais (Cinq conférences sur la psychanalyse de Sigmund Freud, L’origine des espèces de Charles Darwin, Psychologie des foules de Gustave Le Bon). Certains textes sont proposés en lecture polyphonique (jusqu’à six interprètes), ce qui donne de la profondeur au texte et dévoile toutes ses tensions. Certaines références sont par ailleurs accompagnées de pièces de musique qui assurent des transitions ou participent à la mise en ambiance. Il nous a été possible de découvrir d’une part Vénus Erotica vol 2 d’Anaïs Nin et L’Homme qui voulut être Roi de Rudyard Kipling. Cette dernière nouvelle met en lumière tout le talent de conteur de l’auteur britannique, prix Nobel de littérature en 1907. Dans l’Inde du XIXème siècle deux aventuriers de seconde zone, Daniel Dravot et de Peachy Carnehan entendent bien prendre le pouvoir d’un pays jusqu’alors inaccessible, le Kafiristan. Ils se feront passer pour les descendants naturels d’Alexandre le Grand. Au bénéfice d’une série de coïncidences, l’un d’eux se verra reconnu comme un véritable dieu vivant et sera proclamé roi… Mais le plus dur reste à venir pour les deux hommes… Ce récit palpitant interprété avec une rare maîtrise par Victor Vestia se savoure en moins de deux heures. Un texte à redécouvrir !   

 

 


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