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Zero Dark Thirty, l’hyperréalisme mis au service de la traque d’Oussama Ben Laden

NOTE DE MaXoE
7
VOTE DES LECTEURS
1 / 52 / 53 / 54 / 55 / 5
Depuis sa sortie en décembre 2012 aux États-Unis (23 janvier dernier sur nos écrans), le nouveau film de la réalisatrice Kathryn Bigelow est au cœur de la polémique. Zero Dark Thirty prône-t-il ou non la nécessité de la torture dans des situations extrêmes comme celle de la lutte anti-terroriste ? A ceux qui pensent en trouver la réponse ici, passez votre chemin...

Comme prologue, le 11 septembre 2001. Mais ce ne sont pas les images du World Trade Center attaqué – que tous connaissent aujourd’hui – qui sont utilisées. Au contraire, il est uniquement sonore. Un écran noir, avec simplement des bribes de conversation entre les victimes des attentats et leurs proches, ou les secours.

Le reste du film ne fait que suivre la chronologie des différents événements jalonnant cette traque d’Oussama Ben Laden (affectueusement baptisé « OBL » pour l’occasion) de près de dix ans par une unité de la CIA basée au Pakistan (avec, en sourdine, les relations difficiles entre CIA et services secrets pakistanais), et ce pour en arriver à la nuit du 2 mai 2011.

C’est précisément à cet événement d’ailleurs que fait référence le titre Zero Dark Thirty qui, dans le jargon militaire, renvoie aux trente minutes après minuit – heure à laquelle est lancée l’opération de capture d’OBL.

 

Tout dans ce film est épuré. La mise en scène n’emploie pas d’effets de style inutiles (ralentis ou autres plans caméra à l’épaule) et se contente de plans simples, avec tout de même un jeu de clair-obscur assez présent sur certaines scènes (notamment s’agissant de la torture et de l’assaut final). La BO (que l’on doit au français Alexandre Desplat) est très sobre, suffisamment présente mais sans que cela ne vienne polluer le reste. Le jeu d’acteurs est mesuré, ne tombant jamais dans l’excès, tant pour ce qui est de la colère que du pathos.

Dès lors, le spectateur peut se concentrer sur le scénario. Là où, justement, réside l’intérêt du film. Un film qui, d’ailleurs, ne tombe pas dans certains écueils, notamment celui de la facilité du film d’action classique où tout doit aller vite, en mettre plein les yeux. Les différents événements sont, au contraire, développés avec précision. Rien n’est bâclé sous le prétexte que cela doit être efficace. 

La trame est donc plutôt construite à la manière d’un thriller, ce qui restitue relativement bien ce sentiment qu’ont les agents de ne pas avancer dans cette recherche, d’échouer parfois, tout en subissant la pression constante d’une Maison Blanche en demande de résultats, mais frileuse aussi sur certains aspects.

Le scénariste, Mark Boal, aussi journaliste, effectue ici un véritable travail d’investigation. Ce qui est mis en avant sont les faits, la réalité des faits. La question n’est pas de savoir si le Gouvernement et les services secrets US ont eu raison ou non d’agir comme ils ont agi, de torturer comme ils ont torturé. Ces événements appartiennent déjà à l’Histoire (immédiate certes), et l’idée était de la restituer avec le plus de réalisme possible.

L’assaut final en est le reflet, puisque le spectateur y assiste quasi en temps réel. Cette scène est donc plutôt lente. La crainte ici fût celle de s’ennuyer, mais cela laisse rapidement place à la tension de la situation qui se déroule sous nos yeux, alors même que l’on en connaît les tenants et les aboutissants. Cette scène n’aurait d’ailleurs jamais dû exister, Zero Dark Thirty devant, à la base, se centrer sur cette quête sans fin du terroriste le plus recherché au Monde.

 

Contre toute attente, ce film ne fait donc preuve d’aucun manichéisme et de très peu de patriotisme. Son but est clairement l’objectivité, à tel point que l’on a même parfois l’impression de se trouver face à un documentaire.

Les différents protagonistes croisés au fur et à mesure n’ont ni passé, ni futur. Ils sont seulement des agents au service de leur Nation. Celui de Maya, pourtant plus important, ne déroge pas à cette règle. Son rôle – campé par l’excellente Jessica Chastain (Des Hommes sans Loi), lauréate du Golden Globe de la meilleure actrice dans un rôle dramatique pour ce personnage et dont le jeu est ici très fin, sans fioritures – est celui d’une femme devant s’imposer dans un milieu très masculin. Elle en deviendra plus impitoyable qu’eux.

Malgré le fait que les autres acteurs de l’histoire gravitent autour d’elle, le personnage central reste celui que l’on ne verra jamais : Oussama Ben Laden. Un paradoxe par rapport au reste du film qui prétend vouloir tout montrer. Mais sans doute un clin d’œil au fait que les américains n’ont pas souhaité faire de cet homme un martyr en exposant son cadavre.

 

NOTE MaXoE
7
VOTE DES LECTEURS
1 / 52 / 53 / 54 / 55 / 5

Première femme à recevoir l'Oscar du meilleur réalisateur (en 2010, pour Démineurs), Kathryn Bigelow s'est nettement améliorée depuis Point Break et mène, avec Zero Dark Thirty, sa réalisation d'une main de maître. Un reproche tout de même. Cette tendance – bien états-unienne – à très vite s’emparer d'un événement de cette nature pour le mettre en scène, sans vraiment laisser à l'Histoire le temps de faire son œuvre. Peut-être (sans doute) une manière de désacraliser... Pour l'édition 2013 des Oscars, verdict fin février où le film est nommé dans cinq catégories.
ON A AIMÉ !
- L'hyperréalisme de la réalisation
- La tension quasi constante
- La justesse de Jessica Chastain
- La musique d'Alexandre Desplat
ON A MOINS AIMÉ...
- Une légère pointe de patriotisme
- Une ou deux longueurs
Zero Dark Thirty
Support(s) : Cinéma / DVD
Réalisation : Kathryn Bigelow
Scénario : Mark Boal
Casting : Jessica Chastain, Jason Clark, Kyle Chandler,...
Durée : 2h37
Genre : Thriller
Sortie en France : 23/01/2013
Sortie aux Etats-Unis : 19/12/2012
Musique : Alexandre Desplat
Distribution : Colombia Pictures
Production : Kathryn Bigelow, Mark Boal et Megan Ellison

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