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Retour sur : Opération Dragon

Impossible de faire une semaine spéciale Arts Martiaux sans parler de celui qui les incarne dans l’inconscient collectif : Bruce Lee. Bien sûr, il y a eu d’autres immenses stars du cinéma d’arts martiaux, et pas seulement exotique : Donny Yen, Jet Li, Jackie Chan (qui avant d’être un clown est un immense artiste martial), Sammo Hung, Jean-Claude Van Damme (ne riez pas vous alliez le voir au cinéma à l’époque !), même Seagal qui a atteint le grade le plus élevé en Aïkido, privilège rare et terriblement difficile. Mais aucun, jamais, n’aura marqué aussi durablement de son empreinte le cinéma de genre en la matière. C’est pourquoi, aujourd’hui, nous allons nous pencher sur un film assez tragique, celui qui clôt la carrière du petit Dragon : Opération Dragon.

On l’oublie souvent, mais la carrière de Bruce Lee a été très courte : d’abord, le jeune homme s’est éteint à 33 ans. Ensuite, il n’a véritablement percé qu’assez tard, en 1966 via la série le Frelon Vert dans lequel il excellait en tant que Kato. On a d’ailleurs souvent dit que la série n’avait connu le succès que grâce à ses performances en tant que laquais de Reid expert en arts martiaux. Car tout n’a pas été facile auparavant : après avoir fui Hong-Kong et les ennuis que ses poings lui avaient procuré, pendant 6 ans, Lee Jun Fan, son vrai nom, va de petits boulots en déconvenues à Hollywood. Ainsi, vous découvrirez en cherchant ici et là comment il a été spolié de la série Kung-Fu, dont il avait eu l’idée, au profit de David Carradine, et surtout son combat contre la paralysie après un terrible combat qui aurait dû le laisser infirme.

Pourtant, Lee a manifesté tout au long de sa vie une force de caractère hors du commun, et c’est alors qu’il dirigeait un gymnase où il enseignait le Jeet Kune Do, son propre art martial, une sorte de boxe du poing souple basée sur des contres plus agressifs, qu’il a été à nouveau sollicité pour tourner dans un film : le monde le découvre dans Big Boss. Il explose à l’écran, affichant une maîtrise, une vitesse et une agilité stupéfiante aux yeux d’un public qui découvre tout cela. Il faut savoir qu’à l’époque, les films de Wu Xia (boxe et escrime chinoises) ou d’arts martiaux japonais n’arrivaient jamais jusqu’en occident. Bruce Lee aura contribué à faire connaître puis à démocratiser ce genre, et on peut donc dire que sans lui nous n’aurions pas le plaisir d’aller voir The Grandmaster le 17 avril prochain, consacré, la boucle est bouclée, à son maître Ip Man. La légende veut, et l’excellent film Ip Man avec Donnie Yen le raconte d’ailleurs, que le jeune Lee Jun Fan avait fait irruption dans le bureau de son futur mentor pour réclamer son enseignement afin de châtier ceux qui ne lui plaisaient pas. Le maître l’avait alors éconduit jusqu’à ce qu’il ait un autre état d’esprit…

Revenons-en à sa filmographie. Lee avait un peu tout pour réussir : un charisme incroyable, un talent martial incontestable, et surtout une dimension de rockstar plus sombre qui a contribué à le faire entrer dans la légende. Violent, probablement toxicomane, Lee a beaucoup souffert du star system, et on raconte qu’il vivait mal chaque critique un tant soit peu dure envers lui. Pour « couronner » le tout, sa filmographie a été dense, courte, et il est donc décédé jeune, dans des circonstances troubles. Lee prenait beaucoup de médicaments pour lutter contre des insomnies et diverses névroses, et c’est la prise d’un de ces médicaments qui aurait abouti à sa mort, même si beaucoup parle d’un règlement de compte mafieux.

Après Big Boss, Lee tournera La Fureur de Vaincre, La Fureur du Dragon et enfin Opération Dragon, Game of Death n’ayant été tourné que cinq ans après sa mort avec des scènes tournées de son vivant et des doublures pour les autres par des producteurs peu scrupuleux… A noter d’ailleurs que son fils Brandon, lui aussi, disparaitra tragiquement et qu’il faudra là encore compléter le film The Crow avec des doublures, d’où la légende d’une malédiction pesant sur les Lee…

Pour ceux que la vie de Lee intéresse, il existe de nombreux livres fort intéressants, mais aussi un film, Dragon, dans lequel Jason Scott Lee (aucun lien) incarne le Dragon, et qui dresse un portrait assez fidèle de sa vie et de sa carrière.

Dans Opération Dragon (Enter the Dragon dans la langue de Lana del Rey), Bruce incarne Lee, un moine Shaolin, qui doit infiltrer un tournoi d’arts martiaux tenu sur une île par un esclavagiste. Que ceux qui ont vu des points communs avec Mortal Kombat se rassurent, ils ne sont pas les seuls. Lee doit ramener des preuves, mais il découvre bientôt que des hommes à la solde de Han, le « grand-méchant-boss-de-fin » ancien moine lui aussi, ont contribué au suicide de sa sœur il y a quelques années. Pour répondre à votre question, non, les films de Bruce Lee n’ont jamais brillé par la qualité de leur scénario.

Derrière la caméra, Robert Clouse, un obscur yes man hollywoodien, auteur donc du sinistre Jeu de la Mort, et plus tard du Chinois avec Jackie Chan.

On ne peut pas dire que le film brille par sa mise en scène : si les scènes d’action sont tout à fait convaincantes, en particulier grâce aux efforts intenses déployés par Lee pour briller, tout le reste ferait office d’horrible nanar aujourd’hui, entre des acteurs médiocres, un méchant de bande dessinée et une mise en scène écrasante d’inanité.

Pourtant, le charme opère, pas tant par la qualité du film que par la présence de Bruce Lee. Acteur assez moyen, il jouissait néanmoins d’une présence à l’écran incroyable, de cette capacité à capturer la lumière et donc la caméra. Et puis, tout de même, il y a l’excellente musique du film, composée par Lalo Schifrin, qui quelques années plus tard écrira celle de Mission Impossible…

On notera, au passage et au rang des détails savoureux, que Bolo Yeung, Sammo Hung et Jackie Chan, tous trois devenus ensuite des stars voire des superstars du cinéma d’arts martiaux, ont de petits rôles dans le film. Yeung sera plus tard l’adversaire de Van Damme dans Bloodsport, Sammo Hung sera, hélas, le flic de Shangai, mais également un acteur et chorégraphe brillant, et enfin pas besoin de présenter Chan…

Autre anecdote, moins connue : dans une scène, Lee convainc Parsons de monter sur un bateau pour aller lui montrer son style de combat « sans les poings ». Cette scène fait directement appel à la mythologie asiatique, et à une anecdote connue des fans de culture asiatique et des armes blanches en particulier. Car au  16ème siècle aurait vécu au Japon un chevalier errant nommé Bokuden Tsukahara, l’un des exemples de Musashi Miyamoto. Alors qu’un malandrin venait de le défier, il lui proposa de lui montrer son style de combat sans épée. Amusé, son adversaire accepta, et Bokuden le conduisit sur une île au milieu du lac local. Quand son adversaire mit pied à terre, Bokuden repartit en bateau, laissant son adversaire méditer sur la supériorité de l’esprit sur la force. Il y a fort à penser que Lee ait connu cette histoire, qui connait semble-t-il un équivalent en Chine, et qu’il ait voulu la retranscrire dans son film.

Enfin, si le film a marqué l’histoire, c’est aussi, et surtout, par sa fameuse scène des miroirs : Lee affronte en effet Han dans un palais des glaces, ce qui donne des perspectives très innovantes (que l’on soit un tacheron de la caméra ou pas) et un suspens haletant à la scène.

On peut regretter, d’ailleurs, que la Warner n’ait pas mis davantage de moyens dans le film (elle ou son partenaire de Hong Kong, du reste, le film étant une production internationale). Lee voulait en faire un porte-étendard de l’esprit des arts martiaux, et même s’il est toujours reconnu comme un excellent film d’arts martiaux, on peut penser que le Dragon voulait qu’il soit un peu plus que cela, et ce même s’il a réécrit certaines scènes lui-même.

Il ne sera de toutes façons jamais en mesure de voir son film accéder à la postérité, puisqu’il disparait moins d’une semaine avant la sortie du film en salle…

L’aura de Bruce Lee ne s’est pas démentie depuis. Beaucoup se réclament de son héritage, il est toujours un produit de merchandising convoité, mais surtout son impact sur le cinéma d’art martiaux a été fondamental, Opération Dragon ayant par exemple, avec un budget inférieur à un million de dollars, généré 90 millions de recettes, ce qui pour l’époque était énorme.A noter que le film existe en Blu-Ray, mais dans un master bien terne…

 

Star torturée, artiste, danseur et combattant, Lee est et reste une figure du cinéma, de celles qui peuvent prétendre au statut de légende.

 

 


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