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La BD du jour : Batailles de Sophie Guerrive (ION)

L’histoire jalonne de ces batailles épiques qui laissent sur le sol des corps sans vie par milliers. Sophie Guerrive les met en scène dans une fresque à la redoutable force intrinsèque. Corps meurtris, séparés de leur tête, aux veines explosées, femmes violées, brûlées, vies éteintes… La guerre ôte en quelques instants le profit d’une existence, sans même se soucier de ce qu’il adviendra du lendemain. A supposer que les lendemains puissent encore accoucher d’un ciel radieux…

Un drakkar tout droit venu de l’espace traverse le ciel pour accoster sur une terre désolée où leurs occupants se font un plaisir de remettre l’ordre en question. Les petits hommes qui peuplent la planète dans un passé lointain, celui où de gigantesques animaux sont encore de la partie, tentent d’échapper à un destin pas très réjouissant. Guerre puniques, guerre de Troie, tandis qu’Ulysse doit faire face au cyclope. Joutes dans des arènes, combats de Romains en Gaule, Gengis Khan hilarant arrachant la tête d’un chevalier porte-drapeau. Les fers se croisent dans une succession d’époques et de cadres, précipitant à chaque fois la même désolation, allumant les mêmes feux qui tapissent un ciel qui ne cesse pourtant de s’obscurcir. Invasions normandes, guerres de religion, conquêtes de terres nouvelles, de citadelles imprenables ou de villes fortifiées (à juste titre), avec cette mort qui rôde, discrète, faux affûtée, dans l’attente de récolter les âmes des malheureux tombés sur des champs de batailles jonchés de trop nombreux corps qui désolent les villes et encore plus sûrement les campagnes. Nouvelles technologies guerrières, avec ce feu tombant du ciel dans un cadencement à la régularité effarante. Rien n’est laissé au hasard pour séduire et contenter la faucheuse. Et elle a de quoi remercier les hommes de la combler avec tant de dévouement…

Une fresque pour raconter l’histoire de la Terre, du Big bang créateur de vie, jusqu’à une fin inéluctable, avec, entre les deux, la folie des hommes qui s’exprime au fil des siècles au travers de la même bestialité, de la même déraison, comme si, des leçons du passé, les hommes ne conservaient que les traces les plus sombres, modèles obscurs qui glorifient les égorgeurs, les éventreurs, les étêteurs et ceux pour qui ils se battent, vils hommes habités d’un désir de pouvoir, de contrôle, de possession, qui n’a jamais trouvé de véritables limites. Un conflit continu. C’est de cette façon que Sophie Guerrive présente son projet de leporello. Un livre-accordéon de 6 mètres de long qui déploie sa trame dans un continuum glaçant. Joe Sacco avait produit, lui aussi à l’aide d’un leporello de près de 7 mètres, sa vision de la première guerre mondiale en axant sa trame sur le premier jour de la bataille de la Somme. Sophie Guerrive porte sa réflexion sur l’essence même de la guerre, sa brutalité, sa bassesse, sa capacité à détruire en de brefs instants ce qui a été construit des années durant, et en premier lieu l’idée même de la paix et les rapports apaisés entre les hommes. Chaque parcelle de sa fresque regorge de détails qu’il faut prendre le temps de découvrir. Histoires dans l’histoire, mythologies et faits d’armes, dépeints sans retenue, avec l’idée que l’acte même se perpétue sans fin, comme si l’homme devenait soudainement amnésique de son passé et des morts de frères, de pères laissés sur les champs de batailles ici ou là. Un livre d’une force prodigieuse composé par une auteure au service de l’exploration graphique.  

Guerrive – Batailles – ION


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