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La BD du jour : Nam-bok de Thierry Martin chez Futuropolis

Adapter London peut paraitre un énorme challenge, insurmontable pour transcrire tout à la fois la pensée de son auteur et s’approprier le texte pour l’exposer au traitement du médium qu’est la bande dessinée. Thierry Martin se love parfaitement dans la nouvelle de l’auteur américain, en portant son attention sur les choses simples et le regard de l’autre sur un monde impénétrable.

Nam-bok a disparu depuis de nombreuses lunes, quand parti sur sa bidarka à la chasse au phoque il a dérivé au point de se perdre dans l’immensité de l’océan. Il ne doit sa survie qu’à une goélette qui croisa sa route et dont le capitaine accepta de le recueillir à bord. Son bonheur sera pourtant de courte durée puisque la grande embarcation grâce à laquelle il avait échappé à la mort se fendit en mer après avoir percuté un rocher. Il parviendra, seul survivant, à rejoindre la terre et à déambuler vers un village aux maisons hautes comme le plus haut des arbres, un lieu où les hommes et les femmes pullulent et vivent différemment de la tribu dont il est originaire. A son retour dans son village, accueillis avec bien des égards mais aussi beaucoup de méfiance, l’homme raconte son périple, mais ce qu’il dit avoir vécu interroge les hommes qui composent le conseil des sages…

Repliée sur elle-même, ne s’étant jamais confronté au monde qui s’étend plus loin que les immensités neigeuses du grand nord, la tribu de Nam-bok n’envisage pas un instant que celui qui est encore des leurs puissent dire la vérité. Une vérité qui pourrait amener avec elle un progrès dans le mode de vie traditionnel de cette communauté qui ne vit que de pêche et de cueillette. Les dires de Nam-bok sur son long périple viennent dès lors perturber l’équilibre fragile de la tribu qui ne peut envisager de vivre avec l’idée qu’autant de choses inexplicables puissent exister. Le mode de vie traditionnel, conforté par de multiples générations aux savoirs transmis par les anciens, ne peut que rejeter l’idée d’un tel développement de technologie, de magie et croire plutôt en la malhonnêteté de Nam-bok, considéré comme menteur.

Difficile sur le papier de transposer la nouvelle éponyme de Jack London en bande dessinée. D’abord car il fallait décrire les paysages uniformes du grand nord, ensuite car il fallait occuper l’espace avec pour seul « appuis » ce long témoignage livré par Nam-bok aux siens. Thierry Martin y parvient en posant la gravité de l’instant et en rendant perceptible le trouble qui parcourt les hommes devant l’incroyable récit. Les flashbacks qui décrivent le voyage de Nam-bok en Amérique se voilent des mystères de la perception de l’homme de ce qu’il a vécu mais aussi de l’incompréhension de ceux qui écoutent le témoignage. Cela donne des pages très subtiles qui décrivent par exemple avec poésie la découverte du train ou de la ville gigantesque dans laquelle il parvient. Un album qui invité sans conteste à redécouvrir London…

Martin – Nam-bok – Futuropolis – 2017 – 18 euros


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