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La BD du jour : Dans les glaces de Simon Schwartz

L’histoire ne retiendra qu’un nom alors qu’ils étaient deux. La conquête du Pôle Nord donna lieu en son temps à une foire d’empoigne sans pareille. Peary revendiqua après plusieurs échecs la paternité du planté de bâton sur le point le plus au nord de notre globe. Frederick Cook de son côté contesta cette version en affirmant y être parvenu un an plus tôt. Dans cette lutte qui donna lieu à l’analyse d’experts géographes le nom d’Henson fut oublié, car qui aurait pu croire qu’un afro-américain pu être le nom manquant et peut-être le seul à être conservé par l’histoire. Récit hommage à cet homme de l’ombre…

 DLG

ImpressionIl est des terres qui ne furent conquises que très tardivement par l’homme. L’Afrique noire dans sa grande majorité ne livra ses secrets que dans la seconde moitié du XIXème siècle. Le Tibet, la Patagonie, les grands sommets de notre Terre ne furent eux-aussi parcourus qu’à l’approche ou peu après l’entrée dans le XXème siècle. Il en fut de même pour le Pôle Nord qui, malgré une lutte acharnée, ne devait être conquis (a priori) qu’en 1909. Robert Peary, explorateur animé par l’esprit de découverte et le passage dans la postérité a laissé son nom dans l’histoire comme premier homme à avoir foulé le sommet de notre globe. Et pourtant les faits ne plaident pas forcément pour lui et, s’il a bel est bien participé à l’expédition de 1909, il doit grandement son exploit à des hommes aujourd’hui oubliés sans qui il n’aurait jamais pu arriver à ses fins. L’un d’entre fut son serviteur noir Matthew Henson. Henson avait déjà pas mal bourlingué avant de rencontrer Peary. A douze ans à peine il fut pris comme mousse sur le Katie Hines, dirigé par le capitaine Childs qui se prit d’affection pour lui. Quatre ans plus tard, en 1879, Childs meurt en mer et le jeune Henson se retrouve livré à lui-même. Deux grosses années plus tard il suit Peary au Nicaragua puis un peu partout dans ses expéditions jusqu’au point ultime…

Simon Schwartz fait une discrète entrée dans l’univers du 9ème art en 2011 en publiant De l’autre côté aux Editions Sarbacane. Il nous revient deux ans plus tard avec un récit qui peut s’enorgueillir du prestigieux prix Max & Moritz 2012 qui salue la meilleure BD germanique. Pour tout dire la lecture des premières planches de Dans les glaces nous démontrent assez vite que le prix n’est pas usurpé. L’auteur y décrit non seulement les faits qui ont alimentés les biographies consacrées à Peary ou Henson, mais, bien au-delà, présente une époque encore marquée par un racisme à peine dissimulé à l’encontre des afro-américains. En prenant le parti de faire vivre les voyages exploratoires de Peary par le regard de Henson, Schwartz parvient ainsi à faire ressortir le caractère de l’explorateur, homme peu respectueux des autres qu’ils soient blancs ou noirs, et obnubilé par un vif désir de passage à la postérité. Le lourd travail documentaire réalisé par l’auteur permet de livrer un récit graphique dense qui s’attache aux hommes plutôt qu’à l’accumulation de faits historiques. Schwartz teinte son propos d’un mysticisme lié aux légendes esquimaux et entretenu par le visage de Tahnusuk le Diable en personne qui accompagne les actes des hommes du printemps tout au long de leur séjour au Groënland. Le dessin quant à lui arrive à restituer la tension du récit par un attachement pris aux expressions des hommes qui le parcourent et par un découpage qui lui donne du liant. Le dossier qui prend place en fin d’album permet au lecteur de se familiariser avec l’histoire des deux personnages principaux de ce récit et aiguise en cela notre curiosité historique. Un bien bel album passionnant à lire !

Simon Schwartz – Dans les glaces – Sarbacane – 2013 – 19,50 euros


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